La Quête d'Aldoran, roman en ligne
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La contagion gagnait du terrain et prenait un malin plaisir à se propager au contact des bulletins de vote à demi bouffés par le Phyloxera vastatrix, tant et plus qu'une irrépressible envie de vous gratter la peau vous mettait au supplice dans l'isoloir avant cinq minutes. Comme la gale aux mille doigts crochus.
Enfin,
le mal continuait sournois son petit bonhomme de chemin des
années
durant sans jamais être inquiété. Aussi
occulte
que le ver dans la pomme, pandémie universelle qui
s'insinuait
partout dans le royaume, l'accoutumance au pourrissement et
à
la corruption des moeurs s'était muée en seconde
nature
depuis des lustres, habituant les zoraniens au dictakt de la
filouterie dirigeante ; jusqu'à ce que, minée,
épuisée,
exténuée comme une jeune fille en fleurs
assaillie par
une légion de vampires assoiffés par la bonne
odeur de
son chaud sang virginal, la société, dont la base
courait plus vite que le sommet, décidât,
saturée,
d'en découdre avec cette imposture fantoche qu'on nomme
pouvoir, et dont les protagonistes tirent subsistance et profit des
couleuvres qu'ils font avaler au bon peuple, confondant fatigue et
modération, sénilité et sagesse,
agitation et
dynamisme.
Et
s'il sied à l'autorité comme à
l'élégance
sa cousine de demeurer dans l'ombre et la discrétion,
à
ce compte-là nous en connaissons plus d'un qui auraient
mérité
la charge de Roi du Monde, tous les candidats ne pouvant se partager
celle, autrement convoitée, de Roi des Cons. Car enfin quoi
?
Une fois élus, on ne les voyait pas davantage que ce petit
chef chinois dont le nom m'échappe présentement,
et que
nous surnommerons Hibernatus
avec votre permission, obéïssant en tous
points aux
enseignements taoïstes, suivant lesquels il serait aussi
facile
de gouverner un état que de frire un petit poisson. Mais on
vous le dit, mieux eût valu pour le médiocre
qu'ils
s'occupassent de pêche à la ligne plutôt
que de
friture. Et m'est avis que les rapports humains
présenteraient
bien meilleure mine, si moins d'individus ne commettaient la fatale
erreur de s'estimer indispensables au bonheur d'autrui.
Bref, le Colibacillium ministrosa sonna le glas de l'Administration, et l'on promulgua une ultime loi que l'on adopta une fois pour toutes : interdit de légiférer, interdit de commander les autres, et interdit d'interdire, cette loi exceptée.
À dater de ce jour béni des dieux, tout rentra dans l'ordre naturel et général des choses, puisqu'il n'y avait plus personne sur Zoranius pour y imposer le sien particulier. Disparaît l'effet lorsque la cause cesse. La nature mieux que l'homme sait ce qu'il convient à l'homme. Encore devons-nous savoir la laisser s'échapper de nos propres entrailles où souventes fois, sourds à ses appels, nous la tenons captive dans la geôle de nos mesquines conventions et vanités mondaines.
Myopes
de nous-mêmes si peu que rien, qui prétendons-nous
guider, qui croyons-nous éclairer ? Pauvre aveugle, pauvre
fou
! Et si le sage solitaire porte une lanterne
éclairée dans la nuit obscure, ce n'est pas,
vieil
idiot, qu' il se pique de t'indiquer la voie et que tu le suives ;
mais bien plutôt que tu trouves par-là moyen de
l'éviter
et t'écarter de sa route pour n'aller pas te heurter, dans
ton
aveuglement, ton front contre le sien qu'il réserve
à
de plus nobles desseins.
La
lumière luit au-dedans de nous, rien ne sert de suivre celle
d'autrui. Et qui sait lorsque tu toises ton voisin avec ton
microscope, qui sait s'il ne lui sierait pas bien plus davantage la
longue vue ou le télescope ? Qui es-tu, toi, pour juger de
ce
qui lui convient, quand tu ne connais pas seulement le lieu de ta
demeure ? Qui sait même, si l'animal dont tu te moques n'a
pas
sur le monde des lueurs qui t'échappent ? Il est dans
l'élan
spontané une ignorance empreinte de sage dignité
et de
beauté sublime, et dans les mirages du mental maint
miroitement de nature à fourvoyer dans les bourbeux marais
de
l'infatuation plus sûrement que dans l'océan de
béatitude.
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