L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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        --Ow ! Je l'ai toujours dit : le progrès c'est de la foutaise, remarqua Garrigou. C'est un cercle vicieux.

        --Malheureusement on est bien obligé de composer avec la mentalité sans scrupules de ceux qui en tirent profit, objecta la journaliste. Ce sont eux qui ont le porte-monnaie, et ils le savent.

        --Ouais, ces bougres de cochons... Aux temps préhistoriques on avait moins d'ennuis.

        --Oui, mais on en avait d'autres, s'opposa Léa. Et puis le riche, c'était celui qui ramenait de la chasse le plus gros beefsteack.

        --Ouais, mais il remettait quotidiennement en question à la sueur de son front et à la dureté de ses muscles le montant de son capital. Il n'y avait pas de place pour les mandarins.

        --Et les sorciers ? Ils n'allaient pas à la chasse, eux.

        --Ouais, ma foi, peut-être. Des margoulins, il y en a toujours eu. Encore qu'aux sorciers, moi, j'y crois. J'en connais un dans mes collines de Manosque, qu'un pâtre de mes amis n'avait pas en grande sympathie. Il lui jouait cent méchants tours dès que l'occasion se présentait. Et l'autre, pardi, il lui a jeté un sort avec son mauvais oeil. Un mois après le berger est mort de fièvre. Et pourtant, il était costaud, té.

        --La superstition porte malheur, commenta Enfoyrus.

        --Qué superstition ? Il ne croyait en rien. Il se disait rationaliste et libre penseur. C'est bien pour ça qu'il osait se foutre de la gueule de l'autre, d'ailleurs.

        --C'est la pire des superstitions, le rationalisme. On s'accroche à la raison comme un pou à une vieille tignasse parce qu'on a peur, au fond de soi, que le reste soit vrai. Je connais peu de rationalistes raisonnables, moi. Ils sont parfois plus bigots que les grenouilles de bénitier.

        --Tu n'as pas toujours dit ça, Tryphon, remarqua Léa.

        --On peut avoir quelques raisons de changer d'avis, non ?

        --Oui, à condition de ne pas en changer trop souvent. Parce que moi, je n'aurais jamais pu te le faire admettre. Il a fallu que ce soit un autre qui te le fasse dire.

        -- Hélà, hélà ! C'est une scène de ménage, ou quoi ? plaisanta Radha. Attendez, vous allez voir, on va vous mettre d'accord. Rien de tel qu'un bon repas pour améliorer l'humeur. On allait justement manger. On avait prévu d'être cinq, mais juste avant que vous n'arriviez, mes trois frères m'ont téléphoné de Bénarès pour me prévenir qu'ils avaient eu un empèchement. Alors ça tombe bien.

        --Trop aimable, remercia Enfoyrus. Ils font quoi vos frères ?

        --lls sont dans les affaires. Ils se partagent le management d'une société d'import-export : la Kâshi Company. Kâshi ,"ville de lumière", est le plus ancien nom connu de Bénarès. Actuellement on la nomme Varanasi à cause des deux rivières qui se jettent dans le Gange à cet endroit : la Varuna et l'Asi.

        --On fait du business, à Bénarès ? Je croyais au contraire que c'était le bout de la Terre, et que le temps s'y était arrêté, s'étonna Léa.

        --Oui, c'est toujours vrai, mais depuis que les occidentaux la visitent, on n'a jamais autant vendu d'encens, de chapelets, de statuettes en bois, en terre, en bronze, et même en or, dans le Monde entier. On fournit même Lourdes et Fatima, c'est pour vous dire ! 

        --Ben, ça rapporte bien la bondieuserie ! s'exclama Garrigou presque admiratif. 

        --Il n'y a pas trop à se plaindre, sourit Radha. C'est un marché plein d'avenir. C'est malheureux à dire, mais à chaque fois que se produit une catastrophe naturelle en quelque endroit du Globe, on enregistre une spectaculaire envolée des ventes. Surtout en Occident, bizarrement. La ferveur religieuse a encore de beaux jours devant elle. Parce que, après nous avoir éduqués à l'européenne à outrance, vous retournez en galopant à l'antique ère du culte. C'était bien la peine. Pourquoi ?

        --Le monde occidental se rend compte peu à peu de la superficialité de la vie moderne. Les trois quarts de ses habitants sont des pauvres déboussolés qui ont perdu tout repère et tout critère d'authenticité, expliqua Léa. Aussi, que nombre d'entre eux se raccrochent à la première bouée qu'ils peuvent attraper, voilà qui n'est guère étonnant. Ça me fait penser à St Exupéry qui écrivait il y a un demi-siècle qu'il haïssait son époque de toutes ses forces parce que l'on y mourait de soif. C'est bien ce qui est en train de nous arriver : nous crevons de soif.

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