L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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        --Et bien, que cela ne vous empèche pas de manger, ajouta avec humour la veuve en souriant. À table!

        Après le traditionnel masla tea, un thé à la coriandre servi avec du lait dans l'ambiance d'une douce lumière tamisée, les trois français découvrirent tous les raffinements de l'art culinaire indien. lls savourèrent le curry de lait caillé taillé en cubes et frit que l'on nomme là-bas le friedcard, des kachori, galettes de blé fourrées de betteraves, d'épinards ou de fromage blanc aux herbes, du samosa, sorte de chapati farci de viande, et le massala dossa, crèpe fourrée d'oignons crus et de petits pois. C'était le riz basmati assaisonné d'arômate, d'épices et de sauces au choix et à la convenance de chacun ; c'était la mangue résineuse dont le goût parfumé persistait longtemps dans la bouche, et tout un assortiment de fruits tropicaux dont les noms nous échappent. Bref, c'était une véritable moisson de sensations gustatives qui comblaient au-delà de toute espérance les palais de nos amis. Enfoyrus craignait un peu pour ses hémorroïdes, mais en homme stoïque il n'en laissa rien paraître.

        --Curieux, remarqua Garrigou. J'ai mangé en abondance, et pourtant je ne me sens pas lourd. 

        --C'est grâce aux herbes et aux épices, expliqua Radha. Elles activent le feu gastrique puissamment, ce qui facilite la digestion des aliments. Mais pour mieux digérer encore, que diriez-vous de poursuivre notre petite conversation sous l'arbre du jardin ?

        --Volontiers, répondit le pâtre, qu'une déraisonnable consommation de gingembre prédisposait à l'idylle, si ce n'est davantage.

Radha s'apercevant de son empressement s'empourpra un bref instant, mais elle reprit contenance aussitôt. De toutes façons, le beau teint mat de sa peau dissimulait sa rougeur, et ainsi elle conserva le secret d'un sentiment naissant qu'elle s'était jusqu'alors caché.

        Tout le monde sortit. La brise suave distillait un savant cocktail d'essences dont les effluves parvenaient aux narines par voluptueuses bouffées ; azalées, hibiscus, sycomores, hysope, vétyver, rose, jasmin et frangipanier, tout contribuait à détendre une atmosphère déjà détendue à souhait. On se parlait tout bas, presque sur le ton de la confidence, car la Kumbha Mela ne laissait échapper maintenant qu'une vague rumeur répercutée de loin en loin par les hauts-parleurs disposés le long du Gange, et qui diffusaient des chants religieux pour les dévots pèlerins que la nuit n'effrayait pas.

        --Tout de même, cette frénésie dévotionnelle, c'est quelque chose, hocha de la tête Enfoyrus. On ne verrait pas ça de par chez nous.

        --Et encore, cette année, c'est relativement calme, dit la mère de Radha.

        --Calme ?

        --Oui, en comparaison de la Mela de 1954. Les astrologues eurent la riche idée d'annoncer qu'elle serait exceptionnelle à cause d'une configuration planétaire particulière qui ne se reproduirait que cent huit ans plus tard. Aussi vit-on arriver tous azimuths, au lieu des deux millions de personnes attendues, cinq millions de processionnaires, et, pour couronner le tout, une armée de saddhus aux visages peints chevauchant des éléphants prirent d'assaut la rive en bousculant la foule et en n'hésitant pas à planter leurs tridents dans les poitrines de ceux qui ne voulaient pas se ôter de leur chemin ! Résultat : 500 morts et 2000 blessés. Mon propre grand père figurait parmi les victimes, ajouta Mâ, une larme au coin des yeux.

        À l'évocation des tridents Enfoyrus et Léa frissonnèrent, car cela leur rappelait l'étrange mort de Kapiloananda dans le vieux temple de la région du Garhwal. Comment pouvait-on oublier une pareille horreur? Et toujours ce mystère des clés et des messages qui demeurait en suspens... Que n'auraient-ils donné pour savoir !

        --Vous avez une belle fontaine, Mâ, complimenta Léa.

        --Oui, n'est-ce pas ? Elle a au moins cinq cents ans, et l'on dit que le roi Akbar lui-même y aurait bu. On dit aussi que chaque jet d'eau correspond à l'eau des trois rivières sacrées.

        --Même la Saraswati ? s'étonna Léa. Je croyais qu'elle n'était que symbolique. ? 

        --Souterraine, mais bien réelle. Et puis, vous savez, cela n'a pas grande importance. On raconte que ces eaux réalisent certains voeux.

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