La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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Et cependant que nous bavardions, voici qu'Aldoran avisa la clé de la cage. Pikekû l'avait mise hors de sa portée, dans la carapace de tortue qu'elle employait lors de ses ablutions matinales, et, si l'on en croit certaines rumeurs, pour se raser les moustaches qui parfois viennent aux vieilles. C'était un véritable supplice. Il avait beau étirer les bras comme un épouvantail à moineaux, cette satanée clé restait inaccessible.

        Comment faire ? se demandait-il, en se triturant nerveusement les doigts, comment faire ? Ah, si Tristan le Niais l'avait accompagné ! Son meilleur camarade de jeux, le plus habile crocheteur de tous les Sacrebleus, qu'aurait-il imaginé, lui ? Du fil de fer? Encore fallait-il en posséder. Il portait bien cette broche princière que la gouvernante lui avait épinglé sur l'aumusse, mais le bijou avait subi le même traitement que son infortuné propriétaire. Rétrécie, elle aussi ! Et Aldoran triturait ses doigts de plus belle, adossé contre cette porte qui lui interdisait obstinément l'accès au monde extérieur. De quoi enrager.

        Et puis voici que se produisit un miracle. Sans savoir ni pourquoi, ni comment, le prince bascula, traversa les barreaux de sa cage, et se retrouva dehors. Oui, il était libre ! Menu comme un Lutin, mais libre tout de même. Et savez-vous la cause ? Rappelez-vous cet anneau qu' Hafnor avait offert en souvenir à l'enfant. Or, ce que le Nain 
n' avait pas dit, c'était le pouvoir qu'octroyait l'objet à celui qui le détenait. Il suffisait de le faire pivoter trois grands tours pour qu'aussitôt rochers, murs, et parois métalliques,
perdissent de leur dureté contraignante. Le porteur de l'anneau franchissait ainsi comme du beurre mou, et à volonté, tout obstacle qui s'apparentait à l'élément Terre. Étonnez-vous d'un tel présent de la part des Kobolds !

        Les premières secondes d'ébahissement écoulées, Aldoran se releva et, voyant que la cage n'avait pour Smigoll aucune intention de mollir, il entreprit d'escalader la carapace. Il se hissa tant bien que mal le long d'une plume de pie qui trempait dans un encrier attenant, et parvint à récupérer la clé qu'il avait longue comme la jambe, et qui pesait aussi lourd sur son dos que l'un de ces sacs de blé qui éreintent chaque jour le meunier Cassegrain. Hélas, malgré une incalculable somme d'efforts, le pêne ne fit point chanter la gâche, la porte resta close et le dragon captif.

        --Désolé, mon pauvre vieux, je n' y arriverai pas ; la force me manque, et je suis trop petit, s'excusa le prince. Si seulement je savais où trouver la recette ou la formule magique qui me rétablisse dans mes anciennes proportions. Mais les grimoires qui encombrent cette table ont le parler sournois, et, à vrai dire, j'ignore ce que j'y devrais chercher.

        --Tant pis, répondit Smigoll. Ne t'afflige pas, petit d'homme. Je saurai mourir dignement. C'était peut-être mon destin. Ceci étant, rien ne t'oblige à le partager. Pars vite d'ici. Fuis, fuis avant le retour de l'autre folle et de son oiseau de malheur. Allez, va-t-en sans plus attendre. Il y va de ta vie. File, je te dis ! Heureux de t'avoir connu.

        --Tu es mon ami, s'émut Aldoran. Jamais je ne t'abandonnerai.

        --Puissance des ténèbres ! s'emporta la bête.

        Et alors, une chose sublime arriva. Ayant parlé, le dragon s'empourpra. Et il souffla, et il cracha, et il vomit du plus profond de ses entrailles un déluge de feu qui s'abattit avec une violence inouïe sur sa chétive geôle. Et la cage rougit, et puis elle fondit. Trois minutes plus tard, ne demeurait plus à sa place qu'une flaque de métal liquide qui, lentement, refroidissait sur le meuble, laissant s'échapper et monter vers la soupente, par degrés, une ample bouffée de vapeur d'un bleu phosphorescent.

        Le prince contemplait la bouche béante et le coeur déchiré cette fumée opaque, qui emportait vers des hauteurs qu'elle n'aurait jamais dû quitter l'âme généreuse de son défunt ami. Il regrettait à présent de n'avoir pas su apprécier à leur juste valeur les qualités du dragon. Pourquoi faut-il que l'acte qui nous révèle la vraie grandeur d'un être soit trop souvent celui qui, sans appel, nous prive de l'espoir d'apprendre à le connaître ? Non, Smigoll n'était pas ce personnage égoïste, couard, veule et paresseux qu'Aldoran s'était complu à imaginer. Le reptile ne ressentait de peur, de froid, et de courroux qu'au travers des émotions de son jeune maître. Il était le miroir de sa conscience, son alter ego, celui qui lui criait à l'oreille les vérités qu'il préférait ne pas entendre. Cher compagnon de voyage que je perdis trop tôt, où vas-tu, maintenant que tu m'as laissé seul ?

        Et alors, à nouveau, s'accomplit un prodige. Les vapeurs, tout à coup, se condensèrent en nuage, et au centre de cette nébuleuse en réduction, se projeta l'image d'une sorte de stèle craquelée par l'usure des siècles. Sur cette stèle qu'un lierre grimpant qui s'enracinait dans une tête de mort enlaçait, apparut une inscription en lettres d'or mirifiques qui n'allait pas sans évoquer le délire verbal d'une sibylle mystique :


"EL KI AMA ALKEMIA, ALMA KEY IS MIKAEL A L'AMlKALE KAMELIA.

PER EL IMAKAL MALAKIE D'ALMERlKA, PER AKIM D'ALE,

l AKLAME : KALE MIA ! KALI AME ! KALIMERA !

MIEL AKA lN ALAMBIKE,

E LEKI AMA.

l KALAME."

ADAM LE KLEIN


        --C'est quoi ce charabia ? haussa des épaules le prince.

        --........................... "Ancienne langue de KERMALIA", lui répondit en écho une voix intérieure qui résonnait dans sa tête, et qui le fit sursauter comme un diable qui aurait avalé par mégarde un bout d'hostie.

        --Qui es-tu ?

        --......................."Iesse".

        --Et d'où viens-tu, Iesse ?

        Mais Aldoran n'eut pas le loisir d'en savoir davantage sur son interlocuteur, car le nuage se dissipa aussi vite que venu, et Iesse ne pipa plus un mot.


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