L'Inde Dévoilée, roman en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Chap1  Ch2  Ch3  Ch4  Ch5  Ch6  Ch7

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

        On aperçut enfin une petite anfractuosité d'où jaillissait l'eau de la source : c'était le Gaumukh. Le "Museau de la Vache", minuscule orifice que le tassement des glaces avait amenuisé au cours du temps, n'avait, à première vue, rien d'extraordinaire. En guise de glacier bleuté, on voyait une masse informe gris-marron d'une saleté repoussante que trois mille paires de semelles avaient charrié depuis les plaines. Seul, insondable, inaccessible, d'une absolue blancheur, le Shiviling altier culminait dans l'azur comme un sphinx incompris ; seul, nimbé de nuages laiteux assortis à l'albâtre des cimes, il trônait victorieux depuis son Panthéon, rachetant par sa gloire la vanité des choses qui rampaient à ses pieds. 

        --Décevant, le museau, dit Enfoyrus. Le Shiviling, je dis pas. Mais le museau... Dire que je me suis esquinté les orteils pour voir "ça" ! Quant à mes poumons, je crachote comme un vrai phtysique. Manque d'oxygène. 

        --Oui, mais n'oublie pas ce que nous sommes venus chercher. 

        --Et alors ? Tu crois que nous allons avoir spontanément la parfaite vision du Chintamani ? Tu crois au Père Noël. Sandieu, les clés ! jura Enfoyrus en farfouillant nerveusement la poche de sa nouvelle veste : on me les a encore escanées ! 

        --Escanées ? Comment ça ? Es-tu sûr de ne les avoir pas plutôt semées lorsque nous cassions la croûte en forêt ? Tu es d'une telle négligence que je n'en serais pas surprise. 

        --Non, sûr et certain. Maintenant je me souviens : une espèce de tabozzi aux doigts crochus qui boitouillait comme un faux mendigot m'a serré d'un peu près dans un tournant pierreux. Je m'en rappelle parce que son odeur m'est parue familière, sur le moment. Mais à cause de la dureté du raidillon qui me faisait cracher du moût de chat, je n'y ai plus pensé.

        --Et tu ne l'as pas reconnu ?

        --Et non. Comment veux-tu ? Je ne l'ai vu que de dos trois petites secondes. Après quoi je moulinais des pataugasses les yeux rivés sur le sol pour éviter de me claquer le beignet dans les racines qui dépassaient. D'ailleurs il y a un pauvre petit clochard tout maigroulet qui ressemble à Gandhi et qui s'est envoyé en l'air le cul dans les chardons, tout ça parce qu'il bayait aux corneilles en sifflotant, même qu'il a foutu sa canne en travers en dévissant et qu'il a failli embrocher une espèce de grand fakir à l'oreille percée. Alors, tu parles si j'ai eu le temps de voir l'autre !

        --Remarque, il sera bien obligé de nous croiser en redescendant. Là-haut c'est un vrai cul de sac. À moins d'être vraiment équipé pour. 

        --Je me méfie des saddhus, moi. On ne sait jamais de quoi ils sont capables. Regarde-le, celui-là, là-bas, assis en lotus sur la corniche, à côté de la cascade. Je me demande bien comment il a pu accéder à ce replat sans se rompre les os. Il n'a pas d'hélicoptère, lui. À moins d'un tapis volant, je ne vois pas... Sans compter qu'il est à moitié à poil et que là où il est, juste sous le glacier, on doit se les peler !

        --Pas lui. Il doit faire du pranayama

        -- Prana quoi? 

        --Pranayama. C'est un exercice respiratoire qui consiste à libérer ton énergie intracellulaire en retenant ton souffle poumons pleins le plus longtemps possible. Il paraît que ça réchauffe le corps, mais que c'est très dangereux si tu ne maîtrises pas la technique, et si tu ne sais pas où et comment diriger ton influx vital.

        --Comme le doumo des tibétains, quoi. Oui, et bien moi, je préfère le chauffage central. C'est beaucoup moins compliqué : je ne risque pas de me claquer les alvéoles. 

        --Mais es-tu bête ! Crois-tu vraiment qu'ils s'isolent comme ils le font dans l'unique but d'obtenir des pouvoirs dont la technologie moderne les dispenserait aisément ? 

        --La technologie moderne, faut-il encore pouvoir se la payer. Et puis tu sais, quand on travaille du carafon c'est pour la vie. 

        --Pour certains d'entre eux, je ne dis pas. Mais tout authentique yogui te dira que sa seule motivation est la réalisation du divin au plus intime de son individualité. Tout le reste n'est qu'artifice et illusion. Les pouvoirs yoguiques ne sont que des épiphénomènes s'ajoutant à la longue liste des tentations et dont le pratiquant se passerait bien : ils indiquent seulement qu'un certain travail a été accompli, et que des modifications énergétiques accompagnent la métamorphose de sa structure psycho-physiologique.

"Le Yoga consiste à suspendre l'activité psychique et mentale

C'est alors que le Voyant, le Soi, réside en sa propre nature"

écrivait Patanjali voici deux mille ans.Autrement dit, pour que se révèle à toi la réalité fondamentale de l'Être , tu dois te défaire de tous tes conditionnements, schémas et habitudes. Selon les méthodes employées pour obtenir ce résultat commun, il est différents yogas qui dépendent du tempérament de chacun et de son degré d'évolution propre, ainsi que de son entendement. Les yogas comme les religions représentent les divers versants d'une même montagne aboutissant à un sommet unique, mais selon des déclivités distinctes plus ou moins accidentées et plus ou moins pentues. Yoga signifie "union", religion vient du latin "religare" qui veut dire relier. Tu saisis le rapport ? 

        -- Fort bien. Mais de qui tu tiens tout ça, toi ? 

        -- De Bagouananda. 

        --II doit t'en dire, des choses, avec un nom pareil !

retour - 27/61 - suite 

http://apothicaire.fr


Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure


Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!


.