Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne
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Motivations de l'auteur ------------------Début du récit--------------------------------- Racine du site
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Mais redonnons la parole à Graphytis, car il va perdre patience.
"
--Tous corrompus, vous dis-je. Il n'en est pas un pour racheter
l'autre.
De
nos jours, si vous voulez faire le voyou, entrez dans la police. Si
vous voulez voler en toute impunité l'argent d'autrui,
faites-vous banquier et prêtez-en, on vous le remboursera
sept
fois. Si vous voulez vous placer au-dessus des lois, et dire ce que
bon vous semble, faites-vous parlementaire. Si vous voulez la
médaille du travail, les palmes académiques ou le
Pélican d'Honneur, demandez-les sur papier libre en trois
exemplaires, c'est gratuit. Si vous souhaitez maquereller les
tapineuses sans l'ombre d'une inquiétude, rien de plus
simple
: faites carrière dans les impôts. Truquer tous
les
procès ? : soyez garde des sceaux.
Assassiner tout à votre aise en pays étranger,
tenez
une ambassade. Prendre la place d'un ami très
méritant,
soyez fils de quelqu'un. Vous avez l'esprit salace ? entrez-donc dans
les Ordres, et enseignez la morale aux autres en faisant le contraire
: on vous canonisera. Vous aimez mentir ? qu'à cela ne
tienne,
soyez journaliste.
"Vous
avez beaucoup de choix et de diversité
dans les carrières du monde. Si malgré tout
ce que je vous ai conseillé d'entreprendre pour
réussir,
vous souhaitez vraiment crever de faim, subir maintes
persécutions
et être haï de ce bon peuple, c'est encore plus
simple.
Dites la vérité, soyez chaleureux,
honnête,
franc, et loyal : les résultats viendront sans tarder, n'en
doutez point Messire !
"Et, si vous tenez
à savoir le fond de
ma pensée : je fus moi-même envoyé sur
Terre pour
aider mes semblables et les tirer d'erreur et de mort, ainsi que les
sept filles logeant à l'Auberge. Comme vous le voyez, je
n'en
ai tiré qu'amertume et désillusion car j'ai
lamentablement échoué, et je
désespère de
découvrir avant quelques Éons la
Médecine Universelle
contre la sottise humaine et la méchanceté.
Aussi,
je vous en prie, de grâce, cessez votre quête dans
ces
contrées perdues, car ce que vous auriez de meilleur
à
donner de vous-même, les autres le refuseraient et s'en
gausseraient, foulant comme les pourceaux la perle des pieds. On ne
peut et ne doit modifier le destin d'un être, et on ne peut
lui
porter secours que s'il s'est d'abord secouru.
"Le vrai
problème
de l'homme ne réside pas tant dans la question de savoir si
Dieu lui pardonnera son aveuglement, mais plutôt dans celle
de
décider s'il se le pardonnera à lui. Les
questions se
posent ici-bas : changer de monde et de théâtre
n'a
jamais rendu plus clairvoyant, car on traîne avec soi partout
ses habitudes,
ad patres
compris.
Autrement, ça serait bien trop simple --"le cercueil et
rideau, j'ai fermé la fenêtre !" , et les
Êtres
de Lumière qui régissent l'Harmonie du Grand Tout
ne
sont pas tombés de la dernière pluie. . .
"Or donc, Messire Gauvain , partez de ce pas à l'Auberge y délivrer les Dames qui portent la Croix du sacrifice, ainsi que tous les artistes qui oeuvrent à révéler la beauté cachée du Monde, les faibles en esprit et les tout petits parce qu'ils sont simples et innocents comme au premier jour, et conduisez-les à Chrysoland : les autres ont besoin d'encore quelques tours de manège pour apprendre à comprendre, laissez-les. Enfin, passez ce qui vous reste de temps à vivre avec eux sans vous tracasser davantage, et soyez en Paix. En effet, à Chrysoland , lorsqu'on parle de Dieu, c'est toujours sur un tourniquet ou une balançoire ; on n'y connaît ni la guerre, ni l'inégalité, et la devise y est fais ce que tu voudras. Sous la voûte étoilée, comme le dit le philosophe, il est deux catégories d'hommes heureux : ceux qui connaissent tous les secrets du Monde, et ceux qui les ignorent tout à fait. Ainsi. "
Et Gauvain suivit les préceptes du Génie Graphytis --car vous vous doutez bien depuis le temps que c'était un Génie, vu que le médecin du roy prenait toutes les apparences qu'il voulait. Grand bien lui fit. Il vécut avec les sept fées, croqua les sept pommes avec chacune d'entre elles, et devint un dieu se nourrissant de miel , d'Ambroisie et de musique. Il faut, moralité, cultiver son jardin en compagnie des nains : cela vaut mieux que rien.
Les Adeptes qui me rapportèrent la légende dont je suis l'humble dépositaire, ne précisent pas si Merlin gagna son pari, ou si Mélusine le perdit, ni même si cette vieille morue à moustaches d'Arimagoth fut contente d'avoir raison, mais il me semble que dans cette sorte de jeu, ou tout le monde gagne, ou tout le monde perd. L'initiation véritable consiste en une partie de puzzle, et c'est à vous qu'il appartient de débrouiller l'énigme en assemblant les pièces. Quant à moi, cela fait belle lurette que j'y ai renoncé, car je n'ai pas compris un traître mot de ce qui me fut transmis. Et il est bien possible, après tout, qu'à force de mentir mon histoire soit vraie. Et s'il vous a fallu tout ce temps pour réaliser que j'étais complètement fou, c'est que vous l'êtes encore plus que moi !
© Joël Médina alias l'Apothicaire, 2006
http://apothicaire.fr
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