Robin d'Ardèche
, roman en ligne

                    

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                    --Et je répète ma question, dit-il. Que venez-vous faire chez moi au milieu de la nuit ?

--C'est qu'on a vu autre chose aux infos, dit Alain. On parlait de trois bandits en moto qui vidaient les poches des passants dans le département. Et d'après leur signalement...

         --D'après leur signalement, continue Robin, vous avez cru nous reconnaître. Et bien oui, c'est nous ! Et alors ?

            --Et alors, dit Marion, nous avons pensé...

            --Vous avez pensé, achève Robin, que puisqu'on avait des sous, on n'avait qu'à se dévouer pour la bonne cause.

            --Oui, voilà !

            --Voilà. Et bien non ! Moi, quand je suis dans le caca, personne ne vient me débarbouiller. Il suffit que le rejeton de "Madame" ait un petit bobo, et ça y est, au secours, quoi ! Et puis d'abord, vous allez pas me dire que "Madame" n'a pas assez de thunes ? Elle a qu'à taper le Santer, il est plein aux as. Ils ont dû se regarder les fesses d'assez près, non ?

--D'après Santer, dit Marion, y'a pas assez. Ses finances sont au plus bas. Et puis il a ajouté que l'absence du Richard, ça t'arrangeait bien. Car il se doute que vous êtes les trois bandits, à présent.

--Tu parles ! lance Robin. Margoulin, va ! Celui-là, un de ces quatre, je vais te me le payer dans un coin. Dire qu'il est source de tous mes malheurs. Ça ne l'arrange pas, lui, peut-être, l'absence de Fauvel ?

          Et Stucka qui voit que la discussion s'envenime, entraîne Marion et Alain à l'écart et leur explique tout. La grande méprise des débuts. Les soupçons, à qui profite le crime, les vraies causes du suicide d'Alfred. Marion n'en croit pas ses oreilles.

        --Ben ça alors ! dit-elle. Je le savais pourri, mais à ce point-là... Et personne ne dit rien ?

        --Nein. Car le pire, dit Stucka, c'est qu'on sait la férité, mais ça, on peut pas proufer !

        --T'inquiète, dit Alain. Je trouverai bien une idée pour le confondre le moment venu. Faites-moi confiance.

        --En attendant, reprend Stucka, restez ici finir la nuit. Couchez-fous auprès du feu. Fous ne repartirez que demain.

        --Et pour la caution ? demande Marion.

        --Ach, Fraulein. Che crois qu'il fous faut apandonner cette idée. Le Ropin, il est trop remonté. Allez. Goutte nuit !

Toute la maisonnée s'est repieutée. Si certains ont le sommeil facile, comme Stucka et Petitjean qui ronflent à qui mieux mieux, d'autres ont plus de mal à prendre le train.

          Robin, surtout. Il te tourne et il te retourne tout ça dans sa tête, mon cousin. Qu'on vienne le chercher dans les bois, lui, le réprouvé, pour lui demander de payer la caution d'un notable sous les verrous, faut avouer que c'est fort de café ! Inouï ! Entre ses victimes, dont la moitié mériteraient le contrôle fiscal, un maire dealer, et un adjoint scélérat, il ne sait plus où il habite, le Hardi. Tout ce tintouin, ça le dépasse.

          Et la petite, là, qui n'a pas donné signe de vie jusqu'ici, et qui se transforme tout à coup en quêteuse de la Croix Rouge... Elle ne lui a pas demandé si, par hasard, il était content de son sort. Ni même s'il n'avait besoin de rien. L'amour. Je t'en foutrais, de la romance ! Plus de galette et la femme s'envole. À moins d'être miraud, ça crève les yeux que le Ménestrel ne joue plus les seconds couteaux.

          Oh, et puis, bon débarras ! Ça frisait le détournement d'enfant.

Et tout ça, ça s'embrouille dans sa tête. Ça s'agite en tous sens. On lui aurait broyé la cervelle et on l'aurait passée au mixeur que ça n'aurait pas été pire. Et gamberges que tu gamberges. Au petit jour, quand on se lève, le Robin, il tire une drôle de bobine.

Comme ils ont tous trempé leurs tartines dans leur bol de chocolat, même le Vlad qui est rentré les yeux injectés, Robin prend la parole :

          --C'est vrai ce que Santer a dit ?

          --Que ?

          --Que l'absence du Richard nous arrange bien.

          --Texto.

          --Ah oui ? Petitjean, apporte-moi le petit cochon.

          --Y'a du sanglier, ce midi ?

          --Je te dis, ramène-moi la tirelire ! Tu fais exprès ?

          Et Petitjean, éberlué, revient avec une cassette.

          --Voilà.

          --Bon. On ouvre. Je compte... Regardez bien, surtout, qu'il ne manque rien. Soixante mille euros. Voilà. Prenez, et cassez-vous vite fait. Sinon, je basarde tout dans la Fontolière !

Et le couple ne se fait pas prier. Alain remplit sa sacoche-réservoir de moto, et s'éclipse avec Marion.

          --Mais qu'est-ce qui t'a pris ? demande Stucka, une fois qu'ils ont été loin.

       --Ça me pesait lourd comme un éléphant. Alors qu'ils emportent cette merde avec eux, et qu'on n'en 

entende plus parler ! Il puait, cet argent-là. Tu parles d'un trésor de pirates !








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