L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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CHAPITRE TROISIÈME

Sur les traces du fugitif





     Le lendemain Enfoyrus se lança au plus tôt sur les traces du fugitif à l'écharpe jaune et au manteau mité. On se dota donc du matériel qu'exigeait une telle équipée. Sac à dos, tente, vêtements chauds --et provisions de bouche. On n'oublia pas l'indispensable Browning, en prévision d'un éventuel coup dur.

Il partit en vieux loup solitaire à l'encontre de toutes les règles de sécurité, tel le pélerin de l'âme qui poursuit son destin, cherchant au bout du Monde ce qu'il renferme en lui. Mais l'essentiel n'est-il pas de chercher ? Vivre l'aventure jusqu'au bout de soi-même, le grand frisson. Perpétuelle quête du Graal à l'assaut de ses propres sommets : cent mille chemins pour une issue commune.

Enfoyrus se dirigea vers la fameuse passe de Chandragiri, passage obligé pour le Mont Tong La , car c'est là qu'il avait vu l'homme s'acheminer par le hublot, dans la neige blanche, blanche comme les dents de la belle Chou-Li.

Il gravit la journée durant une pente boisée le long d'un sinueux sentier au tracé incertain. Aussi fallait-il prendre garde de n'en point s'écarter, ce qui , plus d'une fois, faillit arriver à notre ami. On suivait, pas à pas, le mince fil d'Ariane qui seul le guiderait dans ce labyrinthe végétal que hantait le danger. Car il était bien là , le danger ; invisible mais omniprésent, on le sentait rôder derrière soi souffler sur ses épaules, prêt à bondir au moindre soupçon de panique, comme souvent le font les fauves excités par la peur de leur proie, poussés par un aveugle instinct atavique.

        Il fallait se méfier de tout, surtout le soir tombant, car tout semblait hostile : à chaque détour une goule pouvait fondre sur vous et vous sucer le sang ; le génie des fourrés accrochait vos habits avec malice malgré la bienveillance des Kandhomas (fées) qui le réprimandaient ; à tout instant vous pouviez vous faire dérober les cinq souffles vitaux par les démons Toulpas ou les Singdongmas , diablesses à la face de lion ; derrière chaque arbre pouvait surgir un Ro-lang (mort qui se lève) qui danserait sa danse macabre au son du Kangling (trompette en fémur humain) , scandée par le tambourin damarou , jusqu'à ce que, les cheveux dressés sur la tête et les sueurs froides, vous mouriez d'épouvante ; et si le Ro-Lang ne vous avait pas encore massacré, le pourba , poignard magique qui se meut de lui-même, s'enfoncerait entre vos omoplates, et achèverait la besogne tandis que l'autre vous gratifierait de son plus horrible rictus. Que pouvait un misérable Browning contre ces êtres ?

Aussi, Enfoyrus qui sentait l'angoisse le gagner, se surprit-il à psalmodier entre ses dents le célèbre mantra protecteur "aum mani padmé hum", tout en regrettant de ne point posséder le pouvoir des réspas, mystiques tantriques experts de la respiration toumo qui réchauffe le corps et sèche même les draps mouillés et gelés dont on l'enveloppe, car il commençait à grelotter de froid en dépit de la peau de Garrigou.

        " Imbécile, se disait-il, voilà que tu te comportes comme une femmelette. Pourtant tu es un homme raisonnable, et tu en as vu d'autres : tous ces vampires tibétains ne sont rien, comparés à cet infâme Recteur d'Ocland au facies de Frankestein. Hi , hi , hi ! Oui, mais, dans ces contrées abandonnées de Dieu, se contredisait-il, je suis le seul à croire en la raison : les démons n'y croient pas, eux ! Comme Frankie n'y croit pas non plus, par conséquent il est l'un d'entre eux. Frankie est donc un vampire tibétain, et il est ici. CQFD. Frankie, Frankie, je t'invoque ô Frankie. Hi , hi , hi ! "

        Et il riait tout seul pour se donner une contenance et conjurer cette peur tenace qui le prenait lentement mais sûrement aux tripes, et plus il riait, plus il avait peur, et plus il avait peur, plus il avait peur d'avoir peur. II avisa enfin une modeste hutte abandonnée dans laquelle il résolut de s'abriter pour la nuit. Cela lui calma les nerfs pour un moment. La perspective d'un repos bien mérité vous fait oublier bien des choses.

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