La Quête d'Aldoran, roman en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Chap1  Ch2  Ch3  Ch4  Ch5  Ch6  Ch7  Ch8

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

        Asgard ne tua pas Smigoll. Ses paroles l'avaient touché droit au coeur, car l'homme n'était pas insensible. Et puis l'animal respirait le bon sens. Un seul de ses sermons surpassait en profondeur l'intégralité du cours modulaire de "Connerie Transcendantale" par correspondance en douze mille coffrets que lui dispensait depuis cinq cents ans au moins le docte et rassoteux Salamiragondis, par le truchement de la maudite flûte ensorcelée de son assistant Cacophonix qui lui déversait chaque nuit dans l'oreille un bon hectolitre de bile pédantesque, avec toute la gaucherie dont témoigne en général un néophyte trop zèlé. Car la fameuse flûte transmettait les rêves à distance. Il suffisait de régler l'émetteur sur la fréquence propre du destinataire, d'imaginer mentalement ce qu'on avait à lui dire tout en soufflant dans l'embouchure, et abracadabra ! le tour était joué. Aussi, mieux valait-il conserver secret son code confidentiel, si l'on ne voulait pas risquer de sombrer dans la démence ou l'hébétude.

Non seulement Asgard ne tua pas Smigoll, mais encore le preux chevalier prit sur lui de le soigner et de le confier au Nain Hafnor. Ils devinrent ainsi les meilleurs amis du monde, et, à chaque fois qu'il retournait à la chasse, le Magnifique trouvait moyen de capturer un lézard ridicule afin de donner le change à la belle diseuse d'oracles.

Cela l'amusait beaucoup d'ailleurs, presque autant que le jour où il fut mandé par le roi soi-mesme pour tempérer les frasques chirurgicales de l'arracheur de dents Méphisquenotélès, lequel procédait sans que cela ne s'imposât en aucune façon à l'extraction de la dent de sagesse de la Trollope Malika. La malheureuse hurlait comme un pauvre bélouga malmené par une tempête des quarantièmes rugissants.

        Voyons, soyons sérieux ne serait-ce qu'une petite minute : il va sans dire que nous reconnaissons dans cette arrestation tapageuse un coup monté par les Vampires de la Sécurité Sociale. Ces messieurs s'étaient plaints devant Kergal, disait-on en effet, de ce que le dangereux odontologue officiait sans patente ni charge en toute impunité, un "scandale", une "hérésie", et que par conséquent le chômage minerait la corporation sous peu. Mais la défense n'eut pas besoin de se mettre en frais pour démontrer, preuves à l'appui, que la partie civile avait bénéficié des prestations et du quinze pour cent accordés aux fonctionnaires, ainsi que des trop fameuses tenailles de l'inculpé. De là à remonter à l'antédiluvienne querelle des Ogres et des Torcheculs, il ne fallut qu'un pas vite franchi.

        C'est de cette manière que Maistre Glossevent fit savoir à l'auditoire ébahi, que l'ex-bailli Basochon tirait toujours les ficelles de la caisse des cotisations "assurance-maladie", tandis que l'Ogre Prothésist soudoyait à qui mieux mieux tous les arracheurs de dents du pays.

        Bref, avocat, ah ! passons le déluge, les Vampires ne mordraient plus personne, et comme les jurés ayant chacun une fille à marier s'en trouvaient plus que d'aise, la sympathie pencha du côté du petit artisan. Méphisquenotélès fut acquitté bientôt, et se vit même attribuer pour l'occasion une royale subvention, à l'expresse condition toutefois qu'il cessât d'oeuvrer en clandestin séance tenante.

Hafnor, malgré son air bourru de capitaine au long cours, était un brave Nain. Il éleva Smigoll avec le même soin qu'il eût prodigué à un fils. Gîte et bonne provende vingt siècles durant, diable, la croissance d'un dragon donne bien du tintouin ! Songez que Smigoll engloutissait le fourrage par quintaux, et qu'il fallait le descendre et le charrier jusqu'à l'auge chaque jour. Vous parlez d'une sinécure... Avec la vie de patachon que tout ce branle-bas imposait à la gent souterraine, forcément, notre ami coûtait plus cher qu'un enfant idiot, et la production s'en ressentait.

       C'est pourquoi Hafnor lui enseigna que le mille-pattes suffirait à combler ses besoins alimentaires, que Carabistouillas avait prouvé par A plus B qu'on pouvait le substituer au grain sans danger, etc... ; enfin, le genre de balivernes que l'on raconte lorsqu'on veut éluder un problème trop ardu.

Cela n'empêcha pas le Nain de mettre le jeune reptile à contribution. Qui secouait de leur torpeur les Kobolds paresseux ? Smigoll. Qui fournissait et entretenait le feu de fonderie ? Encore Smigoll. Qui surveilIait à l'instar de Cerbère, l'antre, les gemmes, et les malles remplies de pièces d'or ? Toujours lui, pardi.

retour -23/143 - suite 

http://apothicaire.fr

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure

Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!

.