L'Inde Dévoilée, roman en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Chap1  Ch2  Ch3  Ch4  Ch5  Ch6  Ch7

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

Le sommeil fut long à venir, car le moindre frémissement de feuilles, le moindre craquement du bois de la hutte suffisaient à le mettre sur son quant-à-soi. Enfin la fatigue eut le dessus.

Notre ami dormait depuis peut-être une heure, lorsqu'une ombre se faufila avec mille précautions dans la hutte. Elle s'avança massive, balourde, à tâtons, vers le sac d'Enfoyrus , et le fouilla méthodiquement; elle chercha, elle chercha encore, mais ses investigations ne semblèrent pas aboutir. Il y eut un bruit de toile déchirée. Il y eut un grognement.

        --Sultan, brave, Sultan, couché, Sultan ! Sultan ? Sultan ? Quoi ?

Eh oui ! Dans sa demi-torpeur, le détective avait caressé un ours des montagnes en manque de miel que les premières morsures des frimas n'avaient pas convaincu d'hiberner à l'instar de ses semblables, et qu'il avait pris pour son chien Sultan confié à son voisin avant le voyage.

Enfoyrus se redressa brusquement comme le Ro-Lang de tantôt et tira un coup de révolver à côté de l'ours affolé qui s'enfuit sans demander son reste avec la célérité supranormale d'un loung-gom-pa, coureur magique des Himalayas. On ne sait pas cette nuit-là, lequel des deux eut le plus peur de l'autre.

        Le jour suivant fut plus clément, encore qu'il fallut se résoudre à abandonner la tente que l'ours avait trouvé dans son sac et déchiqueté de part en part, ce qui la rendait définitivement inutilisable. C'était du poids en moins, mais en contrepartie, cela obligeait Enfoyrus à hâter le pas afin de trouver un autre refuge dans quelque hypothétique grotte naturelle surplombant la forêt qu'il quitterait bientôt. Car il n'était pas un seul instant question de bivouaquer à la belle étoile. C'était par trop inhumain, par trop insoutenable.

        Vers mîdi, Enfoyrus déboucha sur ce qui, en été, constituait la verte zone des alpages. Il vit enfin le ciel, et la terre à perte de vue. II avait quitté le domaine des démons pour pénétrer dans celui des déités. II marchait dans un grand désert blanc qui déployait, magnifique, l'infinitude de son néant, aussi loin que portait le regard scrutateur, eût-il l'acuité du perçant oeil aquilin. Plus loin encore, beaucoup plus loin. Car après les montagnes les vallées, après les vallées à nouveau les montagnes ; et ça continuait ainsi des milles et des milles de milles, avant de rejoindre la civilisation et la folie du mammifère rationnel.

        Face à ce spectacle, tout homme digne de ce nom prend conscience de son inanité et de sa petitesse: "vanitas vanitatum , et omnia vanitas". Telle est là sa seule grandeur. Goulou , goulou , goulou ! Tu dérailles, Enfoyrus , tu gamberges trop, tu rumines, tu répètes indéfiniment les mêmes idioties, à l'image de ton pas qui, incessamment, se reproduit et se singe lui-même. Tu es un bipède. Deux pieds. Tu es condamné à raisonner binaire. Si tu en avais trois, tu serais transcendant. Tu serais incompris car tu serais boiteux. Être boiteux, mon Dieu, mon Dieu ! Fi-donc ! Pourtant, avec trois pieds, tu serais comme Lui. Et tu pourrais botter deux culs en même temps, quel prodige, pendant que tu t'enfuirais avec le troisième à cloche-pieds en contemplant ton oeuvre. La Sainte Trinité des coups de pieds au cul. Fallait y penser. Profond.

        Et Enfoyrus marcha, marcha, encore et encore. Il passa près d'un lac, salua l'ondine qui le gardait; il longea un torrent, parvint à sa source et fit la révérence à la vouïvre qui y vivait, et qui portait au front une belle escarboucle rouge ; il conversa avec une licorne, trois lutins, deux sylphides, et six loups-garous qui lui indiquèrent les meilleurs raccourcis pour atteindre la grotte tant souhaitée .

Puis soudain il vit un point, puis le point se fit tache, puis la tache devint grotte ; devant la grotte l'écharpe jaune ; dedans, l'homme au manteau mité étendu roide mort ; dans le coeur de l'homme au manteau mité, un pourba mystérieux sauvagement planté ; dans la poche du manteau mité la clé ; au fond de la grotte un coffre ; dans le coffre qu'ouvrait la clé, un parchemin roulé d'un âge vénérable, ainsi qu'une autre clé semblable à la première; et sur le parchemin une étrange sentence :

"Ceux qui parlent ne savent, ce qui savent ne parlent

Sept mille ans de passés, sept humains trépassés. "

        --Fichtre ! s'exclama Enfoyrus , je n'aime pas la tournure que prennent les événements, et encore moins qu'on se foute de moi. C'est une plaisanterie, ou quoi ?

retour - 14/61 - suite 


http://apothicaire.fr


Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure


Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!


.