L'Inde Dévoilée
, roman en ligne

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Enfin, après bien des efforts sans trop savoir par quelle magie, les trois compères parvinrent devant la maison de Radha. Ils passèrent sous un porche naïvement peinturluré qui évoquait la débauche de couleurs du carnaval de Holi durant la pleine lune de Mars à Bénarès. Puis, un escalier aux marches fatiguées les conduisit péniblement au lieu tant désiré.

        Garrigou frappa trois petits coups à la porte. Un visage féminin aux traits fins et gracieux d'une vingtaine d'années se hasarda dans l'entrebaillement, et puis Radha ouvrit tout grand, livrant aux regards émerveillés des arrivants, et la vénuste beauté de son corps au galbe sculptural enveloppé dans un sari de soie rouge, et la royale splendeur de l'intérieur de la demeure qui contrastait avec la vétusté de la façade, côté rue.

        Car côté jardin c'était tout autre chose : ourlé par une suite d'arcades aux motifs ciselés, il offrait aux visiteurs un feu d'artifice de fleurs rouges, oranges, bleues, jaunes et vertes que nous ne saurions nommer par crainte d'en profaner la douce intimité, et qui se groupaient autour d'un arbre pluricentenaire aux racines entrelacées, dispensant généreusement son ombre fraîche au petit banc de bois blanc qui reposait à ses pieds. Au fond de la cour, un bassin ovale faisait miroiter ses eaux de lune aux reflets d'argent, et en son centre, trônait une fontaine à trois vasques en forme de coquillage géant qui l'alimentait de ses trois jets d'eau. Lieu rêvé pour d'amoureuses confidences susurrées au coin de l'oreille, s'il en fut jamais.

        -- Bonsoir Radha !

        --Namasté , Garrigou. Des amis à toi ?

        --Je te présente Léa et Tryphon.

        -- Enchantée. Mais entrez, je vous prie. Vous êtes ici chez vous. Là-bas, le petit salon.

        --Mâ, des invités.

Une dame aux cheveux légèrement grisonnants mais bien conservée pour sa cinquantaine parut à la porte qui communiquait avec la cuisine.

        --C'est toujours un plaisir de recevoir de nouveaux visages à la maison, dit-elle. Depuis la mort de mon regretté mari je ne vois plus grand monde, ici. Je travaille bien encore un peu à la librairie, mais étant donnée la rente que m'assure mon veuvage ça n'en vaut pas la peine. Aussi ai-je décidé de prendre ma retraite bientôt. C'est pourquoi, depuis que mes trois fils sont mariés je reste seule dans une demeure trop grande pour moi. Heureusement qu'il y a ma fille, ajouta avec un sourire triste la veuve.

        --Asseyez-vous, proposa Radha en indiquant un canapé et de confortables fauteuils moëlleux. Ça ne fait pas très couleur locale, je sais , mais il y a bien longtemps que nous nous accomodons à la mode occidentale, chez nous. C'est sans doute l'apanage de la classe cultivée de mon pays qui a pris quelques distances avec la tradition indienne.

        --Nous nous en contenterons bien assez, la rassura Léa, qui, à vrai dire, ne se serait guère sentie disposée à s'endolorir les fesses sur un tapis ou un tabouret, fût-il en bois de santal sculpté de riches ornements.

        -- Un beau pays que le vôtre, commença Enfoyrus. Mais que de misère, et quel manque d'hygiène, cette trempette dans le Gange !

Léa lui donna un coup de coude dans les côtes pour le rappeler à plus de tact et de convivialité. Radha s'en aperçut et sourit, amusée par le naturel du détective.

        --Oh vous savez, votre ami a raison. C'est un véritable problème que notre gouvernement actuel a bien du mal à solutionner. Les records sont tristement détenus par Calcutta, l'ancienne Kalikata, avec sa prolifération de bidonvilles, d'usines pétrochimiques, de rayonne, de pneus et d'aciers, d'étables et de porcheries où les bestiaux s'entassent, le tout récupéré par l'Hooghly, le pire avatar du Gange où quotidiennement huit millions d'habitants vont se baigner et boire avant de mourir de choléra, de typhoïde et de gastro-entérite. On a du mal à croire en la voyant qu'elle fut autrefois une ville prospère où les mâts des bâteaux ancrés dans le port faisaient "l'effet d'un régiment de lanciers", comme disait Kipling. Elle n'a plus le panache de l'enchanteresse cité des jardins que chanta notre grand poète bengali Rabindranath Tagore. Maintenant, tout y est indigence, pollution et désolation. Hélas, que faire ? Le jour où notre Premier Ministre a osé déclarer publiquement qu'il était absolument impératif d'interdire les baignades, des fidèles fanatiques ont bien failli l'assassiner ! Quant aux usines, on ne peut ralentir leur production qui est déjà limitée à vingt cinq pour cent. Autrement c'est un suicide économique. Vous le voyez, on n'en sort pas.

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