La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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Cette rencontre débutait toujours lorsque le croissant de lune jaune croisait l'astre rubicond dans sa course elliptique.

        Quelque chose qui s'apparentait à l'inéluctable cadence des biorythmes et des cycles cosmiques, et de leurs concordances de phases. On disait d'ailleurs à ce propos que le corps suivait une période de 23 jours, 28 pour l'émotion, l'intelligence abstraite 33. On n'était vraiment "complet" que tous les 23 x28 x 33 = 21.252 jours, soient tous les 58 ans plus deux mois, six aubes. Alors nul ne doutait plus à Zatlan que Carabistouillas, premier diplômé de la noble institution Fouille-Tronche, découvrirait bientôt la sinusoïde du rêve, le "Serpent Fantasmagolion". Comme ça, quand viendrait le tour des cauchemars, on veillerait au grain en s'écarquillant les yeux avec deux allumettes, en attendant des jours mieux prisés de Morphée.

Mais il s'agissait en l'occurrence d'une sorte de rêve éveillé. D'abord une angoisse indéfinissable nouait la gorge et l'estomac de Zerminette. C'était un frisson, un gouffre noir et froid, un fluide glacial qui la paralysait de peur. Puis, peu à peu, le noeud se défaisait quelque part dans les profondeurs inconnues de son âme inquiète, livrant passage dans son coeur à toute une imagerie débridée qui défilait en trombe, avec la même précipitation qu'une armée de diablotins torturés de colique. Ainsi font les premiers relents au curetage d'un puits.

        Enfin assainies, les visions s'éclaircissaient. Le pouls de la fillette s'accélérait, ses joues s'empourpraient, ses oreilles s'enfiévraient tandis que se hérissait son échine au duvet électrique ; l'envahissait un vertige qui lui faisait perdre la notion de haut et de bas, et soudain un sursaut, un soubresaut, un bond formidable qui la ravissait au sol. Happée, aspirée par un vide incommensurable, voici qu'elle s'élevait à vive allure vers les cimes d'un Olympe radieux et tout nimbé de gloire, là où bout sans défaillir jamais la marmite des dieux et où plane, serein, le froment des élus.

Les pentes boisées de la montagne onirique l'invitaient alors à trotter parmi les résineux et la mousse moelleuse, et à s'y frotter le dos et croquer la gerboise, comme du temps où feu sa mère lui enseignait à chasser les grillons et les mites.

      Elle gravissait ce relief ardu par petites traites, tissant une trame enchevêtrée au hasard des buissons d'aubépines, jusqu'à ce qu'elle eût rejoint certain rocher à l'énigmatique contour de cloche. Un fantôme de pierre qui ne livrait son mystère qu'à l'instant fugitif où les rayons du soleil tombaient selon une incidence rasante sur les feuilles humides des bouleaux alentour, et conféraient à la brute lithosphérique une aura irisée.

        Alors, dans cette doublure de lumière transparaissait l'image du jeune homme, exact au rendez-vous. Une image réelle, quoique diaphane, à l'instar de l'hologrammikon. Proportions et volumes. Lui aussi, il avait gravi la montagne au grand dam de ses jambes, mais du versant opposé, côté couchant. Non sans mal, car cette satanée tête de chacal lui en faisait voir de toutes les couleurs et tentait de le décourager en lui donnant de fausses indications. Ce salaud de chacal.

        Le rocher semblait posé là comme l'interface, le point de jonction, le relai, l'incontournable médiateur entre deux espaces imaginaires, entre deux consciences dont les corps ne s'étaient jamais touchés ni même entrevus, mais qui se pressentaient et se devinaient l'un l'autre. Deux jardins intérieurs, deux intimités plastiques et protéiformes d'une ténuité impressionniste, flasques comme des méduses, que ballotaient à leur guise la houle versatile et le vent contraire des émotions. Et là, entre ces océans d'incertitude, d'errance et de subjectivité, se dressait cette concrétion, solide à s'y casser la tête, cette pierre brute qui dévoilait le chemin secret qui rapproche un coeur d'un autre coeur ; la dureté incarnée en pierre qui reliait la tendresse à la tendresse. La matière révèle l'esprit qui la heurte. Frappez et on vous ouvrira. La Pierre, nom d'un sapin !

        Âme de mon âme, ô toi, présence absente qui depuis tant de lustres me travaille et m'émeut, bouton de rose qui fuit dans l'espérance d'une aube prochaine en quelque endroit que mon regard se porte, me délivreras-tu enfin de ne connaître pas où réside la nôtre ? Tant de galets jonchent les plages et roulent dans le lit des rivières, tant et tant de cristaux tapissent des grottes les murs, tant abondent en minéraux éboulis et carrières, et tant brisent les socs, et tant achoppent aux pieds, que comment jurer qu'en ramassant cette aigue-marine, ce béryl, telle améthyste ou telle opale, je ne mettrai pas en poche le caillou messager de deux pauvres damnés qui mourront coeurs de pierres, transis et desséchés ? Cela, seuls les Kobolds le savent, mais à dater du jour funeste où le petit Déboitemeunix se débezilla les faucilles sur un silex pointu, ce fut bernique pour leur tirer les vers du nez...



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