L'Inde Dévoilée, roman en ligne
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de l'auteur ------------------Début
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Et ils pénétrèrent dans le pronaos du temple, c'est-à-dire la salle d'introduction. L'atmosphère était lugubre et le lourd silence joint à la pénombre sépulcrale y contribuaient pesamment. Enfoyrus alluma la lampe torche qu'il avait sorti de son sac en homme prévoyant. On pouvait maintenant apercevoir les bas reliefs des murs. On voyait représentée Kali dansant nue et noire, bardée de crânes et d'ossements, piétinant des cadavres mutilés, sabre à la main, et tirant une hideuse langue rouge suggérant le sang. De proche en proche étaient sculptés une myriade de couples enlacés se livrant à une véritable orgie sensuelle dans toutes les positions dignes de figurer en bonne place dans le fameux traité érotique du Kama-Sutra.
--Ben, c'étaient de sacrés cochons, ces hindous ! dit Enfoyrus. Mais je n'aime pas beaucoup cette façon qu'ils avaient d'associer l'amour à la mort. L'amore, non la mort. J'en ai la chair de poule.
--Mais non, gros bêta, ce n'est pas ce que tu crois, répondit en souriant Léa. Certes, il est exact que la secte des Thugs, au début du siècle dernier, pratiquait le sacrifice humain mêlé à de répugnantes bacchanales, mais ceux-ci ne représentent qu'une forme dévoyée d'un culte beaucoup plus noble qui tire ses origines dans le Tantrisme indo-tibétain. "Kali est la personnification de la puissance cosmique, la Shakti , Elle est "celle qui dévore le temps" et absorbe dans sa sempiternelle danse le devenir dérisoire de l'homme, piétinant ses illusions et ses croyances, écrasant les espérances infantiles de l'être immature.
"Il est nécessaire de dépasser le stade de son apparente noirceur qui n'est là que pour faire fuir les ignorants, les profanes et les pleutres des saintes marches de l'initiation. N'oublie pas qu'à l'époque peu de gens savaient lire, aussi on usait d'images suggestives. Elle représente aussi celle qui dissout l'ignorance, et comme telle, c'est l'un des innombrables visages de la contrepartie féminine de Shiva : "Toutes les couleurs disparaissent dans le noir, de la même façon, tous les noms et toutes les formes disparaissent en elle" dit le Mahanirvana Tantra.
"C'est pour cela que Kali est toujours peinte en noir. Elle a aussi un aspect lumineux. Les hindous la vénèrent alors sous la forme de la déesse Dourga ou Parvathi. Mais Kali est plus ésotérique. Elle nous invite à plonger dans l'obscurité de nos propres profondeurs pour trouver la lumière. La mort, comme toujours, masque l'immortalité. Couards, abstenez-vous, vous n'êtes pas de taille !
--Merci, chère Kali , de dissiper mes dinosauriaques ténèbres ! Mais les partouzards, qu'est-ce qu'ils font là-dedans ?
--Que tu es nigaud ! Pire qu'un gosse. Non, mon amour. Ce ne sont pas les habitués d'une maison de tolérance, même si certains ont repris à leur compte cette imagerie ambigüe. Tout cela n'est que la représentation de la grande loi de Polarité Universelle. L'idée qu'à chaque énergie correspond une énergie de signe opposé qui est son exact complément ontologique.
"Aussi les tantriques qui étaient très observateurs considéraient que si Dieu était parfait et complet, il incluait forcément ces deux aspects en son propre sein tout en les dépassant dans un troisième.
"C'est
pourquoi Dieu est toujours perçu et conçu comme
quelque
chose de nature androgynique demeurant en un tout
indifférencié.
Qu'il se mette à méditer sur son ambivalence, et
aussitôt, c'est la séparation des deux
polarités
et la Création s'amorce : c'est la Chute originelle, celle
qui
conditionne par son
implacable
logique de pendule oscillant tout le drame de l'illusion de la
Créature qui se perçoit comme
séparée du
Créateur, comme si elle était amputée
et
projetée en dehors de l'Être --point immobile du
Pendule, véritable divorce cosmique qui pourtant rend
possible
la ronde des étoiles et le jeu amoureux. "Bref, c'est
l'existence, qui n'est qu'illusion d'exister alors qu'en
réalité
on n'a pas cessé d'être mais qu'on l'a
oublié.
Réintégrer le sein de Dieu, disent les religions,
c'est
se souvenir à nouveau.
"Tu vois, mon chéri, tout ceci dépasse de loin nos triviales petites histoires de fesses, même si elles demeurent pour nous la meilleure illustration que l'on en puisse donner. Aussi, rien d'étonnant qu'y soit célée une parcelle de la vérité divine : c'est cette nostalgie de l'état d'avant la Chute qui nous pousse, encore, encore et toujours à rechercher dans l'autre moitié la polarité complémentaire qui nous rendra semblable à Dieu ; confuse et inconsciente recherche des vergers de l'Éden, expérience de l'Illimité au travers de nos limitations : c'est l'Unio Mystica, quoi.
--Ben, pas mal. Comme ça, chaque fois que je te peloterai dans mon lit --ou le tien-- j'aurai un peu l'impression d'aller à la Messe accomplir mon devoir de chrétien. Tout le contraire de Rabelais qui disait qu'une femme folle à la Messe était molle à la fesse !
--Seulement quand tu me fairas bien l'amour, mon lapin. Autrement ça serait un blasphème... ou de la magie noire, plaisanta Léa, sans se rendre compte de la véritable portée de ses paroles.
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