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LA
LICORNE
ET LE CERF
C'était à l'Âge d'Or
Du temps que les bêtes parlaient ;
Or donc un beau cerf de dix cors
S'étant trouvé sur quelque allée
Cheminant ; haut la tête, fier, majestueux ;
Sorti pour prendre sa goulée,
Surprit une licorne à la corne effilée
Surgie d'un tortueux
Sentier : " Holà, ma belle enfant,
Ma mie, où menez-vous vos pas ?
Dit
à la bête chevaline le galant
Encorné. --D'un bon rôt, d'un plantureux repas
J'étais partie en quête ;
L'Oeil de Shiva dans cette enquête
Me guide à tout instant. --Allons-donc, balivernes !
D'une chaude taverne
L'assiduité fut cause de votre prescience :
Vous avez bu, ça sent le vin ;
Je ne vois là rien de divin.
--Certes, ivre je suis, du Soma des devins ;
Ivre de vérité. Patience,
Vous verrez, je sais de quoi je parle. Ecoutez !
De savoureux pâtis
N'attendent que votre broutée,
En vérité je vous le dis,
Là-bas, au sortir des fourrés ;
Suivez-moi,
très beau sire. --Justement j'y courais.
--Ah oui ? Et bien, à vous l'honneur ;
Ouvrez la marche, cher seigneur. "
Eux d'aller. Mais déjà, voilà que ça se gâte
Pour le cerf prêt d'être déchu,
Car notre bel aristocrate
À la tête fourchue
Se pris les bois aux rets d'une épaisse ramure
Plus
emmêlée que sa parure.
Je vous laisse
à
penser ce que lui dit la dame :
" Deux cornes sur le chef ne vous font pas moins sot ;
Je n'en eus jamais qu'une,
Mais que je parte à quelque endroit,
Eh quoi ? j'y vais toujours tout droit.
Un philosophe indou m'a dit que l'Unité
Prévaut sur la dualité ;
Je vous laisse sur ce : méditez
Et bramez,
Enfin,
si vous voulez ! "
