La Quête d'Aldoran
, roman en ligne

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        Comme le mage allait donner son assentiment, surgit d'entre les feuillages le dragon Smigoll aux écailles perses. Ses petites ailes ne lui permettaient pas encore de décoiffer les cimes, ni de dominer la sylvestre étendue, mais il se débrouillait. Il semblait agité, troublé par quelque détail qu'il avait vu, car il piqua droit sur les deux hommes et les tira par la manche.

        --Suiiivez-moi ! dit-il. Suiiivez-moâ !

        --Veux-tu bien me laisser tranquille ? le rabroua Kabbalius. Crois-tu donc que ce soit le moment de jouer ? Un peu de décence, voyons, que la princesse est morte.

        --Sais qui c'est ! Sais qui c'est ! insista le dragon. Suivez-moââ !

--Où ça, où ça ? écuma le prince. Que je le pourfende, ce fils de gueuse ; que je le découpe en rondelles, ce pourceau ! Que je l'écorche vif, que je l'étriviasse !

        Et le trio de se précipiter dragon en proue, humains en poupe, vers la retraite du traître présumé.

C'était une modeste cabane de rondins, toute couverte de ramée, camouflée dans la paume d'un bel orme aux doigts tentaculaires. Il fallait vraiment avoir le nez dessus pour la voir. Ni porte, ni fenêtre, une simple embrasure affublée d'un mesquin rideau qui empestait le rance. Aldoran l'extirpa tringle comprise, et fonça dague en main. Mais la stupeur le cloua sur place et retint son bras de frapper.

        Qu'avait-il vu ? Ah, le croirez-vous ? Au fond de l'antre, l'une juchée sur une jarre et l'autre raide étendue sur un grabat de feuilles sèches, se tenaient la minable et l'abominable, la première dans sa livrée d'anthracite, et l'autre bouffigue, là, avec sa tête consignée. La bête veillait, et la vieille dormait d'un sommeil léthargique. Oui, horreur : c'étaient la corneille Korax que Smigoll avait suivie et reconnue, et sa répugnante maîtresse, la méchante sorcière Pikekû !

        Et se tournant vers le sinistre passereau, ramassant à terre un bout d'hématite qui traînait, le prince banda son lance-pierre et tira :

        --Tiens, prends-ça putasse, fous le camp, oiseau d'enfer ! Mouche ! La corneille crailla et, les pattes brisées et ensanglantées, s'enfuit de la cabane en gémissant de douleur. On ne la revit plus, de sorte que je ne sais ce qu'il en advint. Peut-être creva-t-elle.

--Ainsi c'est toi qui me pourrit la vie depuis le début ? reprit Aldoran à l'intention de la sorcière. Salope, va, garce ! Tu vas voir, toi et ta flûte dégueulasse !

        Il brandit sa dague d'obsidienne, prêt à porter le coup. Kabbalius lui saisit le poignet à temps :

        --Non, prince. Ce n'est pas elle, pas de flûte ici.

        --Et bien si ce n'est elle, c'est sa soeur Gargamelle. Alors frappons : toutes des hyènes.

--Non, prince. Inutile. Cela ne servirait à rien. Seul un exorcisme vient à bout d'une sorcière. Je connais ce sommeil particulier, où l'âme s'évaporant au loin, s'empare d'un faible corps. Exorciser d'abord, planter un pieu dans le coeur ensuite, mettre le feu enfin.

        --Et bien soit, fais ce que tu dois. Mais vite : il me presse de prendre cette pastille et d'en découdre avec ce monde de vautours. À défaut d'état de grâce, puissé-je au moins connaître l'état de glace. Je serai une pierre d'eau et voguerai sur la Voie Lactée, de conserve avec ma bien aimée.

        Or donc le mage chenu ouvrit le sac à drogues qu' il portait en bandoulière. Il en sortit une boîte ronde en bois précieux qui comportait une effigie de Loup-Garou peinturlurée sur le dessus. Elle contenait une mystérieuse poudre marron foncé aux senteurs exotiques qu'il versa dans un bol avec du sucre. Il dilua le tout dans du lait, puis, remuant à feu doux, ajouta une noix de farine de maïs afin que la mixture vînt en bouillie. Quand le bol fut bien chaud, de sa main gauche il pinça le nez boussignoleux de la lourpidon, de la droite il enfila un entonnoir dans son bec croûtelassé, et demanda au prince de vider lentement le récipient, tandis qu'il scandait ces paroles abhorrées du démon :

        --Esprit mauvais, sors de là, esprit mauvais ! Par les puissances du Ciel je te somme de sortir, créature du diable (versez, prince, versez). Tu vas sortir, dis ? Esprit mauvais, montre-nous un peu ta figure !

        --Rhââbââllâââ grmll, grmll, rheueueu !

        La face ravinée de Pikekû vira tout d'abord au vert céladon, puis au jaune cireux, enfin au bleu turquin. Des volutes de fumée âcre et fuligineuse s'échappaient de ses oreilles en mal de ramonage ; elles fumaient et sifflaient comme une cafetière à cent degrés. Tout le monde toussait. La vieille matrulle graillonnait, vomissait une légion de crapauds, de cafards et de scorpions, le tout entrelardé d'injures croustillantes. Devant la mobilité croissante de ses membres, on dut se résoudre à l'attacher au lit. Ça bardait, en ce temps-là, pour le matricule des sorcières.

        --Rhâââ ! Rheueueu !

        --Le pieu, mon prince, passez-moi le pieu. Là, dans ma sacoche.

        --Voici.

        Un grand coup, pang ! , et tout fut dit. Ainsi, bras en croix, langue pendante, yeux révulsés et jambes écartées, l'affreuse sorcière Pikekû trépassa dans une position qu'elle avait tout particulièrement affectionné, à l'époque où l'on pouvait encore distinguer de son fessard le visage. Les exorcistes redescendirent de l'arbre et le dragon se fit une jouissance d'y bouter le feu.

Quelques minutes plus tard, Aldoran et Zerminette reposaient dans leur navette, côte à côte, une pastille de Frigolux dans l'estomac. Les accompagnerait Smigoll en qualité de thermostat, quoique les parois du véhicule fussent adiabatiques. Le compte à rebours allait enfin pouvoir commencer...

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