La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Quelques années passèrent encore. Et voici qu'une nouvelle sapience s'installa dans ce peuple, où l'on vit même, ô miracle, la reine retrouver ses esprits et se comporter dignement aux côtés de son époux bienheureux. Sans doute la naissance d'Aldoran contribua-t-elle à ce changement, car le couple avait mis bien de l'eau dans son vin depuis sa conception.

        Antinéa passait de longues heures à dorloter le bébé dans son berceau, celui orné d'un bouton de rose à son sommet. Avec une douceur infinie, elle lui susurrait à l'oreille une chanson suave qui parlait d'un petit caillou qui savait tout, d'un bouleau et d'un cube magique. Alors, comme sous l'effet d'un charme, Aldoran s'endormait apaisé.

L'enfance a cela d'enchanteur qu'elle rend pur tout ce qu'elle touche en le rafraîchissant, et quand seriez-vous le pire sauvage, ses babils innocents et légers vous arracheraient un sourire ou des larmes d'humanité. Un peu à la façon de cette brute enragée d'amour que la belle princesse, ravie à son père et retenue dans son inaccessible château de bête, convertit en prince charmant à force de tendresse.

Hélas, rien ne dure ici-bas, surtout pas le bonheur. Un jour, d'étrange façon la reine disparut. Le roi se remaria avec la Dame de Trèfle, on plaça l'enfant en nourrice, et le bébé ne revit plus sa mère...



   ***


        Gigaudon, le village natal d'Aldoran, n'était qu'une proche banlieue de Zatlan, la capitale de Zoranius. On fabriquait peut-être les petits avatars à Gigaudon, mais c'est depuis Zatlan qu'on gouvernait le monde.

        Et quelle belle cité ! L'aurore boréale se parant de sa toge de pourpre saupoudrée d'or pur et léchée par sa myriade de langues de feu n'avait pas plus d'éclat que l'aura qui enveloppait la ville tout entière, et tandis qu'Aquarius répandait dans les airs céruléens son fluide éthéré aux tourbillonnantes et moutonnantes volutes qui sublimait, volatil, vers des hauteurs que seul l'aigle fréquente, on voyait se déployer au travers de ce voile un peu brumeux les cent mille bras tentaculaires de pieuvre que traçait sur le sol le réseau des habitations, les unes évoquant des pyramides tronquées et graduées en balcon à chaque étage, les autres en forme de champignons des bois aux toits de chanterelles dont l'eau de pluie garnissait à ras bord les creux afin d'alimenter les douches, vu que les zoraniens se douchaient sept fois par jour en se savonnant avec de la graisse décapante de tricératops, ce qui leur éclaircissait le teint, raison pourquoi l'eau des égoûts de Zatlan était si bleue qu'elle eût fait verdir de jalousie les rivières serpentant à proximité de vos usines.

       Toutes les tentacules rayonnaient depuis un centre. Le saint des saints. La fameuse Bibliothèque-Pyramide qui à elle seule eût enveloppé Paris.

       Tout le savoir zoranien se concentrait ici, dans le gigantesque cristal vert qui en occupait le foyer, la plus fantastique banque de données qu'on élabora jamais, et que les zatlantes allaient quotidiennement écouter après la douche. Car l'émeraude émettait une vibration qui frappait leurs oreilles ultrasensibles lorsqu'ils s'asseyaient en posture de méditation et fermaient les yeux en toute quiétude, emportés par le diapason cosmique dans une indicible communion.

        Les oreilles des zoraniens, comme vous le savez peut-être, imitaient à la perfection la forme du tuba, ce qui leur occasionnait parfois bien des désagréments, lorsqu'on songe qu'ils se mouchaient avec cet organe, et non avec le nez. Aussi entendiez-vous en hiver de véritables fanfares, car les rhumes filaient bon train à la saison des frimas.

      L'hiver ne faisait pas que des malheureux, remarquez, les musiciens les premiers. Ainsi le grand compositeur Sourdingos sut tirer parti de l'épidémie chronique : c'est lui qui écrivit la célèbre Symphonie des Quarante Morveux, authentique hommage à la singularité otorhinolaryngologique des zoraniens. Même la Tétralogie de Wagner, pourtant riche en sonorités cuivrées, serait impuissante à en rendre l'idée, ni davantage un troupeau de deux ou trois cents éléphants barrissant au bord du Gange ou du Brahmapoutre. Le palais de Kergal se dressait face à la bibliothèque. Juste de l'autre côté de la Place des Baladins, lieu des joies et des plaisirs de Zatlan où depuis l'antiquité la plus reculée venaient se produire quantité de comédiens, artistes et camelots, forains, montreurs d'ours, chiens savants, marionnettes. Et tant d'autres qui avaient donné à la cité au cours des âges son honorable cachet de Ville des Libertés.



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