L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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        --"Jai Ganga Mâiki , jai !", "gloire à notre mère Ganga !", entendait-on au confluent du Gange et de la Yamuna, au bout de la plaine sablonneuse en contrebas de la belle Allahabad, autre lieu où chuta une goutte de nectar divin lors de la rupture de la jarre mythique. 

        C'était le soir, au crépuscule, et les prêtres donnaient le pûja, sorte d'offrande du feu à Ma Gangâ. Les officiants agitaient de la main gauche une clochette, et de l'autre une lampe rituelle qu'ils déplaçaient dans l'espace de façon à dessiner la forme symbolique du lotus aux mille pétales ; puis, ils allumaient un gigantesque candélabre ainsi que des torchères dont la fumée grise et bleue se mêlait à celle de l'encens et de l'enveloppe brumeuse, tandis que s'évanouissaient au loin les ultimes lueurs vespérales irisées de rose par dessus les deux fleuves à la surface d'huile à peine troublée par l'effleurement d'une douce brise ; enfin, dans le retentissement des grelots, des gongs, des tambours et des conques dont la frénésie allait crescendo, les prêtres se baissaient trois fois pour offrir le feu au Gange, avant de se tourner du côté des centaines de milliers de fidèles qui tendaient leurs paumes vers la lumière sanctifiée, en chantant à l'unisson un nouveau et incommensurable " Jai Ganga Mâiki , jai !"

        Les pèlerins étaient accourus de l'Inde tout entière pour assister à la grande Kumbha Mela du mois de Janvier de cette année-là. C'était un flot perpétuel, un formidable raz de marée humain et de vagues déferlantes de ferveur mystique qui se déversait par autocars entiers, se répandant dans toutes les places, les rues et les berges fluviales ; on escaladait les grilles et les murs, on grimpait sur les arbres ; on se débattait pour élire domicile sur un misérable mètre carré en s'enveloppant d'une couverture élimée pour attendre l'office ; on se déplaçait en famille, baluchon sur la tête, les enfants tenant un coin du sari de la mère, et la mère s'agrippant à un pan du vêtement de son époux ; on venait en délégation représenter son village, sa tribu, sa caste, chacun entonnant le chant dédié à sa divinité d'élection, le bhâjan , accompagné du tambourin et de la flûte ; en toile d'arrière fond on entendait même le sitar, le shanai , les tablas et la vina, instruments nobles ; superposition de rythmes insolites, de mélopées et de chants syncopés, mosaïque de motets et d'oratorios dont le contrepoint aléatoire et spontané évoquait les nostalgiques negro-spirituals du pays de l'Oncle Tom.

        Au bord de l'eau, combien ne voyait-on pas d'indiens torse nu pratiquant leurs dévotionnelles ablutions, ou recueillant dans leur Iota et leur gatha , pots en cuivre et en terre, un échantillon de ce fluide lustral et incorruptible dont Mark Twain écrivait en riant à demi qu'il était si pollué que même les microbes ne pouvaient y survivre.

        On barbottait, on se douchait, on s'aspergeait mutuellement, on s'immergeait et on buvait avec joie et délectation l'étonnante mixture de Jouvence, savant dosage de cadavres en putréfaction, de zinc, de plomb, de chrome, d'arsenic et de mercure rejetés par les usines environnantes et de substances organiques délestées par les trois cents éléphants qui se baignaient en amont, deux ou trois méandres plus haut, avec la bénédiction des cornacs qui leur frottaient les flancs avec des brosses en poil de sanglier râpeux.

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