La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Aussi, en moins d'une demi-heure nos deux compères perdirent toute trace de l'homme au capuchon que la forêt vorace avait englouti. La luxuriance de la végétation aurait eu raison des plus opiniâtres volontés. Car vue de dessus, la terre ressemblait à un vaste océan de verdure moutonnante qui étalait à l'intérieur d'un cercle de rayon infini sa mouvance émeraude.

      Les premières lueurs vespérales commençaient à teindre de rose l'horizon, et le prince et sa monture se résignaient, transis, alanguis et fourbus, à regagner leur bercail bien aimé, lorsque, du fond de leur froide retraite saupoudrée de blancs flocons neigeux, les Filles de l'Air soudain les aperçurent.

        --Comment ces deux-là osent-ils violer notre enceinte sacrée ! s'exclama Gilda courroucée. Jamais âme de zoranien ne se permit un tel affront. Naguère, notre père Boréus lui-même, avant de pénétrer ce sanctuaire, nous consultait d'abord.

--Voyons, Gilda, ce sont de vieilles histoires à faire dormir debout les courants d'air, la contredit la belle Ursula aux longs cheveux dorés, plus tolérante. La frontière entre le bien et le mal n'est pas facile à discerner, surtout pour un enfant. Et puis, pour une fois que quelqu'un nous sort de notre affligeante solitude... Enfin un visage humain ! Qu'il est chou, ne trouvez-vous pas, mes soeurs ?

--Il n'empêche. Ils enfreignent la Loi, et nul, bête, homme, ou dieu, ne peut la transgresser. Je réclame un châtiment. Toi, ma petite, tu ouvrirais ta porte à n'importe quel mortel.

       --Paix Gilda ! ordonna presque l'impérieuse Freya, la plus sage des trois. Et toi, Ursula, ton indulgence et ta complaisance envers les hommes te perdront.

        --Punissons-les, punissons-les !

        --Accueillons-les, accueillons-les !

        --Laissons l'Aquilon, notre frère au baiser de givre, en décider pour nous. Je vais le lâcher sur eux. Ainsi chance leur sera offerte de triompher du sort aux desseins inconstants. Et qu'advienne ce que doit. Clac ! Qu'on prépare à l'instant notre attelage de chats volants et mon chaud manteau de zibeline : nous sortons.

        Aussi tôt que Freya eut ordonné, accoururent trente-six chats aux pattes fines qui portaient grelot tintant et carillonnant au cou, et dont le rythme se réglait sur celui de leurs trots souples et menus de félins. Il y en avait de toutes les races et de toutes les couleurs : des grands maigres au poil beige et ras, des trappus à la fourrure généreuse et d'un beau bleu cendré, des taciturnes au langoureux regard, et des nerveux exubérants aux prunelles ignées. Tous étaient d'anciens magiciens réincarnés qui servaient les trois soeurs pour expier de graves fautes qu'ils avaient commises au temps jadis. Et comme les chats n'aiment pas le vent, cela leur était une grande perturbation que de le sentir s'insinuer sifflant dans leurs oreilles et remonter à contre-courant le long de leur échine. C'est pourquoi ce miaulement furieux que d'ordinaire on prête à la burle hivernale ou la bourrasque n'est jamais que la plainte sonore remplie du sincère repentir de ces pauvres bêtes, qui tirent à hue et à dia le lourd traîneau de Freya que son frère accompagne à sa droite, lequel leur souffle au croupion comme s'il s'agissait de la poupe d'un trois-mâts perdu dans la tourmente houleuse.

        Et ce soir-là, l'Aquilon tempêtueux donnait bonne mesure. Il gonflait ses joues saumoneuses et charnues de poupon à la façon d'un trompettiste en plein fortissimo. Les chats souffraient le martyre et hurlaient tout ce qu'ils savaient. Les Filles de l'Air secouaient leurs doigts gourds. Les Sylphes eux-mêmes, terrifiés, prenaient congé d'un hôte aussi terrible, si ce n'est la tangente, et allaient percuter sans ménagement aucun le front emplâtré du Mont Bigletout. Ou quelque arceau, voûte, encorbellement ou moignon rocheux moins illustre. Les plus chanceux d'entre eux s'engouffraient dans une faille opportune de la pierre gélive sans demander leur reste, ni davantage la permission des Gobelins offusqués qui leur mordaient les ailes de colère pour leur apprendre la politesse.

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