Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne

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        Et tous deux de partir. 


      En pénétrant à l'Auberge, ils croisèrent une espèce de ravi de la crèche en tenue de nuit, l'un de ceux qui vous rient au nez quand vous leur contez vos peines ; qui, conviés à quelque soirée mondaine chez la Marquise de *** --laquelle dépensait en trois heures de temps ce qu'elle avait dérobé d'esprit chez les autres en trois mois, après que celle-ci ait longuement disserté sur les qualités et les défauts d'un artiste très en vue, s'inquiétant enfin de leur docte avis, lui répondent en jouant du couvre-chef d'un "bonsoir ma petite fille" ; le même, que vous rencontrez à la messe en costume de bal masqué et parfumé comme une cocotte à cent francs ; lui toujours, qui se heurte le front à un réverbère, puis s'excuse avec confusion auprès de Monsieur auquel il offre gracieusement les commodités de son carosse en guise de réparation au préjudice causé ; le même qui persiste et qui signe, qui se mouche avec le chiffon de la bonne et urine dans les escaliers qu'elle vient tout juste de frotter, se croyant aux latrines ; lui encore, qui fait arrêter celui qui le reçoit civilement, l'ayant pris pour un voleur s'attaquant à ses biens, car cet idiot se croit partout chez lui : 

        " --N'auriez-vous pas vu la pantoufle de Monseigneur; par le plus grand des hasards ? 

        --Tenez, mon brave, dit-il, farfouillant distraitement dans la poche de sa robe de chambre, ce sont-là toutes les pantoufles que j'ai sur moi.


        Et il leur tend les dessous affriolants d'une célèbre chanteuse des Amériques au nom vaguement italien qu'il vient à l'instant de quitter, car le Génie du canapé l'avait mordu aux fesses, et lui avait fait danser le rigaudon avec la belle comme un beau petit faune toute la nuit.

        " --Alors, Messire Gauvain, dit Graphytis, quelle fut la cause réelle de votre agitation de tantôt ? Car n'allez pas me faire prendre des vessies pour des lanternes : ne me dites pas que c'est un nain qui vous a mis dans un tel état, je ne vous croirais pas. Non, non, non, ironisa Graphytis qui savait très bien de quoi il retournait. 

        --Mais si, je vous assure. Aussi incroyable que cela puisse être. " Et il lui conta en détails toute l'histoire que vous connaissez déjà. 

        " --Il est vrai cependant, poursuivit Gauvain, qu'une autre cause pourrait en être l'origine ; ce fut, en tout cas, la goutte qui fit déborder le vase. 

        --Ah ! Tiens, tiens, mais dites-moi donc cela, cher ami. 

        --Ce matin, je fus intrigué par l'intérêt fébrile que semblaient porter les citadins à une liasse de parchemins qu'ils s'arrachaient tous des mains. 

        --Aïe, je crains le pire, mais poursuivez.

        --J'en achetai moi-même un exemplaire à un jeune homme barbu au teint basané dissimulé sous les pans de son burnous, qui criait dans la rue à qui voulait l'entendre, que ces papiers informaient des actualités du royaume. J'en lisais la première page, lorsque je fus brutalement saisi d'une mauvaise colique accompagnée de violentes nausées. Et un voisin charitable qui riait de mes déboires à s'en rompre les côtes, m'expliqua qu'il ne fallait jamais rien accepter de la main d'un jésuite nigôdesaddaminusien. 

        --Hi, hi, hi ! Vous avez lu un journal jésuite ? Mais ne savez-vous donc pas que c'est un poison affreux, une très dangereuse médecine, et que, moi qui suis médecin depuis plus longtemps que vous n'êtes né, je n'en prescris à mes malades que dans les cas de vérole incurable ? Et encore, une seule page suffit. Heureusement, Messire, que vous n'avez pas tout lu , cela vous eût été fatal. Si j'étais vous, j'irais courir acheter certaine Gazette traitant à sa manière de la mode et de la vie sentimentale des célébrités du monde, cela vous laverait agréablement l'estomac et le cerveau, et, dans le pire des cas , cela ne vous intoxiquerait pas : vous vous endormiriez bien vite d'un sommeil réparateur dix fois préférable à l'ennui de le lire.

      " --Mais vous parliez des jésuites ? 

        --Ah, quant à eux, il faut que je vous en raconte une bien bonne. Figurez-vous qu'il y a de cela quelques lustres, Dieu voulut envoyer ici-bas en délégation et en observateur l'Ange Coulebiel, afin de renouveler le message de bonté de son fils auprès des hommes. Et bien, figurez-vous que l'infortuné émissaire atterrit dans un potager jésuite où il fut battu comme plâtre, et fessé jusqu'à l'écarlate de la main même de l'Abbé qui avait sa conception personnelle des amours fraternelles. 
        À tel point qu'il lâchait des bombes insecticides sur ses frères pour en déloger les mites, et les conviait fort aimablement en camp de vacances afin de les mieux aimer, leur procurant ainsi l'occasion de se refaire une mine en accomplissant de sains travaux champêtres, à la houe, au sillon et au soc ; ou bien de l'élevage en vue des abattoirs. Vous pensez bien que l'Ange ne se risqua plus dans telle entreprise insensée ! Il en fut quitte pour une tendre volée de bois vert. Et encore, dut-il remercier ! 
        Il faut dire que je me sens moi-même un peu coupable : je n'aurais jamais dû enseigner à un tel homme la respiration qui souffle le chaud et le froid (on prend l'air d'une narine et on le rejette par l'autre après l'avoir retenu un certain temps dans ses poumons, et réciproquement), car il a détourné cette connaissance pour en abuser et mésuser. Et encore, je ne vous parle pas de la fois où il dressa son peuple docile comme moutons de Panurge ; contre les royaumes voisins, sous prétexte que son chef avait dérapé sur les pètes du loup-garou dont j'ai parlé tantôt. 
      Mais motus. C'est là un terrible secret d'État qui sent l'huyle de roche et le champignon de feu, et je donnerais cher pour savoir à quelle nation appartient le soi-disant animal que personne ne vit jamais, fors Monseigneur.
"

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