La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Saint-Ugolin était un lézard canonique à la langue bien pendue. Il en avait marié et enterré plus d'un. Il n'était pas de ceux qui vous toussaient des runes sur la figure. Sa prose sobre et périodique avait le don d'émouvoir l'assistance, à telle enseigne que lors de l'oraison funèbre de la reine des abeilles, après qu'il eut prononcé son poignant "Madame n'est plus là, Madame est morte", il n'y eut pas une duchesse, un hobereau, un clerc, un vassal, un serf, un vilain ou pas même un maraud qui ne sortît son mouchoir et ne le saturât de larmes. Lui-même dut s'interrompre un bref instant pour réprimer un sanglot qui crevait sa poitrine.

        L'orateur pénétra lentement dans la salle, précédé de la Renommée à la parure de laurier qui balayait le sol poudreux au-devant de ses pas. Il portait une cape rouge, à l'instar des conférenciers du troisième cercle, qui sait, peut-être une métempsychose. Il se jucha sur une boîte d'allumettes, leva haut le buste, et lorsqu'il fut assuré de l'attention de tous les invités, il parla :

        --Considérez kermaliens, du bas de votre modeste condition de vivants terrestres, toute la gloire et toute la majesté de notre mère Nature ; sentez combien peu de latitude il vous échoit d'en contrer les desseins ; concevez l'inanité, que dis-je, la folie qui réside dans l'acte de s'insurger contre la pluie, la foudre, la bourrasque et la tempête et tous ces éléments souverains et inconstants, comme quidam de ces monarques anciens, conculcateur des peuples, qui se crut de taille à flageller impunément la mer écumeuse pour la réduire à quia. Ha ! Insensé, pauvre fol ! Voyez cet homme, il est roi ; voyez cette femme, elle est reine ; que croyez-vous que le sort leur réserve si, d'aventure, cette branche de rouvre se détachait et tombait sur leur tête ? Tout juste assez de bois pour bâtir un cercueil s'ils ne fournissent pas de côtelettes au loup. Quoi plus ? Vous aurez beau jeu, contempteurs du Saint Office ; souriez, riez, ricanez, mortels, jouissez, mais vous aurez l'air malin, vous verrez, quand le ver du sépulcre, vieilles charognes, vous sortira de l'oeil, et que vos os pourris tomberont en poussière. Alors, peut-être vous souviendrez-vous du temps jadis où Ugolin le Lézard vous disait, le coeur compatissant : soyez, chétives créatures, ni trop folles, ni trop sages, ni arrogantes, ni ambitieuses, ni contristées, ni indolentes ; mais cultivez une douce paix tout le long de votre âge ; mais vivez en bonne intelligence avec les êtres des sources et des bois, et carpe diem comme dit l'autre, cueillez le jour. Oui, ne remettez à demain ce qu'aujourd'hui vous incombe. Enfin, ne soyons pas mauvais augure et tolérons un peu d'insouciance au front de la jeunesse. La ride ne fait pas le penseur, ni l'adversité le philosophe ; on prend son lot comme il nous vient. Aussi, en conséquence de quoi, toi Aldoran mon fils, toi Zerminette ma fille, je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage et vous souhaite vie heureuse et prospère ; et que fleurisse comme cerisier au printemps votre noble et généreux lignage. Ainsi soit-il. N'oubliez pas les deniers du culte !

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