La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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Une intuition illumina soudain le prince. Mais bien sûr, cela coulait de source : l'objet que tenait en main l'ancêtre desséché n'avait d'autre destination que le centre de la plateforme !

        Notre ami se précipita vers le Géant et lui arracha sa précieuse relique, non sans le réduire en une grège poudre d'os qui eût pu luter la bonde d'un tonneau de bière à Boicussec, et la logea dans l'orifice prévu à cet effet. 
Ô
merveille ! voici qu'un puissant rayon de lumière jaillit du caillou magique et, se réfléchissant par le jeu des miroirs, et par le truchement de la table se dispersant, il dessina pléthore de personnages qui bougeaient et parlaient, et qui peuplèrent en un instant le volume tout entier de la pièce.

        Une légion de spectres hâves aux membres tors et gibbeux comme des ceps de vigne défila sur l'écran tridimentionnel en sifflant entre des crochets espacés qu'on supposait être leurs dents. Il y en avait un qui paraissait plus digne, plus distingué, plus sage que les autres, chose que laissait présumer l'impressionnante quantité de poils et radicelles qui festonnaient ses oreilles effilées, indice révélateur d'une éthique étrangère à Zatlan.

Une mitre brochée d'or pur et que prolongeait une houppe de soie floche et bleue coiffait son crâne en pain de sucre. Il arborait ce couvre-chef avec toute la fierté que l'on voit à ceux qui se battent leur vie durant pour garder ce qu'ils ont sur la tête, quand d'autres se font massacrer pour conserver les lubies qui en capitonnent l'intérieur. Il portait une espèce de manteau d'évêque en brocatelle papelonné d'écailles au fin nacré, col empoisé et beau liséré blanc, certainement repassé du jour. D'exhubérantes grègues aux plis multipliés et bouffants à la turque sortaient des sandales en peau d'orignac gaufrées de cuivre qui enserraient sa paire de palmes majestueuses. Son annulaire gauche comportait une bague dont la fine intaille suggérait un haut rang social, sinon sacerdotal.

        Son unique prunelle grise et fixe de Cyclope, scrutatrice voire, ainsi que l'enfoncement de ses épaules, lui donnaient la physionomie d'un ibis savant gardien de temples. Son teint avait la blancheur de l'albâtre, signe qu'il venait du froid. Il avait une bouche en bec de cafetière, et son nez spongieux et bulbeux du bout, une fraise véritable, contrastait avec l'austérité du reste de sa mine.

        Mais ce n'était pas le moment de rire, surtout que lui ne riait pas. D'un geste agacé il congédia son cortège de larves qui sombra dans le vide. Il demeura de longues minutes à toiser le nouvel arrivant, sans piper mot, impassible, figé dans une pose hiératique de sphinx aux cheveux d'argent qui examinait le jeune homme sous toutes les coutures, et ne laissa filtrer aucune émotion particulière.

        --Un grain de sénevé dans l'oeil, une goutte d'eau, un simple prurit suffisent à enfler les imaginations les moins fantasques et les moins disposées, dit le prince. On vit des comètes vertes danser au faîte du firmament et du sang souiller d'écarlate le pâle orbe des astres, des nuées de sauterelles saccager les récoltes, les toits de nations entières crever sous des chutes de grèle ; lièvres cornus, diables bleus, croquemitaines volants, chimères aux griffes d'airain ; les éléments déchaînés, la pluie diluvienne ou le vent mugissant ; l'éclair soudain, la tornade envieuse, une mort imprévue, suffirent autrefois aux hommes immatures pour prophétiser des malheurs plus terribles encore. Illusion, quand tu nous tiens !

        Je sais que tu n'es qu'artifice, spectre, de la nature des étincelles que crachent deux pierres frottées. Tu n'es qu'une fêlure de mon cerveau malade de solitude, et cette moitié de moi que j'ignore, profite de ma fatigue pour se moquer de l'autre. Que si tu n'es quelque mirage de mon esprit, illusion, beau masque en cuir d'éléphant bouilli, parle!

        Son voeu fut promptement exhaucé. Puisse nous pardonner le grammairien pointilleux d'avoir transposé en zoranien convenable, les discordants borborygmes du primitif.

        --Auuugrh ! Hêêêkeu ! Aoûm ! Oses-tu causer, vil impie, au respectable Adam de la sorte ? morigéna 
l'apparition de ce souffle rauque et aphone d'outre-tombe qu'on entend parfois des bouches qui fument soixante cigarettes par jour. Auuugrh ! Sel de la pierre. Ainsi me narguer, moi, quelle arrogance ! Quelle inconscience te pousse, chétif insecte, à nous
tirer du sommeil éternel et que troubles-tu sans raison notre antique repos ? Que ma barbe incoupée fasse trois fois le tour de cette table si je ne te punis de bref, misérable !

Cette réponse inattendue fit sursauter notre ami et le ramena à plus de déférence.

        --Mille excuses. Je ne voulais pas t'offenser. Mais, mais, comment est-ce possible ? Si tu es l'Ancien des Jours, le premier homme, notre ancêtre commun dont j'aperçus, si je ne m'abuse, la stèle funéraire tantôt, par quelle diablerie peux-tu converser avec moi ? Quand on est mort, on est mort, non ?

Le Géant radouci devant tant de candeur, ne put s'empêcher d'esquisser un sourire, et un sentiment paternel réchauffa son coeur de pachyderme glaciaire.

        --Certes, certes, je ne suis qu'une image, une projection, mais dans l'air que tu inhales, mon fils, fut incorporée une parcelle de mon âme. Mon expérience et mon savoir imprègnent chaque atome de la pièce ; ma demeure est partout et cependant nulle part. Un prodige de la Fée Électricia. Trop long à t'enseigner... Le sang du dragon Kamember qu'il nous fallut bien sacrifier pour prendre possession du domaine, remplit encore les bassins. Que tu boives une pinte seulement de ce vert élixir dans une chope d'ivoire, et je t'assure, que l'étoile la plus lointaine n'aura plus pour toi aucun mystère. À consommer avec modération. Il n'est pas bon de trop connaître dans la fleur de l'âge. À quoi occuperais-tu le restant de ton existence, si tu savais tout dès aujourd'hui ? Quant à la table ronde, --ah, mon fils, que c'est beau !-- la table reproduit, trait pour trait, les cycles évolutifs de la nature. Les étapes de toute construction intelligente, matrice de la conscience universelle qui habite quiconque ici bas, rampe, nage, vole, marche ou court. Car la Pierre est la Vie, au-delà de la vie légère et de la mort funèbre, recto et verso d'une même médaille. Elle participe de chaque élément du cosmos. Elle fut tirée du limon de la Terre, l'Eau l'amalgama en pâte, le Feu la sècha et la durcit, et le Vent, mû de ses ailes éployées, lui colporta tous les secrets du monde.

ATTENTION : les pages 102 à 108 incluses demandent capacité d'abstraction et l'ADSL. Vous pouvez les sauter.

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