fut l'inventeur. Il
comptait à l'origine 4 096 signes, et bien plus tard en
sortirent les fameuses runes qui firent couler autant d'encre que de
sang.
Le
latin aussi : la Sainte-Inquisition, c'était pas mal, dans
le genre ! La folie est propre à
l'homme, non au langage qui n'est
ni bon ni mauvais.
Tout est dans l'intention de qui en use. Le pire c'est quand
il est brun, nabot, et moustachu...
Bref,
nos protagonistes à nous, heureusement, ne portent
que la barbe. Tel Alambix, l'universitaire conférencier
spécialiste de la "Connerie
avancée du Troisième Cercle" qui disserte sans
fin devant Ogres, Cyclopes et Trollopes facétieux, en leur
expliquant les mystères de
l'Alphabet Transcendantal et de la poule pondeuse, ainsi que
le Mage Kabbalius qui a fichu le camp dans les bois depuis belle
lurette.
Ou le Faune Rebouteux qui se contente d'un bouc au menton et d'une
chèvre dans sa bergerie. Nous
voilà donc rassurés.
Quoique... une
certaine
Sorcière Pikekû aurait bien besoin d'une
épilation en règle... Elle est suspecte,
celle-là. Et je ne parle même pas
de ce Loup-Garou malpoli que jamais personne ne voit... Je le
jure, c'est pas moi. Enfin... je crois.
Ci-dessous un extrait de la Table de la Grande Conjonction qui permet,
à partir des runes connues, de reconstituer par
superposition
le sus-nommé Runikon. Chaque symbole obtenu a plusieurs
significations, car il est porteur de la synthèse
des différents éléments
de base et de leurs sens respectifs. Or, tout le problème
provient de ce qu'il est possible d'obtenir le même
résultat en partant de combinaisons
distinctes. Comme dans la vie, plusieurs voies mènent
à une destination
commune. À
nous de discerner le chemin qui nous fera le moins
inutilement souffrir... Mais au fond de nous-mêmes, le
désirons-nous ? Ça se saurait ! Un homme
s'ennuie dans le simple, sauf quand il est simplet.
Singulier est ce mage qui attend les
deux tiers de l'histoire pour se laisser approcher dans la
Forêt de Kermalia où il vit retiré
du monde en général, et de la cité de
Zatlan en particulier. Zatlan, dont la forme et la situation
géographique font penser à une
autre cité perdue, bien sur terre, celle-là : le Machu
Picchu du Pérou, que je
découvris neuf ans après rédaction.
Bien
évidemment, le nom de la ville évoque aussi une
certaine Atlantide, que chacun situera où ça lui
chante. Quant à Kermalia,
est-ce l'Amazonie, la Taïga, Brocéliande, un monde
parallèle, ou l'indémêlable
écheveau de notre inconscient, tout cela à la
fois, sans doute.
C'est en tout cas le lieu où nous devons affronter nos
peurs, et nous retrouver après une difficile
traversée du miroir. Le problème de
l'identité
du héros y est posé. Se survivra t-il longtemps
à lui même, là est la question. Et de
quel " lui " s'agit-il ? Le meilleur, ou le pire ?
Comme si ce brave
Aldoran n'avait pas déjà assez de
problèmes, ne voilà-t-il pas que notre
vénérable vieillard vient lui expliquer que
tous les malheurs de l'homme proviennent de ce qu'il n'est pas
fichu de rester tranquille cinq minutes au même endroit. Pour
couronner le tout,
il lui tire au sort trois runes et les jette dans un cercle, un vrai
cercle vicieux. Il en conclut un drame humain en trois actes.
L'âge de la dévotion
de l'homme aux bras tendus vers le ciel,
MAN ; celui de l'impiété et de la Grande
Séduction, YR ; et enfin celui de la guerre et du
Chaos, RIT,
qui s'en suit inévitablement :
" --Exactement ce que je
craignais. Il semblerait que l'histoire des hommes soit tout
entière contenue dans l'éternel recommencement
de ce cercle dont ils ne
peuvent jamais s'échapper,
et, à l'évoquer, j'ai l'impression d'entendre tournicoter un moulin d'enfant
: tougoudou,
tougoudou, tougoudou..."
Autrement dit : thèse,
antithèse,
fouthèse.
Il n'y a guère que Hegel pour croire en la
synthèse. Les hommes ne sont pas faits ainsi.
Quand on
sait qu'un certain lapin cartomancien lui a déjà
tiré les cartes, et que l'imbécile n'a pas su
prévoir son imminent passage
à la casserole, pour
la suite on
reste circonspect. Enfin, nous sommes tous le lapin de quelqu'un.
Et s'il
arrive parfois que quelque prophétie s'accomplisse,
c'est parce que l'ayant crue pendant vingt ans, nous avons
par avance réuni
toutes les conditions favorables à sa bonne
exécution... Mais cela, en vrai personnage racinien, Aldoran
l'ignore. Et tant d'autres avec lui...
Pour tous ceux-là, le destin existe, le Fatum, devrait-on
dire. Et, ô ironie, même quand ils
veulent lui faire faux bond. La Fontaine disait
déjà que l'on rencontrait d'aventure sa
destinée
par les chemins que l'on prenait à vouloir
l'éviter. Rien
de nouveau sous le soleil.
Mais
là, je schématise. Dur d'analyser sa propre
écriture en étranger. De toutes
façons, si vous croyez que je vais tout vous
dévoiler,
vous pouvez toujours attendre ! Ceci étant dit, 4,50
€ pour tout savoir, ce n'est pas la mer
à boire, et ça vous ne vous privera que de
quarante