La Quête d'Aldoran, roman en ligne

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Et les Géants m'ont dit




     Aldoran se tenait debout devant la porte énorme, fier et droit, tout comme un homme. Ce brut trapèze de granit et de porphyre à la face de circuit intégré délicatement ciselée dont il ne savait dire si elle souriait ou faisait la grimace, l'intriguait. Son destin, quel qu'il fût, passait par cette porte. La porte du Grand Secret. L'occasion ou jamais d'en sonder les arcanes. Derrière, qu'y avait-il ? La vie, la mort ? Cerbère tricéphale, ou bien Bellérophon ? Les traces de "l'oiseau fantastique" n'auguraient rien de bon. Nul doute qu'il fût entré par là, car sous le vantail de pierre de tout son poids retombé, trois plumes vertes de sa robe étaient restées coincées.

        La curiosité détrôna la prudence. Comment ouvrir ? Trop lourd pour un frèle zatlante. Certes, il devait exister quelque ingénieux mécanisme qui, dissimulé dans un oeil, un trou de nez ou bien la bouche hilare du drille sculpté en effigie, livrerait le passage. Mais plus simple encore était de recourir à l'anneau du Nain Hafnor.

        Trois tours de bague et hop, Aldoran qui suait comme une gargoulette franchit le seuil d'un pas allègre, et se retrouva de l'autre côté. Un escalier aux marches hautes et érodées qui s'enfonçait dans la ténèbre s'offrit à sa foulée impatiente. Il s'y engouffra sans lanterner. Il ne tarda pas à tomber sur une galerie en pente, dont la déclivité le conduisit vers un corridor qui emprisonnait une abstraite et blaffarde lueur provenant d'une salle.

Étrange que cette salle où dégoulinait des murs un liquide phosphorescent et huileux qui évoquait de la bave de ver luisant. L'air était sec pourtant. Des colonnes de basalte immenses comme des orgues bordaient une voie pavée couleur des sables et saupoudrée de poussières micacées, dont la rectitude eût contraint le prince à monotonie, si elle n'avait presque aussitôt débouché sur une deuxième salle de structure hexagonale que coiffait une coupole polyédrique tapissée de miroirs, et dont le sol alvéolé de six bassins triangulaires remplis du même liquide lucifère et fumant formait la figure que voici :

Mandala runique



        La grille du Runikon elfique ! Était-ce une coïncidence ? Pratiquait-on ce langage depuis une si haute antiquité que les Gargan en connussent l'usage ? Oui, les Gargan. Il suffisait de considérer la taille des blocs, des statues en bois de tech et celles, imputrescibles, des bas-reliefs, dont le crâne distançait les pieds de quatre mètres au moins. Jusqu'aux peintures rupestres qui glorifiaient la chasse au mammouth, et que des protagonistes hominiens assommaient de leurs poings nus ! Quant à leurs pieds, c'étaient des pieds d'oiseau ! Le fameux Pé d'Auque. Car Aldoran avait reconnu le légitime propriétaire des traces, ou à défaut ce qui restait de son cadavre étalé en travers de la voie, et qu'ensevelissait la farine des siècles. Dix mille dards d'airain criblaient son blanc squelette que ceinturait un pagne aussi vert que burlesque, et qui comptait autant de plumes que le couvre-chef du Négus. Que s'était-il passé ? Le saura-t-on jamais...

        La dépouille du malheureux Gargan gisait de bien singulière façon. Ses doigts raides et osseux s'étaient refermés sur un objet ovoïde et tavelé de cratères aux émeraudes reflets, un petit bout d'astéroïde --à moins que ce ne fût plus prosaïquement une éponge de toilette à l'état fossile, tandis que l'autre main, un battoir, indiquait le centre de la pièce, comme si en ses ultimes instants, la victime avait voulu délivrer un message à la postérité. Cent mille ans plus tôt, peut-être... Bigre !

        Le prince s'avança jusqu'au point présumé qu'occupait une table ronde au gabarit formidable ; sept cylindres vernissés à l'ambre jaune l'encerclaient, sept tabourets qu'autant de paires de fesses antédiluviennes avaient dû polir jadis, à supposer que l'originel postérieur comportât une raie médiane, scabreuse question qui divise encore aujourd'hui nombre d'archéologues. "Des plantigrades tridactilopodes à stature gargagnolesque prononcée", voilà ce qu'eüt expertisé Maître Rumphius. La raie du cul en option.

        Était-ce une salle à manger ? Nous ne le pensons pas. Les lieux exhalaient, outre des senteurs méphitiques, la quiétude recueillie et la solennité. Les vénérables dolmens de nos forêts gauloises eussent mieux convenu au coup de fourchette des bons Géants. Mais cette table... Un autel, pas un restaurant !

Aldoran l'escalada. Et voici qu'il découvrit une chose bien surprenante : la table était constellée de runes disposées en trois bandes concentriques. On en dénombrait vingt et un en tout. Le moyeu de la roue, un simple trou, semblait attendre l'intromission d'un corps étranger qui, à l'instar d'une clé, en eût livré le sens. Mais bernique, la table restait muette.

Pourtant, la figure lui inspirait un petit air de familiarité qu'il ne s'expliquait pas.

        --Saperlote, murmura le prince, où diantre ai-je vu ce disque ?

        Il triturait sa mémoire à l'affût de la moindre bribe d'information, une bouffée d'enfance, un lambeau de vie, un vestige quelconque auquel il se serait raccroché comme aux débris flottants d'une épave à la dérive. Mais les brumes de l'oubli demeuraient les plus fortes et altéraient le plus menu souvenir. Certes, des détails sans lien apparent ni importance affleuraient, çà et là, à la surface de sa conscience mais, soit il voyait des images qu'il ne savait nommer ni qualifier, soit lui venaient des mots qu'il ne savait illustrer. Témoin ce bouton de rose qui surgissait du néant à chaque fois qu'il fredonnait un air dont lui manquaient les paroles. Sans qu'il en sût bien la cause, cela le plongeait dans un état de nerfs épouvantable.

        L'air de la salle avait une densité, une charge, une émotion. Sans doute s'accordait-il avec la roche pleine, épaisse, compacte des parois, et qui rendait un son mat. Le silence était si profond, si total, si absolu, qu'on pouvait l'entendre respirer ; c'était la préhistoire qui fluait et refluait sa lente haleine de saurien. Les lézards n'oublient pas, eux. Des bouffées d'harmonie se répandaient par moments à travers le tremblement diaphane de l'atmosphère, où l'oeil eût pu suivre presque leurs ondulations sonores ; elles montaient en volutes, s'évaporant des bassins brillantés de réverbérations, qui luisaient, tels du métal fourbi. Endroit saturé de vibrations propice à exhumer fantômes et vieilles goules du passé aux dents tirées à quatre épingles, s'il en fut jamais. La roue du Temps était sortie de son ornière, eût dit Shakespeare.

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