La Quête d'Aldoran, roman en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Chap1  Ch2  Ch3  Ch4  Ch5  Ch6  Ch7  Ch8

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

***

        Mais revenons à Zerminette.

    La voilà qui s'asseoit en tailleur les yeux mi-clos, les oreilles en antennes et la frimousse épanouie. Ses quatre-vingt-cinq capteurs sensoriels la dispensent du ridicule caillou noir que les zatlantes portent autour du cou pour se mettre au diapason de leurs fréquences propres. Mais depuis que Boulamian et Sourdingos sont copains comme cochons, et que les lance-pierres circulent de main en main, les gens n'écoutent plus, hélas, le même genre de musique. On n'en a plus que pour Radio-Oméga et la Symphonie "Le Fils du Vitrier". Une production Sousgrobis qui détient aussi des parts dans R.O. et Le Petit Zatlante...

        Zerminette entend siffler dans son coeur le son psychique. C'est le son primordial, le son de tous les sons. Elle sait, sans que personne ne le lui ait jamais appris, que tout ce qu'elle peut désirer, comprendre, imaginer, se trouve contenu dans ce son ; qu'il est la porte des sept mondes créés, la clé de l'Espace et du Temps. Oh, bien sûr, elle ne se l'explique ni ne se le représente avec des mots savants. Du reste, elle s'en moque ; l'essentiel, c'est que ça marche.

C'est comme une toile d'araignée qui part du centre. Chaque noeud de la toile est un nouveau monde, et le centre de chacun de ces mondes le centre d'une nouvelle toile. Ainsi à l'infini. Motif indéfiniment dupliqué. Aleph fait du tricot :

"une à l'endroit, une à l'envers, une à l'endroit, une à l'envers...". Et l'univers, c'est la Toile des toiles, la Grande Toile, de la bave d'araignée. L'univers-réseau. Allez savoir où sont allés s'embourlinguer dans tout ce bazar la navette des dinosaures et le petit Mouchalambix ? Et le Centre des centres, c'est le Son, la bouche de l'araignée. Aleph, quoi. Et le méditant c'est Spider-man."

        Pfuittt ! Zip ! Floup ! Le corps magique de Zerminette s'est arraché par l'un des six tunnels noirs. Allez savoir lequel. Le tunnel ronfle pire qu'un tuyau d'orgue.

Soudain jaillit la lumière dans un claquement sec. Éclair, étincelle, fulgurance. Étrange, cette lumière n'émane pas d'une source unique qui révèlerait les objets "du dehors" ; bien au contraire, les objets sont cette lumière même...

        Un poudroiement de milliards de soleils minuscules et pétillants, des quanta de conscience et de vie. Comme un peintre qui projetterait sa palette de couleurs sur le papier en énervant une brosse à dents détrempée de gouache. Un fin mouchetis de peinture.

        Douze couleurs distinctes. Ineffable. Lorsque sont concentrés les grains apparaissent les formes. Toujours oscillantes, en devenir, timides et frémissantes à la façon des feuilles des grands aulnes, un soir que souffle l'Auster calin au bord de l'eau qui claplote et ridoie. Parfois scintille un corps céleste, ça et là, avec un reflet de banc d'ablettes qui s'égaillent aussitôt.

        Ni ombre, ni opacité. On y perçoit partout l'endroit et l'envers des choses. Un cube n'y peut cacher aucune de ses faces. Vision endoscopique. Dans les coulisses de la matière, les notions d'obstacle et de ligne droite n'ont plus cours. L'espace est spongiforme, poreux, un espace topologique qui ressemble à de la fougasse ; il pulse comme un grand coeur mystique où coule un sang d'or chaud à la douceur de miel. On s'y meut à la vitesse des songes.

Pfuittt ! Zerminette s'évapora par la galerie X 915 et l'ascenseur 007. La voilà qui se tenait à présent devant le rocher du rendez-vous. Émotion. Viendrait-il à sa rencontre, une fois de plus, le jeune homme ?

        --Celui que tu cherches ne se présentera pas, lui répondit une voix caverneuse qui avait lu dans ses pensées.

        --Qui es-tu ? Où es-tu ? Montre-toi donc.

--Approche du rocher. Là, tout près. Maintenant passe ton bras au travers. Allons, allons, je sais que tu le peux. Après je te dirai pourquoi.

        Bien qu'ayant trouvé la proposition saugrenue, Zerminette s'exécuta. Elle avait hâte. Elle voulait trop savoir ce que cette "voix", de toute évidence bien informée, pourrait lui apprendre sur le jeune homme. Encore eût-il fallu qu'on lui en laissât le loisir ! Car elle n'avait pas plus tôt esquissé un geste qu'une main crochue l'agrippa fermement par la manche, si du moins les âmes portent des manches, et l'entraîna au plus profond du mystère de la roche moussue, là où la pierre est si dure que même les Kobolds n'y hasarderaient pas leurs pics.

        --Voilà pour toi, petite sotte ! dit la sorcière Pikekû en ricanant de sa bouche fielleuse. Puisque l'autre m'échappa naguère, c'est toi qui désormais le remplacera. Ton âme restera captive de ce rocher aussi longtemps que mon règne sur les forces obscures durera. Ainsi, même libre, ton prince ne connaîtra pas le bonheur, dût-il quester un million d'années dans toute la galaxie. À moins qu'il ne devine et prononce ton prénom. Miaule autant que tu voudras, fillette, jamais il ne t'entendra. Tu auras tout le temps de jouer du violon avec tes moustaches, maintenant. Eh, eh, eh !

        Puis la sorcière partit en trombe à califourchon sur son balai supersonique, celui qu'elle avait gagné au loto des carabosses, vous savez, et se rendit à la Pyramide-Temple par quelque secret raccourci du gruyère spatio-temporel où le corps abandonné de Zerminette commençait de momifier. La méchante vieille en profita pour le lui dérober en y faufilant son ectoplasme crasseux couleur de jais.

retour -96/143 - suite

http://apothicaire.fr

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure

Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!


.