La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        "Un sifflement suraigu. Un point vert entre les sourcils. Et le point devient tache, et la tache s'élargit, comme une goutte d' huile de foie de morue tombée par mégarde sur mon étoffe neuve. Elle progresse, elle s'étale, elle croît non seulement en étendue, mais aussi en volume. Une pâte à gâteau. Elle gonfle, elle se dilate. Pareil à une éponge, j'absorbe l'eau-de-feuilles-vertes par tous mes pores béants.

       "Ça coule dans mes veines, vert comme dans les plantes. L'eau baigne, à présent, mon espace-du-dedans. Goulou, goulou,goulou ! Génial ! C'est doux, c'est chaud, je me sens en confiance et protégé par quelqu'un que je ne vois pas. Le lent va-et-vient des vagues saoûles me berce avec tendresse, et un clapotis discret me susurre cette vieille comptine que m'apprenait le bon Géant Gargagnolas sur ses genoux en rigolant dans sa barbe, quand j'étais petit tout. C'était quoi, déjà ? Ah oui, je me souviens. Même que nounou ne voulait pas que je la chante :

. "Ploum, ploum !

Cric, crac, croc, je te mords le cul,

Fric, frac, froc, tu seras cocu,

Tourne, tourne, la belle escalope,

Donne, donne, au vilain Cyclope,

Mouche-toi dans tes doigs,

Ça fera du brou de noix.

Na, ne, ni, no, nu, nou, na !"

        "Quelqu'un joue de la harpe, là-haut. Chaque note lance un rayon de couleur au travers d'un tunnel obscur. Picotements. Mon corps frémit. Quelque chose de subtil s'en détache, s'engage dans le trou et suit le mince cheveu de lumière. Spirale. Tourbillons. Bruit de coquillage. Mais... ce quelque chose qui vient de sauter dans le vide, c'est moi ! Et ce dormeur que j'abandonne à terre, c'est moi encore ! Suis-je fou ? Je raisonne, cependant ; j'existe, quelque part. Que je suis laid dans mes habits floupis ! Hier, j'ai oublié d'aller chez Ratiboix, le coiffeur de la place. Stupide de penser à ça maintenant.

        "La lumière forcit. Elle éclaire avec de plus en plus d'intensité. Ça m'aveugle, mais ça ne brûle pas. Des millions d'étincelles minuscules pétillent de joie. Je sais qu'elles sont intelligentes. C'est contagieux, la joie. C'est amusant, je ris ; je ris comme un tordu. Va savoir pourquoi. Tu es un idiot, Aldoran ! Avec tout ce qui t'arrive en bas...

"Tiens, des bonshommes. C'est drôle, ils chaloupent comme dans les tribus des peaux grain-de-café. Ma parole, ils sont en caoutchouc ! Et ils ont des têtes en forme de berlingot. Ils s'approchent. J'en compte douze. Ho, Ho, Ho ! Vraiment, ces têtes, ces têtes... Si on les embauche au Carnaval de Zatlan, ils font un sacré tabac, pour sûr. La caboche en tétraèdre, c'est peut-être pour mieux voir dans les coins, qui sait ?

        "Comme les insectes avec leurs yeux. Le plus grand d'entre eux s'adresse à moi. Il dit qu'ils sont les Jardiniers de la Terre, et que lui, le messager, s'appelle Mikaël. Tiens, tiens. Salut, Mikaël. Sa peau est plus blanche que le plâtre qu'on avait moulé autour de la jambe de Boulamian, l'année dernière, quand il s'était cassé la gueule en courant sur les toits des écuries. Même que c'était le maçon Briquedur qui le lui avait posé.

        "Mikaël me dit qu'ils sont venus planter l'Arbre de Vie, celui dont les feuilles apportent la guérison aux nations et les fruits la connaissance de l'Intime. Comprends pas. Encore un jobastre. C'est pas ça qui manque. De toutes façons, ils vont planter là l'arbre qui les enterrera tous, parce que si j'ai bien observé, côté fraîcheur, c'est plutôt date limite. Mikaël s'esclaffe. Il se désopile, se bidonne, se tirebouchonne. Plaît-il ? De quoi ris-tu, céphaloèdre ? Mikaël me dit qu'ils sont immortels et qu'ils prennent toutes les apparences qu'ils veulent. Il a donc lu dans mes pensées ! Je ne sais plus où me cacher, du coup.

"Il dit qu'un certain Iesse les envoit. Nom d'une pipe ! Lui aussi, alors ? En tout cas, des immortels, j'espère qu'il n'y en a pas trop. Parce que c'est bien joli au début, mais après, quand il n'y a plus de place pour bouger, il ne reste plus qu'à s'entre-tuer. Et de zigouiller un immortel, c'est pas facile, facile... Aimez-vous les uns les autres, leur a dit leur Seigneur. Et bien, celui-là, quand on voit la tronche des créatures qu'il a façonné, il est pas dégoûté !

        "Goulou, goulou, goulou ! Il me dit de cesser ce gloussement débile. Ça l'énerve. Toi, un second couteau, tu m'expliques ce que moi, le prince, je dois faire ou non ? Du jamais vu. D'abord, où est le responsable ? Qu'il vienne, et plus vite que ça ! Goulou, goulou, goulou ! Non, sans blague, partez pas, je voulais pas vous vexer, revenez ! Partis, envolés. Floup ! Me voilà seul. Pour changer.

"L' eau-de-lumière bouillonne soudain. Bloup, bloup, bloup ! L'océan se sépare en deux. Une allée au milieu, et moi planté là, comme un santon au beau milieu de l'allée du milieu. Ma foi, je n'ai pas le choix, hein ? Je la suis. Que c'est long ! Des zoramètres et des zoramètres. Tout droit. Vraiment, c'est monotone. Risques pas de t'attraper le torticoli, ici. Quand même, un tapis roulant, qu'est-ce que ça leur aurait coûté ?

"Tiens, voilà un chacal, à présent. Nuance : un homme à tête de chacal. Très seyant, son pagne. Il me dit d'être moins frivole, que la vie a un sens, et qu'il ne faut pas la gaspiller en de vaines occupations. Que je ne connais pas ma chance. Que, normalement, je ne devrais pas être là, et que si je m'y trouve, c'est parce qu'une divinité m'a offert l'Agarikon sacré. Ah, c'était donc ça, le champignon ? Bon. Il tient un objet bizarre dans sa main. En argent, je crois. Il dit que c'est la Croix de Vie. Décidément, ça les obsède, par ici, l'éternité. J'ai encore à m'assagir et à mûrir, qu'il me dit. J'ai le temps, alors. Pour l'instant, on m'autorise à suivre le chemin jusqu'au bout.

        "Me voilà reparti trottant. Finalement, je parviens jusqu'à un mur. Que c'est idiot ! Toute cette route pour réaliser qu'on s'est encagné dans une impasse ! Ah, non, pas tout à fait. Ce mur est un miroir. Il était poussiéreux, c'est pour ça. Je le frotte, et, oh ! Une pluie de roses blanches tombe de nulle part, et dans le miroir, apparaît le visage de la fille-chat dont je rêve souvent, et qui me sourit. Jolie, faut bien l'admettre. Mais l'autre trouble-fête, là, la tête de chacal, il me tire par la manche au meilleur moment, et me dit que j'en ai assez vu pour aujourd'hui. Que je dois rentrer. Que, de toutes façons, j'aurai tout oublié à mon retour. À quoi ça sert, alors ? Cause toujours, tu m'intéresses! Le tourbillon. Le vide. Le néant. Le noir. Ça claque dans ma tête. Je perds conscience..."



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