La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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La Forêt Magique

      Par une singulière coïncidence, Smigoll et Aldoran survolaient le campus de Zatlan, lorsque l'incident se produisit.

        Certes, ils n'entendaient pas ce que les gens se racontaient cent cinquante mètres plus bas, mais, qu'auriez-vous pensé si vous aviez vu se précipiter toute une débandade de Cyclopes enragés agitant leurs bras de géants comme des ailes de moulins hors des amphithéâtres, suivis d'un abondant cortège d'Ogres jouant à saute-mouton par-dessus le dos de Centaures rétifs et caracolants, et d'une chorégraphie de Satyres déchaînés qui mordaient à pleines dents le grassouillet postérieur de Trollopes hystériques ?

La conque d'alerte retentissait de quartier en quartier remplissant son office, cependant que la redoutable sarbacane des Télécons fléchait des messages ultrasecrets dans toutes les directions, avec la promptitude de l'éclair foudroyant.

        --Il se passe quelque chose en bas, dit Aldoran. Regarde, un homme qui s'enfuit, là, le long du chemin des Elfes. Il court vers la forêt.

--Étrange, en effet. Suivons-le, nous verrons bien où ça nous mène, acquiesça le dragon, qui devinait la pensée de son maître.

        Il n'est guère aisé de s'aventurer dans la forêt de Kermalia. Par quelque quadrant qu'on souhaite l'aborder, la beauté sauvage de ses giboyeuses contrées au végétal fluent et aux riants ruisseaux n'a d'égale proportion que la peine qu'on prend à les parcourir sans y perdre la boussole et l'esprit. Quant à la carte de tantôt, bien naïf qui s'y fie. Les forces de l'Invisible se moquent de l'arpenteur comme vous de votre première galoche. Dessous chaque racine un peu trop exaltée, derrière chaque ronce ou chaque ortie qui avec affection vous embrasse, sachez qu'un diable friand de bananes vous précède et vous épie : pour tout pas que vous faites, il vous lance une peau. Sachez encore, promeneur inconscient des dangers qui vous guettent, combien perfide est la carabosse Pikekû qui roule sa bosse un peu partout munie d'une massue, et qui ricane comme une bossue derrière chaque pierre tumulaire au vêtement moussu. Et gare à son trident pointu !

        Le charme de Kermalia se découvre à ce prix. Mais comment ne pas succomber à la tentation du mystère ? À sa musique enchanteresse ? Que le grand Ténébrion barbu coiffé de sa tiare de houx daigne effleurer de ses doigts translucides trois cordes de sa lyre d'ivoire au doux timbre cristallin, et aussitôt l'on entend le chant de Kermalia résonner tout au loin :

"Hi, là, hi, là, ho !

Eveillez-vous Lutins,

Elfes, Fées, Branlotains,

Et venez animer

Ces lieux que vous aimez ;

Chantons, rions, dansons !

Rendus forts et puissants par la magie du son,

Na, ne, ni, no, nou, na,

Lumineux et sereins, joyeux, nous cheminons."

        Alors, tout ce qui respire, tout ce qui vit sous le soleil répond à cet appel sylvestre. Les oiseaux pépient, le lapin glapit, le renard se tapis sur un lit de feuilles sèches ; le grizzly maladroit écrase du bois brut ; le sanglier à la soie rude déboule un raidillon à grand fracas comme s'il avait le dément Catoblépas accroché à sa hure. Le cerf amoureux pousse son brame victorieux du haut d'un tertre, après avoir brisé les cornes de son plus proche rival au cours d'un épique combat dans un val ténébreux, parmi l'ajonc et la bruyère à la robe pourprée, sous les rires aigus de noirs écureuils nichés dans la ramure mordorée de quelque orme solitaire. L'éphémère coudrier soupire auprès de l'yeuse millénaire. L'érable fait sa cour au frêne indifférent, et le roseau jovial console en sifflotant le beau saule éploré. L'écorce du bouleau craque à la faveur du jour changeant, comme un brandon qui crépite et qui claque dans le feu fulminant d'une agreste veillée. L'onde clapote doucement contre le rocher rebelle et nu, tandis qu'une poule d'eau égoutte son plumage mouillé. Ici, partout on gratte, on racle, on tape, on trotte, et l'on court ; on glougloute et l'on volète ; on s'ébat, on souffle, on râle, on feule et l'on mugit.

Et quand l'astre diurne achève sa carrière, que la lune timide a repris son flambeau, le mutisme qui suit ne connaît pas d'émule : angoissant et glacial, un silence abyssal étouffe Kermalia.

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