La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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        Il parcourait les tortueux replis des intestins de Léviathan depuis deux heures environ, et les ombres dansantes qui hantaient le conduit jointes aux stupéfiantes révélations du Gargan lui enfiévraient l'esprit, quand un son familier qui sourdait du plus profond de la ténèbre arracha de sa poitrine pantelante un glaçant cri d'effroi. Il venait de reconnaître cette chose maudite qui le poursuivait avec un acharnement de Vampire depuis tant et tant d'années.

        Jamais encore deux mots écrits côte à côte n'avaient revêtu dans une âme d'homme, signification aussi tragique, aussi chargée de sous-entendus, aussi imbue, jusqu'au paroxysme, de mystère, d'angoisse et d'émotion que ces deux-là.

        Oui, Aldoran venait d'entendre déchirer l'espace à nouveau, au plus obscur de ce labyrinthe infernal, là où il s'y serait le moins attendu, les sinistres et redoutables modulations de cet engin de mort, dont maintes occurrences avaient déjà prouvé que parmi tous les noms d'oiseau dont on eût pu baptiser le détenteur, ne figurait certainement pas celui d'Orphée. Car cette chose mal définie, et toujours reléguée dans l'invisible, cette chose terrible qui inspirait désormais au prince une terreur métaphysique, c'était, n'en doutez pas, la flûte ensorcelée.

        Aldoran éteignit la flamme blême et résineuse qui grésillait et s'applatit contre la muraille. Un voile de crêpe s'étendit sur le vide funèbre. Sueurs froides, souffle haché, poils hérissés, il était résolu à ne pas bouger de là que la chose n'eût disparu, dût-il vitrifier sur place et attendre le Jugement Dernier qu'on le délivrât de sa gangue minérale. Il se retint d'éternuer : ce n'était pas le moment de jouer de la trompette ! Il replia donc ses grandes oreilles du mieux qu'il le put.

        La chose s'approcha de lui. Entre deux trilles menaçants, il entendait se préciser son pas. C'était le pouls du Destin qui martelait la dalle de sa jambe de bois de cuisinier pirate. Lent, appuyé, inexorable, resserrant sur lui les fines mailles de sa nasse, par degrés, comme s'il eût voulu lui faire vivre cent fois sa mort avant de l'étouffer, façon boa constrictor. Une longue traque de pêcheur qui ménage son plaisir et ses effets en ne tuant pas sa proie tout de suite, l'amorçant, la laissant tout à loisir flairer l'appât, jouer avec, l'emporter du coin de la gueule en donnant du mou à la ligne ; puis, lorsqu'il sait l'hameçon avalé au-delà de la hampe, la ferre d'un coup sec et la tire hors de l'eau.

À deux mètres de lui, la Flûte cessa de pipeauter. Et la chose de marcher. Le prince se raidit comme une planche, et son coeur battit si fort qu'il craignit que l'autre ne détectât sa présence. Ça sentait la bête. L'instinct pur. L'acide animal. Une toile d'araignée effleura son visage distordu par la peur ; sans doute la chose qui expirait. Fétide, son haleine. Elle le disséquait du regard malgré la cessité des lieux ; elle le détaillait, il en était sûr, la chose, peut-être un insecte géant, avant qu'elle se décidât à lui planter son dard d'acier froid dans l'abdomen et lui pourrir le sang.

        Mais le moment n'était pas encore venu pour Aldoran, sembla-t-il, de boire le bouillon de onze heures, car la chose reprit sa route sans l'agresser ni faire cas de lui. Ce qui ne l'empêcha pas de l'affliger au passage d'un bien vilain trémolo.

        La chose avait dû le distancer de deux ou trois coudes dans le sombre lacis des boyaux, lorsque... "--Wouiiimmm!" un cri torturé, une clameur stridente s'échappa de la gorge du monstre. Du genre de celle que poussait la Trollope Malika sur le fauteuil de Méphisquenotélès. Suivit une fuite claudicante et précipitée où l'écho ricochait. Que cette chose connût la souffrance rasséréna le prince. Il y avait donc de l'humain dans cette bête. Plus compatissant que couard, il ralluma la torche et alla voir. Trop tard : l'autre était déjà loin devant, courant au hasard des couloirs, se heurtant aux murs, haletant, hurlant sa douleur, et repartant dans sa course éperdue vers une destination qu'il ne connaissait peut-être pas lui-même.

        Tout ce que vit Aldoran ce fut, au beau milieu de la voie, une boule grise couverte de piquants longs comme la main. Puis la boule frémit, grossit, s'épanouit, pointa un museau gracile qui finissait en groin, et quatre pattes courtes qui laissaient traîner son ventre à terre la mirent en mouvement.

        --Scrogneugneu ! grogna le hérisson. Où faudra-t-il donc m'isoler pour faire une sieste au frais sans qu'un balourd ne me piétine, ou qu'un prédateur ne me bouffe ? Scrogneugneu ! Nestor est furieux !

        --Ça par exemple, le hérisson Nestor ! s'exclama le prince.

        --Oui, bon, te fatique pas. Ne me déballe pas ta vie. M'en fous. Je sais qui tu es, Zatlante. NEZ : N, E, Z. Le mot de passe. Maintenant va-t-en ou éteins la lumière. Allez, zou, que je dorme enfin tranquille, bougonna Nestor. Un royaume pour un somme. Adieu.

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