L'Inde Dévoilée
, roman en ligne

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         Et Brahmanti partit.

       Lorsque tomba le noir voile du soir, comme décidé, Enfoyrus s'introduisit furtivement dans le temple des aghoris, sans même frissonner une seconde devant le rictus peu engageant des deux crânes-sentinelles, ni devant la statue du baba qui profilait une ombre menaçante aux allures de gargouille sur l'allée principale.

      Par chance pour le détective, la salle de cérémonie du sanctuaire, éclairée par deux rangées de torches parallèles aux lueurs vacillantes, semblait inoccupée. Il s'avança prudemment, considérant d'un oeil curieux toute la galerie de portraits accrochés aux murs ; sans doute la lignée des maîtres spirituels de la secte. Il atteignit l'autel, celui qui supporte la flamme entretenue sans interruption depuis cinq cents ans, et remarqua quatre trous de serrures pratiqués sur l'une de ses faces. Rapport évident ! Il ouvrit donc. Nouvelles clés. Trois. Un message :

"La clé , seule au coeur pur par sept fois brillera. "

        "Sept clés, six vers : bon, on est presque arrivé au bout, se dit Enfoyrus."

        C'est alors qu'il avisa une petite porte entrebaillée, juste à l'extrémité de la salle opposée à la rue. Quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu'il vit qu'elle donnait sur les locaux de la "Kâshi Company" dans la rue parallèle ! On avait rabattu un volet à glissière, ceux dont on se sert parfois au théâtre pour poser un décor en toile de fond, et qui représentait la devanture d'un marchand de bondieuseries. Les aghoris et les trois présumés frères de la non moins présumée Radha étaient donc de connivence. De mieux en mieux !

        Notre ami n'eut pas le loisir de poursuivre ses conjectures. Il entendit des bruits de pas ainsi que deux voix d'hommes en conversation qui se rapprochaient sensiblement de la pièce. Curieusement, l'atmosphère ambiante se chargea d'un léger relent soufré, probablement un renvoi d'égoût mal entretenu en provenance de la rue où l'on avait étranglé le nain. Il eut tout juste le temps de se cacher dans une penderie. Ainsi pourrait-il épier par le trou de la serrure de ce repaire exigu tout ce qui allait se dire. Il y avait un certain angle mort, aussi Enfoyrus n'apercevait qu'une moitié du bureau. Le premier homme s'y assit en lui tournant le dos, tandis que l'autre personnage, invisible, se mit à tourner en rond comme le font les généraux qui dictent une lettre. Il parla : 

        --Il faut absolument que tu achèves ce livre, tu m'entends ? Je veux retrouver toutes les clés. Alors, débrouille-toi.

        --Je fais ce que je peux, maître. Mais ce n'est pas facile : il y a eu pas mal d'impondérables. 

        --Veux pas savoir ! Je ne t'ai pas offert l'immortalité gratuitement. Ton travail était de tout prévoir. 

        --Oui, mais, comment pouvais-je me douter qu'il se montrerait aussi entêté, et elle aussi éclairée ? Elle en savait plus long que moi ! 

        --En cent millions d'années tu n'as donc rien appris ? Certes, de mon temps, les femmes étaient faciles à embobiner. Elles marchaient, elles étaient stupides à souhait. La fin d'une époque... Enfin. Sans compter qu'elle devenait dangereusement bavarde, et qu'il a fallu que je la boucle au 7ème sous-sol pour la faire taire. N'importe, tu aurais dû prévoir. C'est toi qui écris le livre, oui ou non ? Ta saleté de livre, plutôt. 

        --Oui, mais ça ne règle pas tout. Ça ne marche que dans les grandes lignes. Et souvent, les personnages échappent au contrôle de l'auteur ; ils en disposent comme ils veulent. Puis il y a aussi les toulpas (matérialisations d'entités) qui s'en sont mêlés. 

        --C'est ça. Parlons-en de tes toulpas ! Quand on n'est pas fichu de façonner des toulpas obéïssant au doigt et à l'oeil, môssieu , on retourne à l'École de Magie des débutants. Passe pour Radha , sa mère et ses trois frères ; là , je dis pas : on pouvait y croire. Mais pour ce qui est du nain, tu me la copieras ! Il a fallu que ce soit un nabot qui me dérobe l'unique clé que j'avais en ma possession. Me faire ça, à moi ! On aura tout vu.

        --Mais puisque je vous dis que pour le nain, maître, je m'étais planté dans la formule. . . 

        --Ça t'arrive trop souvent. À commencer par cet imbécile de Cleptoman qui s'est trouvé à deux doigts de se dissoudre en plein vol ! Pour un peu, il me trahissait. Je te l'avais pourtant bien précisé : une pastille toutes les trois heures. Mais non, môssieu n'en fait qu'à sa fantaisie ; môssieu se croit plus intelligent que les autres. Heureusement que j'en avais une boîte dans ma poche. La Magie est une science exacte, oui môssieu , parfaitement, môssieu. Et ce n'est pas la peine de pleurnicher. Non mais, que crois-tu ?

        --Pardon, maître, je ne le ferai plus. 

        -- Y-a intérêt. Sinon, je te change en crapaud. Ce qui ne te changera pas beaucoup. Et puis, je t'ai déjà dit de te laver régulièrement. Tu empestes le suppôt à trois kilomètres ! Quelqu'un finira bien par te reconnaître, et ça sera malin. Donc, va te laver. Et un peu de bon sens : pas avec l'eau du Gange ! 

        --La Tradition, maître. 

        --La Tradition, mon petit, c'est moi qui la fait ; au Diable, la Tradition. Enfin, façon de parler. Tu devrais savoir que ces choses-là ne marchent plus de nos jours. Même Dieu en rigole dans sa barbe. 

        --Ah bon ? Et le talisman que vous lui avez donné, maître ? demanda l'homme aux doigts crochus.

        --Justement, puisque ça ne marche pas. Ça le rend confiant et il se fout encore plus dedans. Regarde, je porte exactement le même : ça coûte cinquante roupies et ça se vend partout. C'est très à la mode. Moi, je trouve ça joli et décoratif. Mais si tu te figures qu'en te le passant autour du cou ça va te mettre à l'abri de la sottise, tu te fourres le doigt dans l'oeil. Parce que, mon pauvre ami, tu en tiens une couche, permet-moi de te le dire ! C'est bien la peine d'être Agrégé de Lettres à la Sorbonne. Tu passes ta vie à expliquer les textes des autres, mais tu n'es pas foutu d'en écrire un qui tienne debout. Le comble ! 

        --Mais. . . 

        --Assez d'objections et d'insolence. Autrement tu te prends ma canne sur la figure. Alors, encore une fois, tu me termines ce livre. Et méfie-toi de ce que tes personnages racontent, surveille-les : qu'est-ce qui t'a pris de laisser échapper à Radha que la Compagnie des Indes n'existait plus depuis cent ans ? Il aurait pu comprendre, l'autre, qu'on se servait de lui à son insu depuis le tout début. D'autant plus qu'il a des soupçons, c'est sûr : on a causé ensemble il n'y a pas trois heures. Il a fallu que je me dérange en personne pour savoir ce qu'il avait dans la tête. Parce que là-dessus, bien entendu, ton livre reste muet comme une tombe. En plus, on ne sait même pas où il est. Ah, bravo ! C'est réussi ! Bon, allons souper. Après quoi tu t'attèles à la tâche, et prestement.

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