La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        L'enfant s'interrompit soudain. Il avait cru apercevoir quelque chose d'insolite qui remuait au sein de la masse ombreuse des feuillus. Il avait peine à distinguer, un peu qu'il fit nuit noire, un peu que "la chose" bougeait à vive allure. Et ça se déplaçait d'arbre en arbre, par bonds, par brusques jets, par à-coups, spontanément, comme un ressort, et ça retombait avec lourdeur sur le sol argileux qui tremblait : boum, boum, boum ! L'insaisissable créature semblait jouer à cache-cache, attendu qu'à chaque fois, elle s'arrangeait pour atterrir juste derrière un large tronc noueux de chêne, de sycomore ou de marronnier.

        --Hélà ! Qui es-tu donc ? lança le prince d'une voix forte qui lui donnait contenance.

        --Boum, boum, boum !

        --Hé, toi, la chose, je te parle !

        --Au nom du ciel, Aldoran, sois poli, supplia Smigoll. Laisse-le tranquille. Tu vas nous attirer des ennuis.

--Je veux savoir et je saurai. Alors, monstre, Cataclop, Grimlin, crapouillot, ou quoi que tu sois d'autre, sors de là et présente-toi, si tu n'es pas un lâche.

--Barbe d' Artabas ! Que le grand Croquetruc me craquignote ! Moi, lâche ? Ah ça non, alors ! Je ne te permets pas de m'insulter, jeune homme. Je suis 0l Men le Korrigan, voilà qui je suis ! Et personne ne me traita jamais de lâche, protesta vexée la "créature" qui surgit de sa cachette comme un croquemitaine affamé.

        Et effectivement, c'était un Korrigan ; l'un de ces Nains que l'on rencontre parfois en pays bigouden. À cela près que celui-là était de pierre, le visage buriné par le Sculpteur des Âges ; que sa tignasse offrait un assortiment de feuilles d'érable et de noisetier façon Arcimboldo, tandis que des racines de mandragore clairsemaient sa barbe hirsute d'un ocre limoneux. Un oeil perçant et globuleux résidait au centre de chaque feuille d'érable, ce qui lui avait valu dans Kermalia l'amusant sobriquet de "Nain aux Mille Yeux". En outre, sa rèche peau de granit secrétait une sorte d'huile visqueuse et ambrée d'un brun auburn qui s'enflammait en présence de la moindre étincelle. À sa main droite il tenait une lanterne sourde qui aurait aussi bien pu convenir à un aveugle, vu que pour de très occultes raisons, il la gardait obstinément éteinte, en dépit de l'obscurité.

Ce Korrigan ne paraissait pas méchant. Susceptible et bougon, tout au plus. Car son ventre bedonnant et ses bras mobiles et potelés trahissaient le naturel d'un bon vivant qui, comme Bacchus, ne devait pas cracher sur la cabirotade et le jus de grappes.

--Ce n'était pas parce que j'avais peur que je me cachais, reprit le Nain radouci. Mais je ne tiens pas à ce que ton dragon me transforme en torche. Une fois, j'en fis la douloureuse expérience, et je perdis cent ans durant l'usage de mes yeux.

    --Smigoll ne te fera aucun mal, le rassura le prince. Tu as ma parole : croix de bois, croix de fer... Pas vrai, Smigoll ?

--Mmmmfff ! renifla la bête, qui ne savait ce qui l'exaspérait le plus des deux, entre avoir été surpris en flagrant délit de couardise, et le fait que ce fût en l'occurrence par l'un de ces casse-pieds de Nains.

        --Et pourquoi donc, 0l Men, te promènes-tu sans lumière ?

        --J'ai oublié mon briquet je ne sais où. Un beau briquet tout neuf à la mèche d'amadou que la Salamandre Boutefeu m'avait offert pour mon trois millionième non-aniversaire. Histoire de se racheter. Car le fameux accident dont je t'ai parlé, c'était de sa faute : tandis qu'elle fumait en tremblotant comme une vieille éponge avinée sa pipe de bruyère, elle renversa malencontreusement sur moi une bonne dose de tabac brûlant.

--Donne-moi ta loupiote, proposa le prince. Smigoll va l'allumer. Je la porterai un peu à l'écart de toi, afin de t'en protéger. Attention, Smigoll, une toute petite flamme.

        Le dragon toussota, crachota, et la lanterne qui s'alimentait à la sueur d'0l Men ressuscita. Une lumière tamisée diffusa son poudroiement de cuivre, et tissa sa souple étoffe de taffetas aux pourtours effrangés dans l'air piquant de la ténèbre qui s'était retirée de quelques pas, et n'osait plus souiller la blanche dentelle qui enveloppait la clairière comme un cocon douillet. Elle était ceinte par un ourlet de bouleaux et de trembles timides piétinant un doux tapis de canches et de violettes parsemé de quelques houx. Une brise caline berçait le duveteux feuillage ; un hérisson courait au clair de lune et emboîtait le pas aux mulots et aux lièvres ébaubis, non loin d'un hibou sale et mal peigné qui hululait lugubrement et jetait un regard torve sur son futur repas.

Le Korrigan fit halte et convia la petite équipée à s'asseoir auprès de lui. Aldoran posa la lampe. Smigoll, encore méfiant, s'allongea un peu en retrait, le menton collé au sol et l'oreille aux aguets.

        --Bon, dit le Nain en se croisant les bras. Sans blague, vous n'êtes pas venus jusqu'ici pour mes beaux yeux, je présume. Qu'est-ce qui vous amène ? Mais attendez. Vous me conterez tout ça devant une bonne table, ajouta-t-il, passant un bout de langue vif et râpeux sur ses lèvres sèches.

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