La Quête d'Aldoran, roman en ligne
Amuse-gueules
-
Toniques -
Purgatifs -
Élixirs -
Onguents -
La Totale -
Votre Cure
Motivations
de l'auteur ------------------Début
du récit---------------------------------
Racine
du site
Chap1 Ch2 Ch3 Ch4 Ch5 Ch6 Ch7 Ch8
Vos commentaires sur ma page MySpace
***
Seuls les familiers du Temple, un modeste quarteron de patriciens de l'âme, dont les rangs s'éclaircissaient chaque jour davantage, se maintenaient au-dessus de la mêlée bon an mal an, au mépris de toute polémique. Ceux-là, au premier coup d'oeil on les reconnaissait, car tous se testonnaient la raie par le milieu. Ils portaient la tunique des serviteurs des dieux, en quelconque occasion conservaient l'air radieux. Et tandis que bourgeois et manants se crêpaient le chignon et se tiraient la langue, nos sages méditaient installés tous en rond autour de leur caillou mystique, s'abstrayant de la fange et chassant les moustiques.
Qu'il est bon de connaître un endroit entre terre et nuages que la laideur du monde n'ira pas déparer. Abri sacré, plaisant havre de paix où l'espérance affleure, que coule l'harmonie, que parle l'éloquence. Toi devant qui le blanc comme le noir s'égalent et s'amenuisent, grand réconciliateur, fléau de la balance, étalon de la Vie, redonne la mesure à ceux qui l'ont perdue, et souffle sur leurs voiles un alizé clément. Pyramide-Cristal, garant de l'univers et de ses lois cachées, je ne permettrai pas qu'on jure sur ton front, qu'on salisse ton nom. Et nul zatlante, d'ailleurs, n'ose te faire affront, pas même le Xuglon qui te craint et te fuit, tel la chauve-souris que la lumière aveugle, quand s'est levée l'Aurore et que les vaches meuglent. "Pax bovina, mon fils, alleluia !"
"Non, décidément, il est bien difficile de règner sur Zatlan", songeait Kergal dans son cabinet de méditation que
tapissait une lumière verte et liquide qui dégoulinait le long des parois. Quelle orientation en son âme et conscience
devai-t-il adopter ? S'en remettre au conseil des douze ? Pouvait-on s'y fier ?
Asgard ? Trop belliqueux. Bigre ! Le roi se souvenait du soir où le chevalier avait fait avaler trois de ses dents à un
estafier Xuglon qui voulait, sans rouerie, juste s'informer de l'heure locale. Bon bretteur, certes, mais piètre diplomate
qui s'empressait de vider au comptant ses querelles.
Sousgrobis ? Trop intéressé, il eût mis le royaume à l'encan pour un vulgaire jaunet. Gargantaugas, le Vampire,
Bellemiche et Boicussec ? Parlons-en, quels artistes, ah oui, vraiment!
Bigletout ? Trop versatile : il voyait tantôt d'un oeil, tantôt de l'autre. Toujours mal inspiré, en tout
cas. Épopélix ? Trop rêveur. Ni assez cynique, ni assez désabusé pour faire un bon politique. Et son goût prononcé du
romanesque le poussait à préférer le désordre permanent, histoire d'avoir quelque chose à raconter dans ses sagas.
Méphisquenotélès ? Plus on cassait de gueules, plus il en réparait. Alors, inutile, c'était couru d'avance. Alambix,
lui, affectionnait le calme et la dignité. Mais personne ne l'eût écouté: la métaphysique, tout le monde s'en fout et en
rigole, fors l'ultime soupir. Certaine forme de sagesse, d'ailleurs, attire à soi tout ce que renferme la société de folie
assassine.
Rataton, quant à lui, ne s'était pas prononcé. L'indifférence ? Le souci ? Sa femme et sa fille lui hantaient l'esprit
tout entier. Il n'y avait pas de place pour un autre objet d'attention, chez ce personnage que l'âme chevillait au corps.
Enfin, restait l'Espion du Cagibi. Quel avait été le motif de sa visite ? Il n'avait accompli en somme, que son devoir
d'espion. Était-ce pour autant un voleur de flûte ? Quel sac de noeuds, mes aïeux ! Lorsque Tryphonar surprit la taupe
Pentagonia que Kergal avait envoyé se terrer dans sa salle de bains, le roi Xuglon ne hurla point à l'esclandre. Pas de
procès, pas de papier : il la mangea et le dossier fut clos.
Mais comme le dit avec justesse un fabuliste de mes amis, on précipite souventes fois le cours de son destin par
le chemin qu'on prend pour le vouloir tromper. Et quand deux sabliers plus tard, la gouvernante, éplorée, vint annoncer
au roi la disparition de son fils, le pacifisme céda, la coupe déborda, et le plateau pencha du côté de la guerre : les
Xuglons, c'était signé. Cause entendue. Flûte, pipeau, flageolet, fifre, chalumeau, galoubet, flûteau ou mirliton,
qu'importait, maintenant ? On devait châtier les coupables coûte que coûteque coûte, sans composer.
Et pour la première fois, on allait réconcilier sous l'oriflamme de Zatlan, gentilhommes ogrins et va-nu-pieds
torchenigauds : "À bas, les Xuglons ! Sus aux Xuglons ! Que crèvent les Xuglons !" Alea jacta est...
Amuse-gueules - Toniques - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure