Des pêcheurs à la ligne remontent le fil de l'onde. Ils agitent leurs grands fouets de soie pour imiter le vol d'une mouche qui tombe. C'est que la truite hante les lieux.
Des épais bois de Rieutord, à flanc de montagne, accrochées à une oreille géante pendent des perles de neige. Les ultimes névés qui fondront dans la quinzaine et que, le pas mal assuré, des biches passent encore.
Après ses ablutions matinales à la cascade, Robin Dubois, trente-six ans, fils de Francis et Margot Dubois, se rend à la scierie. La scierie de Chez Francis, comme on dit. Celle qu'il a hérité de ses parents, morts l'année dernière en accident d'avion. La seule fois qu'ils quittèrent le sol de leur vie, c'était pour quitter la Terre. Vacances à la Martinique, tu parles !
Prendre une telle succession n'est pas chose aisée. Elaguer , couper, débarder, acheminer, débiter les planches, cela n'a rien d'une sinécure. Surtout avec la tempête de l'an 2000 qui a cassé la ligne du bois, et flanqué par terre le quart des futaies.
Robin a tenu bon. Le travail ne lui fait pas peur. Les mains calleuses qu'il cache sous ses gants de cuir, son torse musclé, son teint hâlé, qui, avec sa tignasse châtain et ses yeux marrons lui donnent un air de bohémien, montrent assez que la vie l'a tanné. Spécimen du bel homme. Rude comme un celte. On ne l'appelle pas Robin le Hardi pour rien. C'est un pugnace.
Mais
cette écorce brute cache un coeur, et il n'est pas rare de le
voir verser une larme à l'enterrement d'un chat. Ou de
demander pardon au daim qu'il tire à la flèche.
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