L'Inde Dévoilée
, roman en ligne

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CHAPITRE DEUXIEME

Arrivée au Népal








        Pour qui débarque au Népal sans en avoir jamais rien connu, c'est toujours une aventure prodigue en surprises de toutes sortes. Vous arrivez à dix sept heures comme annoncé à vos hôtes, et l'on vient vous accueillir à vingt. Que vous ayez le malheur de ne point céder la priorité à droite à l'une de leurs vaches blanches maigre comme un clou de charpentier, et les villageois, superstitieux entre tous, vous le font savoir sans tarder. Goûter aux crudités locales, c'est assurément passer contrat avec la dysenterie amibienne pour une durée de trois ans. Quant aux "toilettes népalaises" , mieux vaut n'en rien dire : il est des vocables intraduisibles dans certaines langues.

        Si vous partez dans ce pays dans le naïf espoir de vous dépayser, peine perdue : une fois sur deux, votre voisin de palier a eu la même idée en la pensant originale, à tel point qu'il semblerait parfois que le Monde entier s'y soit donné rendez-vous.

        Il n'y eut pas d'exception pour Enfoyrus. À peine eut-il pénétré dans une taverne de la rue principale de Katmandou --ou du moins qui en tenait lieu, qu'une voix bien de chez lui l'interpela :

        --Hého , mais pécaïre , c'est ce sacré Tryphon ! Vé, ça alors !

        --Non, c'est pas vrai ! Garrigou ! Que fais-tu là , vieille noix ?

        --Et toi ? T'es pas un peu fada de venir dans ce trou perdu ?

        --Boulot, boulot, comme on dit. Enfin, ça fait voyager. Mais ça ne me dit pas ce que tu y fais toi-même.

        --Ah, vé, c'est une histoire hénaurme. Tu sais pas que les sauvages du coin, ils veulent acclimater chez eux les moutons de mes collines à cause de la qualité de leur laine ? Alors, pardi, moi je suis venu leur donner des conseils, et surtout en profiter pour leur vendre quelques bêtes. Enfin, tu vois le topo. Ça m'a permis de descendre un peu de mes pâturages pelés de Manosque, en fait je devrais dire monter, parce qu'ici, pour ce qui est de la vie des plaines, bernique ! Quant aux affaires, j'espère qu'ils vont pas me payer avec du beurre de yack ranci : c'est franchement dégueulasse !

        --Oui, c'est dans le genre rustique. L'hygiène ne les empèche pas de dormir.

        --Qué hyène ? Y-a des hyènes, ici ? Ouille ! Ah ça , pour le rustique, ils font pas dans la dentelle. Tantôt j'ai vu un concours de crachats organisé entre petits vieux. Nous on a la pétanque, eux ils ont le crachat : c'est celui qui molarde le plus loin qui a gagné. Y en a un qui est particulièrement doué pour ce petit jeu : c'est celui qui a la tête comme une coucourde et des allures d'oran-outan. Je te conseille pas de le croiser dans les escaliers, celui-là ! Surtout s'il s'est bourré au tchang et qu'il te dégueule sa tsampa dessus. Mais toi, dis-moi un peu : tu fais toujours le fouille-merde dans les sous-sols d'Ocland ?

        --Je ne suis plus à Ocland , mais je suis toujours "fouille-merde" , gloussa Enfoyrus. Un fouille-merde d'un autre genre, mais un fouille-merde quand même. Maintenant je suis détective privé.

        --Allez, comme Colombo. Tu devrais passer un imperméable couleur locale, ça ferait plus vrai. Parce qu'avec ce costume des villes, ici , tu n'as aucune chance de pincer les coupables. T'as pas fait un pas, que déjà les autres t'ont flairé, repéré et catalogué : ils vont te faire courir jusqu'en Chine. Et après, tu peux combiner, té !

        --Tu as raison. On y pensera.

        --Té, cherche pas. Mets-toi cette veste des pâtres sur le dos. Avec ça tu pues raisonnablement le cabri et ils te prennent pour l'un des leurs. Autrement t'es grillé.

        --Épatant ! Ça sent vraiment la pisse. C'est vrai que ça fait couleur locale.

        --Sans compter que ça tient chaud et qu'avec ça tu auras moins les caillons qu'avec ton complet. Ça fait bien, le complet, ça fait chic, ça fait distingué, mais ici pas commode. Moi aussi j'espère devenir un Monsieur. Je m'instruis tous les jours, je lis le dictionnaire. Comme ça, quand j'aurai un peu plus d'instruction, je porterai la canne et le col, tout comme il faut. Je te dis ça à toi, mais c'est un secret. Je te le dis parce que toi c'est pas pareil, tu es un vrai ami. Les autres, la réussite ça les a rendu fiers. Tandis que toi, tu es resté simple comme au bon vieux temps. Mais moi aussi, un jour, je réussirai : et on travaillera ensemble, et on mettra une belle chemise, et tout et tout. . .

        --Reste où tu es, mon vieux. Tu ne connais pas ta chance. L'ambition, c'est la pire des maladies : ça t'esquinte un bonhomme. C'est complètement pourri, la vie urbaine. Tu serais malheureux et tu pleurerais comme une baleine après tes moutons. Reste où tu es, crois-moi. Et puis tu as le bon air, toi.

        --Voui, mais tu sais, c'est pas tellement causant une chèvre. Y-a des jours où je me surprends à bèler pour mieux communiquer. Après on dit qu'on humanise les bêtes, mais en vérité, foutaise, c'est tout le contraire qui t'arrive : c'est toi qui deviens chèvre !

        --Bah, mieux vaut devenir chèvre que chameau. Reste où tu es, Garrigou.

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