La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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De Cristal, de Feu et de Glace



     Tu étais devenue glaise sous sa main et tu reprenais vie. Le rocher du rendez-vous fondait sous ta chaleur qui montait, et libérait ton odeur de vanille et de santal. Tes yeux étaient ceux d'une chatte siamoise, mais ton corps, ton divin corps, c'était celui de la plus belle femme que Zoranius eût jamais enfanté. Transmigrée, Zerminette. Tu étais maintenant son Ariane, et tu l'aiderais à débrouiller l'écheveau de ses sentiments. Tu le guiderais dans le labyrinthe intérieur qu'avaient creusé la solitude et l'oubli. Ariane. Un prénom de princesse. Et toi tu n'étais ni fille de Minos ni de Pasiphaé, mais fille de la pierre et du vent, et de la rosée diaphane et du feu des étoiles.

        Nue et ingénue. Tes courbes harmonieuses chantaient sous la caresse d'Apollon et ses sept doigts de couleurs, nés de l'irisement des feuilles chargées de pluie, jouaient de la lyre avec tes longues mèches d'or, en frange sur ton front, en rouflaquettes sur tes joues pomme d'Api. Tes cils, fins et brillants, s'épanouissaient en corolles et ourlaient tes deux lacs profonds où il buvait ton âme noyée d'infini. Ton nez, à l'arête bien droite et symétrique, se terminait par deux frémissants ailerons au chanfrein si délicatement biseauté que seul Phidias eût pu les imiter sans outrager tes charmes. Ta bouche pulpeuse avait un goût de framboise et découvrait un feston de perles quand tu lui souriais. Ton haleine anisée était une brise fraîche qui lui hérissait l'oreille et excitait tous ses sens en émoi. Tes seins, rondes brioches au beurre, palpitaient et son coeur bondissait comme un cerf gonflé de sève. Le voluptueux Éros s'abreuvait au calice de ton moite ombilic. Tes reins cambrés et ta croupe galbée étaient ceux d'une pouliche courant, hennissant et broutant dans les pâtis de montueux alpages où coulent à foison le lait et le miel. Tes pieds menus, enfin, qui chiffonnaient la robe de jaspe de la Terre, étaient ceux d'un tout petit chevreau têtant encor' sa mère.

        Il t'avait reconnue tout de suite. Vous étiez faits l'un pour l'autre, comme glèbe et areau, et rien n'eût pu expliquer mieux cette mutuelle tendresse qui grandissait en vous que l'excellent mot du philosophe "parce que c'était lui, parce que c'était moi". Chacun portait enfoui en soi la moitié du deuxième. Dit-on pourquoi telle chose, tel arbre, tel animal, humain, Sylphe, Ondine ou Loup-Garou est beau et d'aimable figure ? Non. Il est beau et on l'aime. Point. Pourquoi l'aime-t-on ? Nul ne le sait et c'est très bien ainsi. Qu'on vienne à le savoir et la magie s'efface. Le sentiment se déplace, change d'objet, va du tout vers la partie et, s'atomisant et se pharmacopolisant, de la partie vers le rien du tout, de l'attrait de l'indéfini vers l'ennui du défini, de l'élan spontané vers le calcul frileux. Ainsi sonne le glas. C'est le ver dans le fruit. Que tu es heureux, ignorant Ogre des bois de n'entendre goutte ni aux chiffres ni aux lettres !

Retournons-donc dans notre pomme avant qu'y installe ses quartiers le ver torticulant.

Vous partagiez une moisson d'émotions rares et tout empreintes de merveilleux que vous n'aviez éprouvées encore, si ce n'est dans vos rêves d'enfants. La chair en décuplait la force et leur donnait une emprise mystérieuse et pressante. Vous ne saviez pas nommer la chose, et quand bien même l'eussiez-vous su, la belle affaire.

Vos deux corps enlacés étaient la corde et l'archet d'un violon d'où s'élevait la sereine musique de votre âme. Lui, il était le rythme, le souffle, le piqué, le grand détaché, le sautillé, le crescendo ou le point d'orgue ; et toi, la mélodie, le démanché, le glissando, le grupeto, le trille et le vibrato.

        Vous vous fondiez dans la symphonie de la nature. Une brise déliée bruissait dans la chevelure de l'yeuse, et les clapotis d'un ruisseau clair qui courait sur son lit de galets sombres et fongueux amorçaient le motif en trois mesures. Puis, cependant que le Zéphyr perchait sa note aigüe et longue sur l'embouchure d'un svelte roseau pensant, l'orchestre de Kermalia reprenait à l'unisson le thème. L'enrichissaient alors mille modulations et mille variations.

Ma bien aimée, tu as la douceur du miel ; sous l'ombrage des sycomores tu me prodigues tes grappes de fruits mûrs et replets. Tel qu'anguille au carrelet, tu as su me pêcher, maline ! Ta langue est un oiseau ; tes oreilles deux biscuits, et ton nez une figue. Et du jardin des délices où croît le trèfle rouge et qu'arrose Astralée, tu m'appris les détours aux bouquets enchanteurs. Tu m'en as sacré roi à la verge de jade et m'as coiffé d'une tiare d'ache amère entrecoupée de houx. Là s'étend mon royaume, ma terre, ma patrie, ma reine et ma fiancée, opales l'une et l'autre.

L'air, le bois et l'eau ; le bois, l'eau et l'air ; l'eau, l'air et le bois. Feu ! L'air, le feu et l'eau ; le feu, l'eau et l'air ; l'eau, l'air et le feu. Bois ! Cascatelles coulez, roucoulez tourtereaux ; jonchées d'aiguilles sèches, croustillez et craquez. Sainte liesse, divine ivresse, chantons pour toi l'hymne à la joie :

. " Dieu des forêts, Dieu tout puissant ! Je suis béni ;

je suis heureux dans ces bois où chaque arbre

me fait entendre le son

de ta voix. "

        La main dans la main et entre deux étreintes, Aldoran et Zerminette musardaient par les bosquets ombreux qui cortégeaient la fontaine. Ici, la femme-chat égrenait les myrtilles d'un arbrisseau ; là, le prince glanait les quelques noisettes que le vent avait épandues au sol, et ils échangeaient leur précieux butin : une bouchée pour toi, une bouchée pour moi... Ils riaient par-dessus les halliers, jouaient à cache-cache, à Colin-Maillard, à mouton-saute, au tourniquet et à la balançoire. Comme deux gamins qu'ils étaient.

        Tantôt, elle feignait de s'enfuir juste sous son nez, s'arrêtait pile, et repartait à vive allure quand il la rattrapait ; tantôt c'était lui qui la fessardait gentiment, pour la taquiner, ou lui mordillait le cou ; elle faisait mine de prendre la mouche et feulant, lui exigeait en guise de repentir qu'il mâchouillât un toupet de gazon tendre. Ou bien ils écalaient une poignée de noix, décalotaient les glands d'un chêne et disséminaient les cupules au gré du courant capricieux qui vaguelait et serpentait deci delà, tout en pataugeant dans le limon du bord. Puis ils remontaient le cours dans la vase grasse avec des flip, flop, et des floc, floc sonores, s'amusant à celui qui laisserait l'empreinte la plus large, et parfois une chaussure perdait pied.


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