La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Alpétra, "la Pierre", un nom qui convenait à merveille à l'auguste bâtisse. Solidité, stabilité, triomphe de la volonté de l'esprit sur la matière amorphe et entropique, du vertical sur l'horizontal. Un défi jeté à la face des étoiles et à la blanche chevelure des comètes au ballet séculaire, voilà ce qu'était Alpétra. Tel l'index impérieux pointé vers un but suprahumain, la flèche effilée de grès rouge désignait la Voie Lactée, comme pour rappeler, vivant rébus, qu'un petit homme bleu en arpenterait un jour la vaste étendue dans son char vrombissant à la robe de feu ; si loin, là-bas, derrière "le mur de l'espace et des couleurs", là où le temps prend son temps et n'est plus qu'une pâte malléable, fluidité à la métrique élastique, écoulement contingent où la droite se fait courbe, la lumière pesante, et le champ gravitationnel une éponge criblée de trous dont une accélération contractante exprime tout le jus, confondant en un fugace instant histoire et devenir.

Derrière le mur, à nouveau l'espace tangible et les couleurs, d'autres couleurs, peut-être, puis une certaine planète, une certaine mission, un certain idéal de l'humanité.

Mais ce temps-là se trouvait encore loin devant, et le petit homme bleu se moquait bien de tout cela. Il n'avait cure du ciel et de son carrousel d'étoiles. Présentement, il lui tournait le dos. Vous ne l'auriez trouvé ni sur les toits, ni dans la nef ou la chapelle, ni le choeur, ni l'abside, pas davantage à contempler ébahi la grande rosace aux vitraux mosaïques que les rayons du soleil animaient de mille chatoiements irisés.

        Mais alors, où était-il ?

        Sitôt passé sous la grand-porte, celle ouvragée de motifs représentant les dieux tutélaires de la cité, parmi lesquels vous reconnaîtrez Zartaban au pied de biche, Tiphreneth à l'oeil frontal qui plus que tout autre étincelle, Cuchonia à la poupe d'airain et Baltinoé aux moelleux seins en chocolat, prenez l'allée principale ourlée de sureaux et d'églantiers à l'épine acérée comme serre d'épervier en quête de gibier. Agacez-en les cailloux argentés de votre pas impatient. Contournez l'édifice par la droite afin de vous épargner la rencontre aussi stérile qu'ennuyeuse des trois bigotes édentées qui y tiennent permanence. Longez les flancs munis de contreforts en roche volcanique et dont les porosités regorgent de vers luisants qui exsudent à la nuit tombée leur morvellique phosphorescence. Risquez-vous dans la petite ouverture couronnée d'un tympan de bronze figurant un chevalier encarapaçonné dans son armure. Parvenez à l'autel si le souffle ne vous abandonne pas déjà, et appuyez sur l'orbite gauche de la troisième tête de mort sculptée sur la frise antérieure en vous gardant du scorpion qui l'habite ou de l'aspic qui cohabite.

Alors, si vous voyez brusquement pivoter une lourde trappe s'ouvrant sur des escaliers raides, patinés, croulants et de guingois, ne vous effrayez pas : c'est l'entrée de la crypte.

        Certes, l'âcre odeur de moisi ne vous réserve pas de convivial accueil ; certes, vos cheveux se prennent aux racines qui lézardent voûtes et parois ; vous télescopez une chauve-souris en modulation de fréquence ou marchez sur la queue visqueuse d'un rat qui vous mord sans remords ; vous glissez sur le sol humide tapissé d'algues que l'eau glauque d'une rivière souterraine imbibe toutes les douze heures ; la vieille et puante sirène Kradoka qui se tient embusquée en tapinois quelque part dans le septième couloir de gauche et que le poids des ans a rendu sourde comme un pot vous étrangle avec alacrité en poussant son affreux cri strident. Mais si vous persévérez avec courage, constance et foi dans ce dédale de galeries en trompe-l'oeil qui maintenant s'offrent à vous aussi sournoises que les catacombes de notre bonne capitale ; si vous osez embarquer dans ce frèle esquif de bois vermoulu et flotté qui vous attend en contrebas et que nous avons barque surnommé, vous ne tarderez pas à tomber sur certaine caverne dont je tairai l'emplacement pour en interdire l'accès aux indésirables. L'itinéraire est dangereux, nul n'en doute, mais dites-vous bien que si vous avez pu me suivre jusqu'ici, c'est que le Purgatoire affichait complet aujourd' hui, et qu'il refusait beaucoup de monde. Aussi, comme ni vous, ni moi, ne souhaitons mourir idiots, pénétrons dans la grotte sous les rassurants auspices d'une torche allumée, et découvrons, cher ami, ce qu'on y voit, ce qu'il s'y dit :

--Bonjour, je suis le Nain Hafnor. Nous sommes, à ce qu'il paraît, demi-frères, lança à l'intention du "petit homme bleu" une créature difforme à la tête en tubercule gesticulant depuis le haut d'une stalagmite tronquée aux reflets cristallins qui rappelaient le sucre.

        --Goulou, goulou, goulou ! Hafnor, que fais-tu là ?

        --Je garde de notre terre les trésors. Le dragon Smigoll m'assiste dans ce qu'il faut bien appeler une corvée. Trois mille ans que je n'ai vu le jour !

        --Pourquoi ? Tu ne sors jamais de là ?

        --Non, ma place est ici, tel est mon rôle de Nain gardien, et tel est mon destin. Je ne suis pas ouvrier comme mes cousins germains, les Kobolds. Eux, la responsabilité ne les étouffe pas. Ils n'usent jamais que de leurs mains.

--Jeux de mains, jeux de vilains ! récita Aldoran, tout en exécutant d'habiles moulinets de ses poignets menus, sautillant comme un cacou, l'aumusse battant la mesure en brinqueballant de dextre et de sénestre.

--Peut-être, mais ils s'en tirent malins. Et moi, je vis reclus comme un chien attaché à un tas de cailloux sans éclat pour mes pauvres yeux rongés par le sel de Perlimpinpin. Une dérision... Enfin, on pourrait en parler jusqu'à demain, soupira-t-il, que ça ne changerait rien. Smigoll ! allez, réveille-moi tout ça !

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