Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne

Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure
Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site

Acheter l'Intégrale en PDF

Vos commentaires sur ma page MySpace

        Or donc le cousin breton de Léonard le fixait d'un air au moins aussi mauvais que celui qui émanait de sa toison, et Gauvain lui aurait probablement fait un sort --vu le peu de sympathie qu'il portait à l'engeance, si l'Ogre-des-Bois Bouffetous, qui justement habitait les parages, plus affamé qu'à l'accoutumée, ne l'avait devancé en l'assommant brutalement d'un coup de poing (le bouc, pas Gauvain), et ne l'avait invité à sa table pour partager avec lui le repas du soir. Cet ogre-là semblait plus idiot que méchant, et Gauvain, qui n'avait rien avalé depuis mâtines jusques à vêpres n'eut pas le courage de décliner la gracieuse offre du sauvage. Et peu lui importait qu'il ne fût pas gentilhomme comme lui.


        Car Bouffetous était une espèce de cyclope éclopé de trois mètres de haut, loqueteux, hirsute et crasseux, dont la barbe était plus emmêlée que celle du géant Polyphème. Il n'avait apparemment jamais vu peigne ni savon de sa vie, si ce n'est chez Gargantua, un ami d'enfance plus fortuné que lui avecque lequel il se gabelait et se rigolait volontiers, surtout à passer en revue sa collection de petits torche-culs, mais dont le maistre Thubal Holopherne --théologien qui fut premier de sa licence à Paris et qui voulait en faire un parfait pédant de collège-- écarta tout commerce avec l'Ogre, vu l'effet désastreux qu'il produisait sur l'éducation de son petit géant d'escholier. Mais enfin quoi ? C'était gîte et couvert assurés pour l'heure, et un soldat battant campagne est assez habitué aux moeurs rustiques et aux rudes manières. Toutefois Gauvain ne tarda pas à regretter son choix, car lorsqu'il vit que le bouc ne constituait que le hors-d'oeuvre des conviviales agapes --en dépit que l'autre se mouchait avec ses doigts, rôtait et barytonait du cul à tire-larigot, très vite il comprit de quoi serait composé le plat suivant.

        Aussi, comme il se levait de table et se dirigeait vers la porte pour prendre prestement congé sans plus de manières et de civilités, l'Ogre qui avait tout prévu --vu qu'on la lui avait faite plus d'une fois-- l'y attendait déjà, et Gauvain, ne se sentant pas de taille à lutter avec un géant aussi monstrueux, lui envoya un grand coup de pied aux génitoires --m'en pardonnent les damoiselles-- et partit en courant à travers bois, poursuivi par Bouffetous tout pétri de douleur et de cholère, lequel ne le laschoit plus et couroit comme un vieux satyre empressé par son affaire malgré ses quelques sept cents ans. Il ne pensoit qu'à l'escrabouiller contre le rocher qui lui barroit à présent le passage.

        Ce qu'il eust réussi, si Gauvain, qui s'estoit baissé, n'avoit esquivé le coup. Et maintenant le géant, qui s'estoit fracassé la main sur la pierre, estimant l'homme trop rusé pour lui et bien trop dangereux en dépit de sa chétive apparence, s'en retournoit tout honteux et humilié vers les lieux d'où il estoit venu, tout en maugréant et gromelant dans sa barbe d'ogre ( "Grrrmmll , grrrmmll ! Ougrrr !" ), et se disant à part soi, que pour ce soir, il se contenteroit de croquer deux ou trois korrigans bien dodus, quand bien mesme c'eust été le redoutable Othon soi-mesme.

        Ouf ! Gauvain l'avait échappé belle ! Mais quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu'il vit que Bouffetous avait ouvert une brèche béante dans la roche en s'y brisant la main. Intrigué, il pénétra dans le passage qui allait s'élargissant au fur et à mesure qu'il avançait lequel le conduisit à un escalier dont le bas débouchait sur l'entrée d'une Grotte Souterraine dont il reconnut le Lac Intérieur, et surtout l'Ondine qui en sortit et qui n'était autre que la Fée-des-Sept- Désirs dont il avait rêvé tantôt.

        Elle était encore plus belle que dans son rêve, et c'est pourquoi il se demandait s'il était vraiment éveillé. Puis la Fée lui fit présent d'une épée en lui souriant comme si elle le connaissait. C'était la fameuse épée Excalibur qui, d'après les dires de la naïade, avait le pouvoir de protéger et de rendre invincible celui qui en faisait usage, pour peu que ses intentions fussent nobles et pieuses.

        Arme redoutable dont il eut bientôt le loisir d'éprouver l'efficacité au sortir de la Grotte, car il se trouva nez-à-nez avec un impressionnant dragon qui vomissait un feu amplement suffisant pour alimenter en énergie tous les marmitons des enfers réunis. Le dragon fut neutralisé en un instant, comme par enchantement.

retour - 9/24 - suite


http://apothicaire.fr


Amuse-gueules - Toniques  - Purgatifs - Élixirs - Onguents - La Totale - Votre Cure


Mettez-nous en marque-page communautaire !

Digg it!Digg it! del.icio.us it!Del.icio.us it! Scoop it!Scoop it! Fuzz it!Fuzz it! Nuouz Ca!Nuouz Ca!

.