La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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***

        Il en était là dans ses réflexions, lorsque le bip sonore de son logogryphon personnel qu'il avait connecté au réseau Interkradoc le fit sursauter. L'écran de la machine, un monstre qui brassait un million de gigaoctets par nanoseconde, se recouvrit de signes d'écriture au profil cunéiforme. C'était la langue de Zatlan, plus légère et maniable que le Runikon ancestral qu'on réservait à la Gnose. Une sorte de langue démotique qui se basait sur des éléments de logique ternaire, "flèche", "rayon", "colonne" ; le OUI, le NON et le NOUIN. On avait émis le message depuis le logogryphon Belphégor. L'insuffisance du vocabulaire et la syntaxe brouillonne dénotaient que son auteur, s'il n'était pas collégien de premier cycle, l'avait à tout le moins expédié prestissimo, et sous l'emprise d'une vive émotion. Nous traduisons ainsi :

                                " Zatlan, ce Vendredi

Ô VENERABLE KABBALIUS, Goulou, goulou, goulou ! (forme de politesse).

        Trois mille ans privée de votre blanche cape, cher Maître, l'Université se sent quelque peu, permettez-moi ce puéril jeu de mots, handicapée... Vous nous manquez.

Croyez bien que si j'ose vous importuner et troubler la quiétude de votre retraite, c'est qu'à l' heure où vous me lisez, des choses graves se passent à Zatlan.

        On a volé la flûte de Cacophonix ! Le prince Aldoran a disparu nul ne sait où, et on a accusé les Xuglons contre lesquels nous guerroyons à présent, de l'avoir enlevé. On a assassiné Léonard, lui qui peignait si bien les fesses des diablesses. Quant à moi, je me transforme en mouche tous les vendredis. Impossible de me rappeler où je vais dans cet état déplorable.

        Au secours ! Aidez nous ! Cccrrrc...pfftt... FIN.

ALAMBIIIZZZ... "

--Barbe d'Artabas ! pesta le mage. Avec les Génies et les Sylphes des Télécons qui font perdurer la grève, les ondes me parviennent de mille ans trop âgées. Les malheureux, que sont-ils devenus ? Hélas, fatalité, dans un cas comme dans l'autre, qu'y pourrais-je changer ?

        Le plancher gémit ; les ais de l'escalier de bois sous la trappe grincèrent. Le trou béa et livra passage à une ombre empaquetée dans une houppelande étroite et rapetassée. Le noir de fumée de sa torche lui avait charbonné le seul bout de visage que ne dissimulait pas son chaperon rabattu. Soit que sa morphologie le lui imposât, soit que les souterrains fussent bas de plafond, l'ombre se tenait recroquevillée sur elle-même, dense, ramassée comme essorée dans son linge. Les semelles de ses bottines tiraient la langue.

Avec un peu d'imagination ça pouvait être un homme. Par bonne encontre, Kabbalius n'en manquait pas. L'homme se redressa et sortit la tête du capuchon. En dépit de ses traits accusés par l'épreuve de la vie sauvage, il semblait jeune.

        Ils se regardèrent l'un l'autre longuement sans parler. Ils se lisaient le fond de l'âme comme d'autres le fond de l'oeil. Tant d'années, tant de vécu incrusté dans le moindre sillon de peau, la moindre ridule.

        Le mage vit la broche du jeune homme ; le jeune homme la sapience qui coulait des pupilles du mage : il vit aussi la formule de l'Unipierre brodée en fils d'or sur sa tunique au niveau du coeur, celle qui transformait l'énergie cosmique en tout petit caillou :

­


        --Aldoran, mon prince ! s'inclina Kabbalius dans une digne humilité. Vous ici, dans cette forêt ? Ainsi harnaché ?

        Mon prince. Une éternité qu'on ne l'avait plus nommé de la sorte. En général, les habitants de Kermalia ne lui concédaient guère que le titre de survivant du troisième degré. Moins reluisant mais plus juste. Un exilé, un roi mendiant. Et ce vieillard chenu quoiqu'encore droit et vigoureux l'appelait par son nom. Qui était-il ?

        Une vision. Une étincelle. Cet homme d'une patience infinie qui lui avait appris à lire, écrire et compter; ce conteur intarissable qui lui avait enseigné maintes fables au sortir du berceau, c'était lui ! La même démarche majestueuse et posée, le même regard où se mèlaient mystère et malice juvénile, la même voix suave au velouté de clarinette. Lui, et personne d'autre...

        --Kabbalius !

        --Pour vous servir, mon prince.

        Et les deux zatlantes se racontèrent tout ce qu'ils avaient vu chacun de leur côté durant leur longue séparation.

        On ne sait lequel des deux s'étonna le plus des tribulations et prouesses de l'autre. La richesse que nous renfermons en nous-mêmes, bien souvent, nous est révélée par la vision d'autrui. Quand autrui il y a. Aldoran ignorait que l'on pouvait créér de l'or à partir d'un caillou, et Kabbalius que le beurre de vache adoucissait les brûlures ; le sage avait peu voyagé, et le voyageur peu médité. Bien qu'il s'était écoulé trois mille ans dans ces deux têtes, aucune n'avait trouvé le temps de penser différemment. Gageons que s'il se fut écoulé une ère géologique complète, la conclusion eût été la même. À chacun sa solitude, et la quête de l'immortalité est d'un ennui mortel.

--Vénérable, une chose m'intrigue, demanda Aldoran. Vous avez, si j'en crois le labyrinthe qui part de votre sous-sol, ainsi que moi, visité la sépulture du Géant. Pourriez-vous m'éclairer sur un point ?

        --Demandez toujours, prince.

        --Voilà. Il y avait une table ronde. Des signes runiques dessus. Or j'ai l'impression d'avoir déjà vu ça quelque part.

        --Rien de sorcier. Ce sont les tables du calendrier des pontes des poules de Gallinaccio. C'est des Gargan que nous les tenons, ou plutôt, des Cucufim dont j'eus l'heur ou le malheur de recevoir aussi la visite autrefois.

        --Tiens-donc. Racontez-moi cela, vénérable.

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