La musique adoucit les moeurs : cliquez
ici d'abord.
Or donc, les seules préparations que vous
ne trouverez pas dans notre officine, ce sont les laxatifs.
Vous vous rattraperez chez certains libraires. En effet, la
déferlante des littératures
cautionnées par les
multinationales de l'édition et les philistins
balaie tout sur son passage. Textes lisses et bien
moulés.
Fabrication à l'emporte-pièce, massacre de
forêts
canadiennes, connivences entre annonceurs publicitaires et groupes
de presse, un beau bazar !
Un système
qui évacue l'auteur pour le réduire à
un servile plumassier ou à un veau de batterie, et toute une
colique
de prestataires qui décident à la place du
lecteur de
ce qui doit être beau et présentable. Con-sommable,
plutôt. Je dépense, donc je suis.
De qui se
moque-t-on, nom de nom ? Même du temps de Voltaire, les
écrivains étaient plus libres, même au
rique de
récolter
quelque bastonnade. Il existait des Chevalier de Rohan
dotés
d'assez d'esprit pour crier à leurs valets : "ne
frappez pas à la tête, il peut encore en sortir
quelque
chose de bon !"
Et il me revient en mémoire
les paroles du Faune rebouteux ou d'Adam l'ancêtre, j'ai
oublié (La Quête d'Aldoran,
catégorie
purgatif) :
"IIs me font bien rire, ceux d'à
présent, avec
leur papier ! Confier ses idées à un
matériau
dont on se sert surtout pour se torcher le cul, c'est ne pas craindre
le ridicule et ne douter de rien. À la première
pluie,
le Temps les gommera de son registre."
Mais papier ou
pas papier, est-ce une raison pour faire du travail de cochon, je
vous le demande ?
C'est cette indignation qui me conduisit à
composer et fabriquer un volume qui ne ressemblerait à aucun
de connu : Les Aventures du Docteur Enfoyrus, Roman
Philosophique Illustré, Avignon, 1996, ISBN
2911344006, 293 pages, Grand Prix de
l'Almanach du
Loup-Garou. N'achetez surtout pas où pointe
l'ISBN, on
vous le vend à prix de rareté de
collection et
il coûte la peau du fessard. Moi, je vous le procure par
correspondance pour 20 euros de moins, port inclus, édition
originale, non-défraîchi, à la rubrique
: Votre
traitement
Que contient-il, ce vénérable
grimoire ? Et bien imaginez, si vous le pouvez, une synthèse
d'un FOU QUI VEND LA SAGESSE et L'INDE DEVOILEE
agrémentée
d'un défilé d'illustrations
délirantes, où
chaque personnage aurait sa police de caractères
dédiée.
Pas convaincu ? Regardez
là. Papier bouffant, encre
sépia,
couverture monochrome avec la gravure de Bruegel
le Vieux qui ouvre le site au premier plan. De la
folie, qu'on vous dit !
Mais le plus romanesque, c'est
l'histoire de sa conception. Celle-là, je ne vous la
conterai
jamais car vous ne me croiriez pas...
Juste ce petit détail
pour la mise en bouche : un beau matin, mon papetier livra par erreur
deux tonnes de papier chez ma maquettiste et lui
défonça
la vitrine avec cet éléphant. Je n'en dirai pas
davantage. Avec les e-books,
au moins, on ne subit pas
l'inertie de la matière. Et le Web,
ça porte
plus loin que la sarbacane des Télécons.
Enfin, en manière de service de presse, voici ce que
j'écrivis à l'époque aux deux cents
journalistes
à
qui j'avais offert un exemplaire et qui me gratifièrent de
cinq articles --sans commentaire :
Monsieur
l'Ambassadeur de la Littérature,
Non, le livre que je
vous propose aujourd'hui n'est pas celui d'un éditeur
parisien, et nous nous en consolerons. Non, il n'émane pas
d'un écrivain célèbre aux mille
talents reconnus
que le génie empêcherait de dormir ou endormirait
les
autres. Mais si, sans trop présumer de vos forces ni de
votre
patience, je sollicite que vous avisiez le public de la naissance de
cet ouvrage comme de ce qu'il convient d'en dire, c'est que je sais
qu'en le confiant à vos expertes mains, on le soustrait
à
la vue d'un imbécile de moins. En vous remerciant de votre
médiatique compréhension ; bien à
vous, cher
Monsieur, et à bientôt, peut-être : des
succès
de l'écrit ouvrez-moi la fenêtre.
Et plus loin d'ajouter, afin que le
suicide fût plus complet,
Certes, dans vos
quartiers
personne ne m'envoit :
Je ne suis pas de ceux
qu'un parrain
recommande,
Hugues de Margoulin ou
Jean de
Brocéliande ;
Mais tout seul je me
bats pour
élever ma voix
Au-dessus
du troupeau des ouvrages morts-nés,
Dans cette immense mer
aux contours incertains,
Pandémonium
de fous, plumitifs
forcenés,
Où j'ai
plongé mon
âme et
l'espoir d'un matin.
La force du sujet vaut
bien qu'on s'y
arrête,
C'est l'oeuvre d'un
inquiet, d'un
Absolu la quête.
Si on la lit depuis la
fin jusqu'au
prélude,
On
connaîtra la vie d'un très docte savant
Qui perdit
un beau jour toutes ses certitudes,
Car il avait
bâti sur
du sable mouvant.
Je vous épargne la suite, car
ça ne s'arrange pas.
Jeunes gens qui à présent
me lisez, ne faites jamais cela. Vous écoperiez de dix ans
de
purgatoire.
Un résumé
?
Consommateurs impénitents et Draculas
d'autoroute, fuyez notre tanière ! Mowgli
et moi, nous vous déclarons ceci.
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