La Quête d'Aldoran, roman en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Chap1  Ch2  Ch3  Ch4  Ch5  Ch6  Ch7  Ch8

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

        Brusquement, pointèrent comme deux braises incandescentes dans la pénombre au noir de suie. Un lent respir sourd, rauque et puissant, qui évoquait celui du boeuf accablé par le joug, en attisait l'ardeur tel un soufflet de forge. Frottement lourd évoquant la reptation embarrassée des dinosaures ; ombre monstrueuse se profilant sur les murs d'obsidienne ; silence, immobilité ; puis soudain, la flamme... Une flamme de dix mètres sur trois envahit la cavité oblongue et dentelée, et délogea les Kobolds surpris au plus profond de leur sieste qui ronchonnaient comme de vieux croutons rassis de quatre-vingt-cinq ans. La sieste ? Tout un programme. Les Kobolds l'avaient instituée en véritable religion d'état, depuis que le jus de gencives de cancrelats se buvait à l'office en guise de vin de messe. Ivres de mâtines jusques à vêpres, ils passaient la moitié de leur journée à dormir et l'autre à ne rien faire, chose à laquelle la décadence civilisée vous a peut-être habitués sur terre, mais que le code moral des Nains de Zoranius d'il y a six cents siècles n'encourageait pas.

        --Debout, là-dedans ! glapit Hafnor. À vos outils et au turbin, fainéants ! Croyez-vous que les stalagtites sont de simples pis de vache qu'il suffit de presser pour que le lait coule à flots ? Le minerai ne pousse pas sur les arbres. Alors, remuez-vous, les Kobolds, par Saint-Trifouillas !

        Smigoll s'était approché. C'était un splendide dragon aux luisantes écailles bleu Java et à la langue rouge vif, comme on en voyait dans les vieilles légendes d'autrefois. Non pas qu'il fût redoutable au point de vomir des grenouilles sous les yeux de Saint-Jean l'Evangéliste, mais enfin, l'animal en imposait par sa superbe, et nous gageons que si Nicolas Bataille l'avait connu, le tapissier aurait achevé sa célèbre tenture.

        Smigoll n'avait qu'une seule tête, lui. Une seule, oui, mais la bonne, et il ne risquait pas de la perdre car il savait s'en servir, le petit futé ! La bête, comme on dit, n'était pas bête. L'esprit ne lui venait pas par les pieds. Tenez, par exemple : on prétendait que son haleine exhalait un infâme poison capable d'intoxiquer une Licorne à vingt pas. Mensonge, que tout cela, rien de plus faux. Smigoll empestait de la bouche, certes, mais c'était par choix, par stratégie. Il avait constaté qu'en procédant de la sorte, on l'arracherait moins souvent aux béatifiques voluptés de la solitude et de l'oisiveté.

        Non, Smigoll ne vomissait pas les grenouilles, mais il mangeait du crapaud à tire-larigot et alimentait sa chaudière de tout un assortiment de cafards, blattes, bousiers et scolopendres qu'il mâchait consciencieusement avec la persévérance d'un ruminant et la conviction de celui qui prend plaisir à jouer un mauvais tour à la communauté qu'il ne supporte pas.

Par malheur pour lui, les Kobolds connaissaient un terrible antidote : le surpasser dans son art. Car si Smigoll puait, les Kobolds embouconnaient. Ils ne se lavaient que tous les huit cents ans, raison pourquoi d'épaisses couches huileuses d'un gris d'anthracite enveloppaient leur peau comme une carapace qui les protégeait du froid et de l'humidité.

        Smigoll ne ressemblait pas aux dragons coursiers qui peuplaient les écuries de Kibbalion. C'était un dragon magique qui savait beaucoup de choses et qui parlait comme un homme. Il possédait la science infuse. Un vrai dragon de sagesse. Imaginez la tête d' Asgard le Magnifique lorsque, quelques années plus tôt, le chevalier avisa au pied d'un vénérable châtaignier trônant au coeur de la forêt de Kermalia, lové comme un petit serpent qui cherche à s'endormir, un bébé dragon qui lui dit en ces termes :

        --Ô intrépide guerrier, prends ma vie si tu dois. Mais est-ce bien utile ? Si c'est pour cette idiote de Dryade qui sévit du côté de la Place des Baladins, pour cette vieille toquée qui réclame mon sang émeraude pour te rendre l'oracle, je puis aussi bien la remplacer, puisque c'est de nous autres, les dragons, qu'elle tient son pouvoir. Vois sur mon front cette escarboucle : c'est l'Oeil de la parfaite vision. Jamais je ne m'en sépare, si ce n'est pour boire. Un héritage de ma mère, la Vouïvre que tu massacras l'an passé, et qui justement l'avait otée pour se désaltérer à la Fontaine d'Astralée où tu la surpris. Cette eau a beau rendre invisible, tu ne laissas guère loisir au breuvage d'accomplir son divin office : un coup d'épée, et la mort s'abattit.

        --Il le fallait.

        --Je ne te le reproche pas. Tu accomplissais ton devoir. Et le devoir, c'est le devoir. Du moins, le croyais-tu. Mais cette Dryade, crois-moi, est la pire des gourmandes : déjà gamine, dit-on, elle bouffait des queues de tyrannosaures. Pauvres bêtes ! Un simple lézard vert lui aurait suffi. Bon, assez parlé : tu es venu pour quelque chose de précis. Pour lors, tue-moi, si tu y tiens. Tu m'épargneras de souffrir trop longtemps de la sottise des êtres vivants qui déjà me fatiguent, malgré la jeunesse de mes trois mille ans. Cela te sera facile. Regarde mon aile gauche : elle est blessée. Je me suis meurtri en dégringolant de l'arbre, tout à l'heure.

        --Qu'y cherchais-tu ?

        --À ton avis ? Des châtaignes, imbécile ! Qu'est-ce que tu crois ? On mange aussi, nous autres. La grosse branche du milieu a craqué, je suis tombé, voilà. Tue-moi tout de suite, Asgard, quand tu le peux encore. Avant que la furieuse envie de te brûler la barbe pour venger ma mère ne me prenne. Moi aussi, j'ai des devoirs, tu sais...

retour -22/143 - suite 

http://apothicaire.fr

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure

Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!

.