L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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        Une allumette craqua. Une tête au teint blaffard que le vacillement de la flamme jaune rendait fantômatique apparut soudain. L'homme regardait fixement de ses yeux de braise les deux nouveaux arrivants sans piper mot. Sa barbe était fournie et il portait la robe orange des sannyasins. il était assis dans une posture hiératique pleine de dignité sur un tapis composé d'un mélange spécial d'herbes sacrées darbha et kusha. Le sol était jonché de guirlandes de fleurs bakulas qui éloignent les démons.

        L'ascète alluma le foyer devant lui avec une parcimonie de mouvements qui témoignait d'une grande habitude. Toujours sans parler, il invita d'un geste bref de la tête Léa et Enfoyrus à s'approcher et à s'asseoir. Léa poussa un long soupir de soulagement : manifestement c'était un saint homme et non un mage noir. Son visage émacié était sans âge. il pouvait avoir soixante ans comme cent trente. Qui pouvait le dire ? Le savait-il lui-même ? Sa longue chevelure était enroulée en chignon comme Shiva, considéré comme le premier des yoguis. Les cheveux, dit l'antique Tradition, vitalisent les fonctions du cerveau dans les zones correspondantes de leur implantation. Une strophe du Rig Veda nous en dit assez long à ce sujet:

"Le chevelu porte le feu, le chevelu porte le fluide,

Le chevelu porte les mondes.

Le chevelu porte tout ce qu'on voit de ciel,

Le chevelu s'appelle lumière."


        Ainsi le chignon permet de focaliser les énergies au niveau de la fontanelle éthérique, le lotus sahasrara aux mille pétales, porte de sortie de la conscience lors de la mort ou du samadhi, la fameuse transe yoguique.

        Nos deux amis s'assirent en tailleur, cachant ainsi la plante des pieds à l'indien, afin d'éviter de l'offenser. Ils lui offrirent des galettes et quelques poignées de fruits sec qu'il refusa poliment en matérialisant sous leurs yeux émerveillés deux superbes oranges qu'il leur offrit à son tour en souriant. Le renonçant contempla leur physionomie durant dix bonnes minutes. Son regard était d'une telle acuité qu'il était impossible qu'un seul détail lui échappât. Il vous transperçait, il vous mettait à nu. Nul mensonge ne pouvait induire en erreur un tel être.

        Il parla enfin, s'adressant à Enfoyrus :

        --Ce que tu cherches, ami, n'est pas sur la terre que tu foules des pieds. Seul ton coeur t'éclairera.

        --Je n'y vois goutte pour l'instant, Maître.

        --C'est que tu ne te tournes pas du bon côté.

        --Mais où dois-je diriger mes pas ?

        --À la jonction de trois fleuves sacrés va poursuivre ta quête.

        --Qu'est-ce à dire, Maître ?

        --Ton coeur t'indiquera la suite.

        --Comment ?

      Pendant qu'il parlait, l'ascète avait vu le talisman qu'Enfoyrus portait au cou, et, pointant l'index sur celui-ci :

        --Anahata chakra

        --Ana quoi ? 

        --Anahata. Un jour, toi aussi tu entendras le son intérieur, le divin Nada

        -- Le son ? Quel son ? 

        --Qu'importe, le son. Lorsque tu l'entendras tu le reconnaîtras. C'est comme la voix du grillon. Alors, sans hésiter, fond-toi en lui comme si tu étais le son, car en vérité tu es Cela, la vibration de ton âme.

        --Je ne comprends pas, Maître. Enseignez-moi davantage.

        --Ton jour viendra. Mais, putain de con, il va falloir que tu t'y mettes, ça ne se fera pas tout seul !         
        --Plaît-il ?

        --La force des mots, tu vois. Si cela pouvait aider les hommes à se spiritualiser plus vite et à les éveiller de leur torpeur, tu peux me croire que ton Christ ne se serait pas gèné pour enseigner la Parole en argot et à coups de pied au cul. L'Esprit passe la Lettre. Moins de simagrées, plus de travail ! Les mièvreries des prétendus spiritualistes aux discours pédants pétris de conformisme lénifiant qui écrivent sur nous des livres nous présentant comme de séniles vieillards en compagnie desquels on se fait chier comme des rats crevés commencent à nous fatiguer : l'Esprit est chose vivante. Tu as compris vieux couillon ? Je parle ta langue afin d'être mieux compris de toi. Et toi, ma fille, assiste-le de ta science, mais plus encore de ton amour. Car la vérité réside dans le coeur, non dans la tête. Méfie-toi de l'orgueil intellectuel : ton mental ne t'autorisera jamais à atteindre les sommets ; car ne contenant pas les forces nécessaires à son dépassement, il ne te permettrait pas de te hisser sur un plan ontologique plus achevé.

        --Ne pensez-vous pas, Maître...

        --Ne m'appelez plus "Maître" , je ne suis que votre frère aîné. Je ne pense rien et j'ai bien assez dit ! Je me tairai jusqu'à l'année prochaine. Maintenant il ne pleut plus : partez. Mon frère, ma soeur, que la paix bovine soit avec vous.

        ll rôta, se cura le nez, et leur indiqua la sortie.


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