La Quête d'Aldoran
, roman en ligne

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        L'un des singes dénicha quelque jour un cellier abandonné au 21 du Faubourg des Tonneliers. C'était le même qui avait converti les plateaux de balance de Monsieur l'Apothicaire en paire de jumelles. Il avisa un soupirail poussiéreux et bardé de toiles d'araignées par lequel la Curiosité, première mamelle du génie, le pressa d'aller voir. Après qu'il eut bien fureté dans la pièce et retourné dans tous les sens le fatras de reliques qui y moisissaient, il s'en revint muni d'un objet métallique qui comportait une lanière élastique ainsi que d'une vieille plaque rouillée où l'animal pouvait encore lire :

Avec.....compliments......................................................................... sans modération,

.

Casse des vitres à volonté,....... Rien n'est meilleur pour la santé ;

...........................................................................................tous les enfers !

        Pensez si ce singe autodidacte qui avait su percer tout seul les arcanes de l'abécédaire reconstitua le sens du message. Il multiplia mentalement le coefficient d'élasticité de la lanière par sa flèche maximale d'une part, multiplia la masse de la noix d'arec qu'il grignotait par le carré de la vitesse de l'autre, et il comprit ce qu'était la puissance. En un mois il devint, d'une pierre deux coups, grand ingénieur et général d'armée, et il fonda à cette occasion pour asseoir son autorité une école de cadres, les Polytechnichiens. Le mois suivant, on le nomma Président de la première République de Zatlan. L'année d'après, on le sacra Napolec le Magot, Empereur des Singes, et toute la cité lui plumeauta les pieds. Il n'oublia pas, bien sûr, de déposer son brevet de lance-pierre à l'Institut Napolec de la Pouillerie Impénitente. Détail important : il descendait tous les jours reprendre des forces à l'Hôtel Tagada.

Tous les singes étaient heureux, libres et égaux. Oh, certes, on dénombrait bien quelques esclaves, mais c' était seulement trois heures par jour et à titre décoratif. Merveilleux.

        Napolec aimait à se faire sonner les cloches d'Alpétra. Il allait souvent les sonner soi-même. Il n'empruntait jamais l'escalier en colimaçon : c'était bon pour les vieux. Par les murs, comme un grand singe. Il fallait le voir escalader la façade grivelée de l'édifice, jouant savamment des arêtes et des callosités de la pierre de taille, s'agriffant à la guillochure et aux dentelles de granit rose qui faisaient saillie, rampant à la verticale avec la même assurance que Nosfératu.

        Il s'interrompait pour se mirer dans le vitrail ; il repartait, s'arrêtait à nouveau à mi-course en se retournant, et lorgnait au travers des remplages ; il regrimpait, bondissait de la culée au pinacle, du pinacle à l'arc-boutant, de l'arc-boutant au gâble ; il courait sur le vaisseau et le transept d'ardoise au risque de crever les combles, accédait à l'une des tours et se hissait jusqu'aux fenêtres hautes ; il jouait sur le balcon, sautant d'un lion de pierre à un phoenix, du phoenix à un griffon, du griffon à un dragon, une guivre, une tarasque, un hippogriffe. Alpétra était Notre-Dame, et lui était Quasimodo.

        Il pénétrait enfin dans le clocher, délogeait ramiers, choucas et colombes, marchandait avec le récalcitrant gypaète au bec crochu, et du bourdon monstrueux de quinze tonnes à la langue de cuivre s'attachait par la queue à la anse. Il appuyait, il tirait, il soufflait un "Han" formidable, criait à ses gens de s'aller pendre aux cables.

       Alors grinçait le cabestan, le titan de bronze amorçait un lent mouvement de bascule ; il allait, il venait, et timidement commençait de battre ; puis il chantait, puis il beuglait, puis il mugissait quatre lieues à la ronde, tandis que les ailes de la Gloire poussaient dans le dos du Magot et l'emportaient dans une frénétique cavalcade qui lui arrachait des éclats de rire extravagants.

        Son oeil étincelait flamboyant, et superbe, écumait sa bouche ; la fièvre le gagnait, il était l'Empereur, il était roi du monde, il était dieu-Simla, et tout en bas sur le parvis, la cohue, comme une seule bouche, l'acclamait d'une immense clameur qui embrasait la ville : "Noël, Noël ! Vive Napolec ! Ahua, ungawua ! Ding, dong !"

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