La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Les zatlantes ressentirent un grand outrage pour les propos arrogants jetés à la face de leur roi. Tous étaient solidaires, Ogres et Torcheculs compris, qui en avaient oublié jusqu'à leurs éternelles algarades et dissensions. On ne traîne pas impunément une barbe fleur-de-lysée dans l'opprobre. Ô infâmie !

--Hors des murs la vermine ! claironnait le vieux Croutonrassis, un vétéran des armées kergaliennes qui mangeait de l'ail à tire-larigot, et que la Sécurité Sociale dispensait de cotisations.

        --Ouais, la vache a sauté par-dessus la lune ! renchérit le perruquier Toquebille, qui travaillait du chapeau melon.

--Lavons cet affront sur le champ ! hurlaient à l'unisson le fourbisseur Testedeloup et Crassenoiraud, le ramoneur son frère.

--Dong ! Il est trois heures et tout va bien.

        --La barbe, Sourdingos !

        La population se rua sur la place en direction du palais et des écuries de Kibbalion. C'était noir de monde, un mascaret, presque autant que l'année où les zatlantes étaient venus protester en masse au sujet d'une certaine conférence sur le gaspillage qui s'était tenue sur la planète Glukon, et dont les membres, au nombre de cent, avaient voyagé tous frais payés dans des navettes capitonnées avec petits coussins de soie.

Bref, chacun voulait prendre part au conflit et défendre l'honneur de la Cité. Allégeance au roi ! clamait-on. Sus aux traîtres ! Les Cyclopes-fantassins accouraient les bras chargés de sabres et de canons à pétoires qu'avaient forgé leurs grands oncles, dans l'ancien temps. Plus des cornets à poudre tout droits sortis de la Sainte-Barbe. Les Kobolds, ces artisans de la Terre, pourtant réputés fainéants, avaient trouvé la force d'arracher à la pierre suffisamment d'or et d'argent pour battre monnaie et financer bataille. Certes, cela n'empêcha pas à une poignée d'Ogres malhonnêtes de profiter de la situation pour écouler dans le lot leurs fausses pièces de dix Margoulinas, mais dans l'ensemble, le sens du devoir civique l'emportait sur les intérêts particuliers. On avait même enrôlé dans les troupes l'affreux Matraquedur, un détenu qui fabriquait des pantoufles en prison depuis cent sept ans, et qui bénéficiait par conséquent de l'enviable statut de fonctionnaire.

        Les Xuglons, quant à eux, décampaient d'un peu partout, soit qu'un propriétaire les congédiât sans plus de façon, ou qu'ils eussent pris les devants, déménageant à la cloche de bois pour s'aller rendre au diable Vauvert où le Nain Gwyon pisse vert. Ils avaient, du reste, depuis longtemps contracté cette charmante habitude de parsemer leur itinéraire alambiqué de locataires, de tombereaux d'impayés, de découverts, et de vaisselle brésillée, tant et tant que l'on eût pu sans grand peine en établir la carte. Avec un coup de retard, comme l'huissier Grosmalin qui ne les attrapait guère que pour la Saint-Glinglin.

        Aux dernières nouvelles il semblait que les pistes convergeassent toutes vers la Clairière de Malemort, un lieu de sinistre mémoire en lisière de Kermalia où nul n'aventurait ses pas, de crainte d'être changé en pierre ou dévoré par les fameuses lianes Phyllanthropia aux mille tentacules. On tenait cette information des Lutins-éclaireurs eux-mêmes, qui, embusqués sous la culée du Pont d'Aven où poussent à l'aube de succulentes galettes au beurre dont ils ne se privaient pas, les avaient vus s'enfuir par le chemin ferré qui y conduisait, secteur Nord-Est.

        --Par ici la bleusaille ! Mobilisation générale. Inscrivez-vous et que ça saute ! aboyait un vieux sergent recruteur qui se tenait assis derrière une table qui jouxtait l'écurie et portait à faux sur les pavés disjoints de la place. Pas si vite, toi ! Il y en aura pour tout le monde. Pourquoi cette presse ? Tu mourras bien assez tôt. Et met ton bliaud, ton brassard, ton haubert, ton gorgerin et ton heaume à plumes rouges. Morbleu, qu'on te reconnaisse. Suivant !

        On se ruait dans les stalles ; on sellait les dragons qui n'en pouvaient plus d'impatience et vomissaient le feu. Enfin une bonne occasion de bouffer du griffon ! Depuis que ça les démangeait, les pauvres bêtes... Du griffon bouilli sauce à la menthe, ça ne devait pas être mauvais. Ça les changerait du sempiternel sainfoin. Si les Sylphes leur soufflait vent en poupe, ils seraient vite sur l'ennemi et vite régalés.

        Les Ogres impavides, cependant, étaient partis ramasser du bois pour tailler des lances, des flèches et des épieux qu'ils ne demandaient pas mieux qu'à jeter à la figure des premiers loups venus. Les plus rustres d'entre eux et les plus malitornes s'en tiendraient aux gourdins. Les Satyres tireraient la cariole du Train des Équipages et quelques bordées dans les fourrés entre cinq et sept, c'était toujours ça de pris à l'ennemi.

Il n'y avait pas un sujet du roi, du chemineau poisseux à la préfète aux dessous parfumés, du soûlot titubant au premier intendant, qui eût douté de la culpabilité de Tryphonar et de son peuple et que, partant, pensait-on, les représailles se fondaient sur de justes prémisses.

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