La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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À cent mille lieues de la méchanceté des hommes, Aldoran et Zerminette, la vraie, coulaient des instants merveilleux.

        Ils auraient voulu qu'ils durassent plus longtemps que le temps, et que le temps lui-même se fût oublié. Ils s'étaient installés un peu à l'écart des lurons de la fête, dans un trou de verdure, là, sur le petit banc de noyer ouvré par les Centaures et que chaperonnait un hêtre silencieux. Une bruine de perles d'eau que la brise avait recueilli aux aubes du moulin gémissant rafraîchissait leur peau. Ils se disaient des choses tendres, et les roseaux les répétaient tout bas, de bouche à oreille, comme s'il se fût agi d'un secret de sourcier.

        --Oh mon prince, murmura la femme-chat, j'espère que tu es sincère, et que ces épousailles ne sont point simagrées. Tu ne te moquerais pas d'une pauvre fille de drapier ?

        --Je t'aime.

        --Ne dis point ces choses-là à la légère.

        --Je t'aime, te dis-je. Je t'aime depuis toujours. Je t'aime depuis le premier rêve que je fis de toi, encore enfant. J'avais alors sept ans. Je te revois avec ton chapeau de bergère, allant au puits puiser l'eau, et une pluie de pétales de roses blanches s'amoncelait à tes pieds, jonchant le sol comme un doux tapis de neige.

--C'étaient les fleurs que j'offrais à ma mère qui niche à présent au Paradis, et qu'elle effeuillait pour me répondre du lieu où n'ont plus cours les mots.

--Oh, ma bien aimée, je savais bien que c'était toi. Et je te vis plus tard trotter près du rocher. Le Rocher, tu sais ; celui dont je te délivrai, endormie du sommeil de la Terre. Nous nous y rencontrâmes dans nos songes, maintes et maintes fois.

        --Oui, il m'en souvient. Je t'y attendais des soirs entiers ; je t'y eusse attendu, s'il avait fallu, toute ma vie.

        --Et moi pareillement. Étranges arrêts du destin, en vérité, qui voulut que le sentiment fût éclos dans le cocon de l'imaginaire plutôt que dans les actes de la vie. Oui, ma tourterelle, ma biche, ma gazelle. Tu es tout ce que j'ai jamais aimé de plus cher au monde, et rien ni personne ne saurait me détourner de toi, maintenant que je t'ai trouvée.

--Ne me mens pas. Si tu mentais et en aimais une autre, il me semble que... Si je mourrais...

--Si tu mourrais, mon amour, je ne te survivrais pas et ne voudrais te survivre, pas même l'ombre d'un matin d'hiver, pourtant si éphémère. Je t'aime, je t'aime, je t'aime... Le sais-tu au moins ?

        --Je le sais. Mais je voulais te l'entendre dire.

        --Mon aimée, plutôt mille fois qu'une, et de mille façons. Que tu es belle, ma mie. Le lys immaculé est moins blanc que tes dents ; la douceur de ta joue est celle d'une pêche, et tes yeux ont plus d'éclat que toutes ces gemmes dont sont emplies mes poches. Tu es la plus belle d'entre toutes les femmes. Plus belle encore : une apparition, un ange humain, une Sylphide. Que tu viennes à disparaître, mon amour, et tu me manqueras autant que l'eau au pèlerin du désert, autant que l'air à l'athsmatique, autant que le feu à l'ermite des montagnes transi dans sa cahute de glace. Âme de mon âme, mon essence, ma vie, mon tout sans qui je ne suis rien, tu es pour moi la lumière des étoiles. Et quand tu partiras, mon aimée, l'Univers entier cessera de tourner. Bénie sois-tu, mon épousée, et merci ; oui, mille fois merci d'exister dans un monde aussi dur. Mais je vois que tu ne dis plus rien. Et qu'en est donc la cause ?

        --C'est parce que je t'écoutais, mon prince. C'est ma façon de te dire, que moi aussi, je t'aime.

        Bien sûr qu'elle l'aimait. Pensez-donc : ses délicieuses oreilles en forme de tuba, sa délicate peau bleue... C'était comme si son petit coeur abritait un oiseau qui eût voulu battre des ailes, rompre sa poitrine trop étroite et s'élancer vers les plus hautes cimes des Montagnes Interdites ; c'était comme si son sang cinglait ses tempes et pétillait à ses oreilles cramoisies. Elle était saôule de plaisir. Un vide interstellaire la happait, comme un trou noir, à moins que ce ne fût au contraire une masse onduleuse et moutonnante, la marée d'un océan dont les rouleaux la précipitassent contre la grève. Qu'importait : tangage ou roulis, flux ou jusant, le vertige la dominait ; la tension émotionnelle picotait chaque once de son épiderme. Elle ne s'était jamais sentie aussi pleine, aussi heureuse, aussi comblée. Absolu, oui, c'était absolu. L'explosion la guettait. Elle eût voulu crier. Elle eût souhaité mourir pour immortaliser dans le paroxysme de l'instant cette béatitude de l'être tout entier. Mais, qu'elle était bête ! Il fallait vivre, au contraire. À pleines dents, à bride abattue.

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