Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne

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        Ainsi donc, la belle Sophia avait-elle été disgraciée et rétrogradée au rang de vulgaire catin publique, et fut-elle condamnée à officier dans l'Auberge de François, en compagnie de ses soeurs d'infortune Sandra, Malika, Sonia, Manuella, Christina, Maria et coetera subissant les caprices et la perversité de toute une clientèle de cochons bourgeois qui pensaient qu'argent et position sociale pouvaient tout permettre et tout acheter. Nous épargnerons les détails à la respectable assistance. Certes, bien que tout soit égal aux yeux du Sage, ni la Bête, ni l'Ange ne l'effrayant, nous ne nous ferons pas complice des fantasmagories du lecteur, qui peut tout aussi bien imaginer ce qu'il veut.

        Toujours est-il que les notables constituaient le plus gros de la clientèle, et que l'on pourrait facilement en deviner les titres, les charges, et les noms.

Sur le sofa bleu, le Député ***, sur le sofa rose le Ministre de ***, et sur le manège à chevaux de bois à bascule du lupanar, qui voit-on ? Mais n'est-ce pas ce bon Monseigneur l'Archevêque ? Mais que fait-il ? N'est-il pas en compagnie de cette pauvre Christina ? Mais si, mais si !

Et puisque nous en sommes à ce terme, il est bon de faire connaître au lecteur que l'Ange et la Bête ne sont pas toujours là où on croit.

        Ainsi existait-il sous la capitale du royaume --comme dans toute grande ville moderne et bien entretenue, tout un enchevêtrement de boyaux souterrains, égoûts , voirie et catacombes, qui tissaient une véritable toile d'araignée géante aux mailles resserrées protégeant sans parti pris tout un peuple de marginaux : clochards, brigands voleurs et assassins, extrémistes politiques des deux bords, opposants hérétiques à l'Église du Pape et à l'Inquisition, la Sainte Inquisition elle-même qui les y cherchait --car elle avait ses entrées partout, même à l'Assemblée Nationale ; des occultistes de tout crin, des juifs non convertis, des catholiques honnêtes, des cagots, des cathares, des alchimistes qui cachaient leurs poules aux oeufs d'or comme des gnomes aux ignorants, des prêtres d'obédience templière. Et tant d'autres martyrs qui en étaient réduits à tenir compagnie aux rongeurs et aux cloportes, tous égaux, tous frères devant l'abominable pestilence des exhalaisons des intestins de Léviathan alimentés par les gens propres, "ceux d'en haut".

Mais que l'on ne s'y trompe pas, ce monde sinistre, sombre et sordide, avait aussi un roi, Toutalégou.

        Il ressemblait à s'y méprendre à Graphytis, ce qui n'étonnera guère le lecteur lorsqu'il saura qu'il était son frère jumeau. Nombre d'histoires accréditent le fait que, fréquemment, lorsque deux frères sont physiquement identiques, ils diffèrent en tout dans leurs tempéraments. Si l'un est sage, l'autre est agité ; l'enfant modèle et le terrible garnement. Et pourtant, malgré leur disparité d'âmes, ce que l'un ressentait, l'autre en était vite averti par quelque signe intérieur. Mais le premier éprouvait et comprenait les choses parce qu'il le voulait, au lieu que le second ne le voulait pas, se mentait à lui-même, et donc à tout le monde, et il assassinait sept hommes par jour qui ne mouraient qu'une fois, quand lui mourait sept fois, car ce que l'on fait à autrui on est le premier à se le faire.

        Aussi ne pouvait-on jamais se fier à Toutalégou, et s'il vous guidait dans les humides catacombes, c'était pour mieux vous y perdre et vous tuer. Voyez ces ossements, et ces crânes empilés à la millénaire grimace ; voyez tous ces cadavres décharnés et dégueulasses pendus à des crochets, sentant l'infecte pourriture, privés de sépulture et laissés aux asticots, la vermine et les vers : combien vous diraient, si leurs bouches torturées, brûlées et broyées, pouvaient parler encore, ce que ce monstre a fait ? C'était un vautour; un démon, un tortionnaire, et pourtant il aimait sa famille comme nous.

        L'inacceptable, c'est qu'un être de cette sorte puisse avoir quelques sentiments comparables aux notres. Si le pur Malin existait incarné, cela serait trop simple, il serait moral de le tuer soi-même : mais tout est mélangé et tout est dans tout ; en eux, en vous, en moi. Tragédie. Paradoxe. Cela, un homme ne le peut juger ni résoudre. Le Mal est-il nécessaire ? La souffrance infligée par autrui a-t-elle un sens ? Pourquoi Jésus demanda-t-il à Judas de le vendre ? Et Dieu doit-il mourir pour prouver son immortalité ? L'Art lui-même est souffrance. Souffrir dans l'enfantement de l'Oeuvre. Pourquoi faut-il descendre, pour pouvoir s'élever ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi ?

        Or il y avait aussi dans ce dédale dégoûtant, les nochers de la voirie, les égoutiers. Ces pauvres malheureux étaient condamnés à ramasser les immondices que les gens d'en haut déversaient sur eux. Et ces hommes --car c'en était-- mouraient frappés de quelque mystérieuse maladie quand ce n'était la peste en habits noirs qui les fauchait de sa faux. Ils enterraient leurs morts la nuit, dans le secret. Et si vous saviez ce qu'ils découvraient sous les maisons de certains ! En particulier sous certaines institutions ! On pouvait d'ailleurs, rien qu'à l'état des lieux; et grâce à un ingénieux procédé, déterminer les quartiers visités. Ainsi on avait pris l'habitude d'apporter avec soi un rat en cage, qui servait d'indicateur coloré : si le rat était blanc, c'est qu'il n'y avait au-dessus qu'une place vide, ou au pire, un foyer de chômeurs dont la société ne voulait plus ; s'il était gris, c'était une taverne médiocrement fâmée ; s'il noircissait; on abordait les quartiers plus aisés. Le rat creva : "--Numéro 666 , c'est le Palais du Roy. L'Enfer finit ici, tout le monde remonte ! "

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