La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        La jeune fille remonta la rue de l'Estampette et coupa à travers Parc. Elle aimait bien ce jardin d'agrément où elle jouait parfois à la dinette avec les taupes, et où elle déambulait chaque matin du côté de la passe aux Lutins, là, glissant ses pas dans les leurs, et eux lui frictionnant le dos avec l'onguent des chats.

        Il était calme, le parc, à présent que tout Zatlan s'étripait à Gigaudon. Seuls les singes manifestaient quelque nervosité de temps à autre dans leurs cages, soit que la cacahuète se fît rare et le gardien absent, soit que les effluves musqués des hibiscus et la résine des cannabis les énervassent. Certes, les roses azalées et les liserons blancs qui frémissaient à deux toises de leurs mains les auraient peut-être éveillés aux joies de la peinture naturaliste, n'eût-ce été ces sinistres barreaux qui leur gâchaient la vue. Le sentiment de frustration et de révolte prenait le dessus sur l'émotion picturale.

        D'autant que leur mémoire atavique était encore tout emplie du souvenir de l'héroïque évasion du valeureux Simla, qui s'était autrefois échappé de la cellule Z 23. Pour franchir les portes de la ville et donner le change à la soldatesque du roi, le fugitif avait assommé un Xuglon éméché au moyen d'un bâton qu'il avait escamoté nul ne savait trop où, ni à qui ni comment, avant que de revêtir la houppelande du loup.

        Et afin de singer tout à fait le profil du citoyen intégré et sans histoires, Simla s'était mêlé à l'auditoire d'un amphithéâtre, où officiait ce soir-là un certain Alambix. Mais vu que Simla s'ennuyait à cent sous l'heure et estimait l'allocution du conférencier d'une stupidité qui le disputait au ridicule --car le barbon du troisième cercle leur chiait des pendules, il prit congé de l'honorable assistance avant que ne retentît la cloche. Même un singe était capable de reconnaître un humain qui perdait la boule. Ça pour sûr, il y avait matière.

        Ah, quel génie, vraiment, ce Simla ! À sa seule évocation les guenons se pâmaient, et les pères disaient à leurs progénitures mâles, les exhortant à courage: "--vois, mon fils, sois fort comme Simla".

        Zerminette déboucha sur la place où, elle mise à part, ne passait pas un chat. La Pyramide. Elle était là, nue, hiératique, dressée dans sa masse millénaire et imposante. Vide, elle aussi. Pas d'homme, pas de prêtre. Ni étole, ni surplis, ni chasuble à l'horizon, pas plus que de candélabres en or ni riches encensoirs incrustés de nielle. Pas de grigri de chez compère Baudetgris non plus. Rien d'autre que le cristal pur, en toute simplesse, et voilà.

        Il y avait en l'occurrence un lieu précis du sanctuaire qu'on réputait propice à la méditation et le ressourcement. Ce n'était pas une légende, il existait. C'était une toute petite excavation pratiquée à même le cristal, qui se situait juste au premier tiers inférieur de la hauteur de l'édifice et que les anciens architectes avaient baptisé "chambre du roi". L'air y était plus vif qu'ailleurs, électrique. Il semblait impossible qu'on y pût rendre l'âme, à telle enseigne qu'on y momifiait tout à son aise. Pas besoin de formol. Comme par enchantement, les lames de rasoir usagées de Rataton y recouvraient leur fil. En effet, l'expérience avait prouvé depuis la plus haute antiquité que certaines constructions géométriques satisfaisant à des lois modulaires bien déterminées où intervenait souvent le nombre d'or φ, avaient la singulière propriété de condenser l'énergie astrale en leurs foyers, et se comportaient, vis à vis du bioplasma de la psychosphère, comme des émetteurs-récepteurs d'ondes de vie. Ce n'était pas de la superstition mais de la science, bel et bien. Observation de phénomènes répétables sous réserve de conditions initiales identiques.

        Rien de plus simple à vérifier. Essayons avec la pyramide.

        Prenez un carton ondulé où vous découperez de quoi édifier une pyramide à base carrée de côté 2, et dont les faces murales seront des triangles isocèles de hauteur, (environ 1,618), dans le système d'unités que vous voudrez, pourvu que soient respectées les proportions.

Pyramide en carton

        Procurez-vous du fil de nylon et un petit morceau de viande fraîche et crue, de la viande de vache folle par exemple, que vous attacherez à une extrémité.

Rabattez maintenant les triangles de la figure, et reliez l'autre bout du fil au sommet de la pyramide de telle sorte que la viande pendouille juste au niveau de la chambre du roi.

        Scotchez bien les arêtes de façon à ce que les jointures soient parfaites et que le polyèdre obtenu en reste un.

        Bon. Exposez le tout en un endroit sec, orientez une face triangulaire au Nord, et ne touchez plus à rien de quinze jours. Passé ce délai, ouvrez et constatez. Et bien, que vous soyez rationaliste ou animiste, sérieux ou rigolard, glabre ou barbu, droit ou bossu, bigot ou mécréant, le résultat sera toujours constant : la viande ne pourrit pas. Non, elle ne pourrit pas, elle dessèche. Oui môssieu.

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