Robin d'Ardèche
, roman en ligne

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        Santer passe la porte, mais Dupuis ne l'invite pas à s'asseoir. 

        --Alors ?

        --Alors, père Dupuis, c'est très simple. Ça fait sept ans que vous ne payez pas la taxe communale sur le Bois des Fontainiers. Cette futaie que vous possédez sur la ligne de partage des eaux.

        --Si, je paye. Mais à mon rythme. J'ai un moratoire, non ? 

        --N'empêche que vous avez trois trains de retard et que s'accumulent les dettes. Il faut payer. Sinon, l'huissier s'en mêlera.

        --Pas un sou vaillant. Comment veux-tu que je fasse ? C'est pas ma pension de guerre qui...

        --Je sais bien. Aussi j'ai pensé vous proposer un arrangement. Vendez-moi le Bois. Je vous l'achète un bon prix.

                  --Et c'est quoi, pour un assassin d'arbres comme toi, un bon prix d'achat ?

        --La moitié du cours le lot.

        --Rien que ça ! Profiteur. Petit voyou !

     --Allons. C'est à prendre ou à laisser. Dubois ne vous l'achètera pas. Il peut tout juste équilibrer les comptes, en ce moment. Et vu que c'est mon seul concurrent des environs...

--Jamais !       
        --Réfléchissez. Vous préférez l'huissier ?
        --Tu serais obligé de racheter le Bois plus cher à la commune, au moins !
         --Seulement, vous perdriez le tout. Mauvais calcul.

Le pauvre vieux soupire de résignation. Il sait bien que Santer a raison. Il va se faire avoir par cette fripouille, et ça le rend malade. Un vrai vautour, ce Santer. S'il était plus jeune, il te le sortirait à coups de pompe.
        Sale petit merdeux, va ! Mais la loi, hélas, c'est la loi. Alfred Dupuis a versé son sang pour qu'on la respecte, en son temps. Il va devoir accepter. Le couteau sous la gorge.

                --Ça va, je signe. Mais aussitôt fait, tu fous le camp. Je suis encore chez moi !

        --Comme vous voudrez, père Dupuis.

        Et l'Alfred de lever sa canne en guise de menace.

        --Toi, mon petit, je te le prédis. Ça te portera poisse.

        --Mais oui. Allons. Adieu, père Dupuis.

        Et Santer quitte la place, la mine triomphante.

        Le père Dupuis en a la larme à l'oeil. Mais il ne le montre pas. Il est fier, le vieil Alfred. Il pleure tout 

seul dans son coin. Il conte ses malheurs à son chien qui bat de la queue, comme s'il comprenait.


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