La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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           Les Glougloubes étaient d'hideuses créatures qui ressemblaient à d'énormes loches difformes aux yeux vert-de-gris et globuleux, et dont les barbillons dégouttaient une bave aussi épaisse que la glaire ou le glaviot d'un poitrinaire cloué à son grabat. Elles se tapissaient dans les herbiers, ces perfides bestioles, ou se terraient dans le limon, prêtes à bondir sur le nageur imprudent. Les Glougloubes avalaient n'importe quoi : cailloux, plantes, bêtes, gens, assiettes, tout y passait. Et même les horloges, raison pourquoi l'une d'entre elles portait l'amusant sobriquet de Tictac. Tictac sonnait toutes les trente minutes d'un retentissant "coucou" qui remontait en surface dans un généreux glou-glou effervescent. Une exactitude qui frisait l'insolence.

        Le roi de céans Karaboss ne riait pas, lui. Il les avait comptées, les secondes, les minutes, les heures et les journées, depuis que Tictac lui avait gobé sa fille aînée Falbala. La belle Ondine, alors, se baignait et musait au fil de l'onde claire d'une plaisante rivière qui couleuvrait un peu au nord du Lac et s'y jetait, tandis qu'à l'autre extrémité de la pièce d'eau ses frères Tritons se crevaient comme des ânes à charrier le pédalo royal à buste de dauphin, et que Karaboss geignait sur son trône à la façon d'un phoque exténué de chaleur. Et comme Falbala démêlait et lissait sa fine chevelure d'ocre en fredonnant son aria favorite que scandait avec l'allégresse d'un métronome sa frétillante queue de morue, voici qu'elle laissa choir par inadvertance dans le courant mutin le peigne de nacre que lui avait offert sa grand-mère pour son soixantième anniversaire.

        L'Ondine descendit jusqu'à l'embouchure pour le récupérer, mais lorsqu'elle parvint au banc de nénuphars qui ourlait la vaste étendue, le miroir des eaux dormantes lui renvoya l'image d'une figure horrible qu'elle ne s'était jamais vue, et qui l'entraîna soudain vers les grands fonds, sans l'aviser que la bouche donnait directement sur l'estomac d'une Glougloube scélérate.

        Karaboss, qui aimait sa fille plus que la prunelle de ses yeux, ne supportait plus que l'on fît la moindre allusion à tout ce qui touchait de près ou de loin à la mécanique et à la mesure du temps qui passe, et à chaque fois que Tictac se montrait dans les parages, le cliquetis d'horlogerie ou le "coucou" narquois qu'éructaient les entrailles du monstre le plongeaient dans une farouche fureur à laquelle mieux valait se soustraire : "demande-moi l'heure qu'il est, affreux têtard, et je te cogne !" disait-il bien souvent, irascible, à ses sujets.

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