L'Inde Dévoilée, roman en ligne

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            Et les deux amis se séparèrent. 

          Garrigou, Enfoyrus l'avait bien connu. Il se souvenait avec tendresse de ces moments d'enfance, coins de Paradis perdu où ils vagabondaient ensemble dans la campagne de sa Provence natale. C'était le thym, le romarin et la lavande ; les cigales, le mistral, les abeilles, l'huile d'olive et la fougasse au beurre ; c'était l'école buissonnière dans toute sa splendeur, les pique-culs sur la chaise du maître d'école, les nattes qu'on tirait à la fille assise juste devant ; les poules qu'on allait faucher en se faisant passer pour des boumians et qu'on allait plumer un peu plus haut dans les pinèdes ensoleillées, comme ça, pour le plaisir de faire quelque chose d'interdit. Et mille autres détails qui lui revenaient comme de délicieuses coulées de miel chaud et parfumé dans le fond de sa gargalette, le miel des ruches du bon Père Baptistin surtout, et que ça lui passait du baume au coeur.


        Enfoyrus aurait rêvé encore longtemps de cette époque qu'il aurait voulu éternelle, si une brute épaisse aux traits simiesques ne l'avait rappelé brusquement à la triviale réalité présente en le bousculant et en gromelant un "hmmm" accompagné de tout un cortège de borborygmes, d'éructations et de pétarades aux senteurs de méthane. "L'oran-outan" , pensa le détective.

        --Toi venir. Toi être attendu au Dragon Bleu, chez Tsien Chao Ling, le Chinois.

        Et Enfoyrus d'emboiter le pas au géant. On traversa maintes venelles bourbeuses aux noms imprononçables, et l'on fit maint détour en se faufilant parmi la foule bigarrée. C'était jour de marché et les étals abondaient. Marchands de légumes, marchands d'étoffes venus du Kashmir , épices rares, encens, objets d'art, et le nécessaire, et le superflu, tout y était : on voyait bien que Katmandou figurait dans les dépliants touristiques depuis longue date. Car on venait partout d'Europe pour jouer à l'oriental : des blanches se pavanaient comme des dindes orgueilleuses dans de superbes saris oranges sous les yeux ébahis des autochtones qui se contentaient en général d'un pagne et d'un grand chiffon loqueteux en guise de chemise. On venait de fort loin jouer au grand seigneur, à l'homme généreux, en donnant l'aumone aux pauvres, tout en continuant d'ignorer ceux qui crèvent de faim devant sa porte ou dans les bouches de métro, comme s'il existait une hiérarchie des pauvres. On trouvait aux échoppes ambulantes du coin un charme qu'elles n'avaient pas ailleurs. Pourtant, un seul coup de pied aurait suffi pour les flanquer par terre. On pouvait en bon voyeur jouir du spectacle, et se dire qu'en France on n'avait pas le droit de se plaindre quand on avait vu "ça", et faire la morale aux chômeurs et aux Jean-foutres, tout en continuant à vivre chichement de ses rentes personnelles. Que voulez-vous, braves gens, ce sont-là jeux de princes !

        --Ça, Dragon Bleu, grogna l'oran-outan.

        C'était une coquette maison de particulier, une sorte de "villa" , ce qui ne laissait pas de surprendre quand on connaissait le reste de l'architecture locale. Tsien Chao Ling était un ancien réfugié chinois d'avant la révolution culturelle, aussi n'avait-il rien de commun avec ceux qui terrorisaient le Tibet voisin. C'est ce qui expliquait qu'on lui témoignait, malgré ses origines, un respect digne des plus grands héros, aussi bien du côté des Nevari, des Gurkha que des Sherpa. Car pour résister à Mao, il fallait vraiment avoir de l'estomac : on était avec lui ou contre lui , pas de demi-mesure.

        En fait, la vraie raison qui l'avait conduit au Népal était purement commerciale. Il ne fallait pas être grand clerc, en effet, lorsque les premiers troubles éclatèrent à Pékin, pour comprendre que c'en était fini de la prospérité économique et que mieux valait exercer son négoce sous des cieux plus cléments. C'est ce qu'il fit : il plia boutique avec sa femme et ses sept filles, traversa la montagne, et rouvrit à Katmandou.

        Le textile est toujours le textile. Il avait déjà les fileuses, les métiers à tisser, les autres avaient la matière première, mais pas la main du tisserand : tout le monde y trouva son compte. Et madame Alexandra David Néel apporterait sur son sillage bien assez de snobs en mal d'exotisme, et de sensationnalisme pour grossir sa clientèle et étendre sa renommée. En quelques années, Tsien Chao Ling était par conséquent devenu le plus grand notable de la ville et l'on avait pris l'habitude de le consulter pour toute affaire importante, et de tenir réunion dans son salon privé qu'il prêtait à cet effet quand il ne le louait pas en bon commerçant.

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