La Quête d'Aldoran, roman en ligne
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Par-delà les jonchères, un chemin crayeux au timide tracé, pour ainsi dire un tortillon, une cavée, une sente cabossée qu'il s'empressa de suivre, s'enfonçait, semblait-il, vers le centre de l'Ile, où l'herbe poussait dru dans le fond d'une combe. Des fourrés attenant au sentier bocager jaillit un rat belet qui se carapata. En rang d'oignon et tout du long, les sept plantes magiques recueillaient dans leurs calices entrouverts, la quintessence des sept dieux tutélaires. La fougère de saturnie était de cette panoplie ainsi que sa soeur jovienne la jusquiame ; Mars veillait sur le grand frère arnica, tandis que la vénuste verveine sommeillait auprès du quintefeuille mercuriel ; la cristostale lunatique n'avait plus d'autre choix que d'assister la phoebusienne renouée. De purs trésors d'apothicaire dignes du pantagruelion soi-mesme.
Sous les ombelles d'un fenouil que caressait un vent fripon, une Fée qui reprenait haleine à mi-pente, taillait une bavette avec trois Nains Pédagogiques au parler napolitain et à la grosse tête. Un érable aux genoux cagneux, noueux, malingre, souffreteux, que râpait une cigale transfuge, torticolait d'un empan de dessus terre ses racines rampantes ; un saule pleurnichard et déjeté qui souffrait de la goutte versait des larmes de mélancolie sur l'infirme accablé, tentant de le séduire. "Peuh ! La peste soit de celui qui, croyant consoler, vous conte ses déboires et les ajoute aux votres, persifIa un merle qui saccageait la couvée d'une fauvette. Partager ses ennuis, pirrrlouit, chip, la belle affaire ! Chacun pour soi, moi je dis. Merrrde d'oiseau !"
C'était aussi l'avis du prince, quoiqu'il n'osât pas le formuler trop haut par superstition. "Eh quoi, on ne se bat guère pour l'Entraide ici bas ; c'est une vieille pauvresse tout efflanquée, tellement que les côtes lui saillent sous la peau. Et ce qu'on ne fait pas pour moi, à qui aurais-je à le rendre ?"
Mais lorsqu'il vit, tout ébaubi, pareils à de petits bonshommes revêtus d'un cimier de ramilles et d'un pagne feuillu, deux esprits bien vivants s'extraire des aubiers comme on quitte un manteau, lorsqu'il les vit s'aller taper l'épaule et se serrer la main, les deux ectoplasmes, le doute le gagna : fût-il possible que se logeât quelque once de compassion au coeur de ces brutes de bois ?
"Apprends à respecter qui porte feuillée", le tancèrent vertement à l'oreille les mânes de la forêt, celles dont il est écrit que plein de sagesse sont la sève et les os. "Les plantes furent, autrefois, les premiers alchimistes de la planète. Elles s'alimentent de terre, d'eau, d'air, et du feu du soleil, mais on découvre souventes fois dans leurs corps calcinés des substances que ni la graine, ni ce qui l'héberge, ni même ce qui la nourrit ne contenaient au commencement, pas plus qu'une savante recombinaison des éléments épars. Quand tu sauras expliquer ce mystère, alors tu pourras rire. Mais pour l'heure tais-toi."
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