Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne

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        Et maints propos de semblable farine. Tout cela dans un cadre somptueux gracieusement offert par le contribuable, un palais de Maharadjah aux innombrables colonnades ciselées de sinueuses arabesques enlaçant une myriade de gemmes incrustées, cristaux à l'ineffable splendeur retenant captive toute la mémoire des univers réunis comme autant de poussières d'étoiles emprisonnant la lumière des temps originels jusqu'à l'ultime délivrance, lorsque viendra enfin cet être tant promis et tant attendu quî rendra leurs yeux aux consciences aveugles et congédiera Léviathan dans ses puants quartiers, le jour de la Grande Révélation. 

        Le lambris abondait dans les salles voûtées, et l'étoffe de soie chatoyante des tapisseries dont la pourpre n'avait d'égale que celle des flamboyants du parc domanial aux frais et riants bosquets en clair-obscur tamisé, semblait un gigantesque camaïeu mural que seules de grandes prétresses familières des Parques auraient pu ouvrager sans se fourvoyer dans le labyrinthique et délicat lacis des nuances. Le souffle de la brise caressait les terrasses suspendues et jouait sa mélodie veloutée de flûte traversière en sifflant dans les corridors par les ouvertures des fenêtres tel que le fit Krishna dans son pipeau à sept trous au commencement du monde ; et semblait en accord avec le suave frémissement des branches du dragonnier, de l'yeuse et du coudrier que les colibris à la robe d'aventurine et de turquoise et les canaris orangés agrémentaient de leurs chants de piccolos, égrenant tantôt leurs notes et tantôt les précipitant en un feu d'artifice sonore se prolongeant dans un long roulement de trilles et de grupetos dont l'abondance rivalisait avec la luxuriante richesse de leurs plumages colorés, contrastant avec la sobriété de l'onde claire des fontaines à têtes de dauphins et de tritons qui, paisiblement, telle l'huile d'olive onctueuse et parfumée de nos collines provençales s'échappant de la jarre trop remplie au sortir du pressoir, s'écoulait dans un murmure discret à peine troublé par les sauts brusques et furtifs des carpes à l'écaille dorée dans leurs bassins profonds où se mirait dans l'eau bleue la lune à la rousse chevelure, et par le cancanement nasillard et lointain des canards sauvages qui jouaient du hautbois depuis leurs mares bourbeuses bordées de souples roseaux ondulants, reprenant tous en choeur le thème entonné par les violons sylvestres au vibrato moëlleux.

        Puis le vent coulis épousait toute forme morte ou vive, et l'invitait à danser le menuet, s'amusant des cordes et des toiles des tentes de la garde royale, les unes parcourant la lyre apollinienne sous les doigts agiles du puissant dieu Éole, les autres imitant le claquement sec des percussions, ordonnant le tempo de cette symphonie bucolique tout empreinte de majesté que rien ne pouvait arrêter, pas même les imposants remparts de la propriété privée, fi des murs, fi des enclos, fi des monts, fi des vallées, ni le regard doublement attentif du hibou bienveillant ou du renard moqueur Croquepoulet dérobant en toute impunité quelque poule imprudente, ni celui du sanglier furieux que Diane a blessé de sa flèche d'argent décochée au hasard de sa course un soir de grande vénerie dans un crépuscule ouaté au fondu rose et vert, enivrant du sommeil du juste par sa coupe d'hydromel tous les innocents hôtes des bois aux ramures mordorées que commandent le Roi-Cerf et le Lion altier dissimulant sa griffe mystique sous un fin gant de brocart qu'il n'hésiterait pas à jeter à la tête du premier seigneur qui aurait l'outrecuidance de pénétrer ses terres ; car "la colère du Roi, comme dit Salomon, est terrible : surtout celle du Roi Lion ". 

        Derrière, en filigrane, on pouvait deviner la lande qui s'étendait à perte de vue, loin, très loin jusqu'aux marais sulfureux dont peu d'âmes égarées réchappaient --non, pas même l'innocente Ophélie ravie dans son seizième printemps, lesquels entouraient un lac aux brumes épaisses enveloppant comme manteau d'ermite la fameuse île de Chrysoland, cité sacrée des fées patronées par Dame Viviane, et que l'on ne pouvait atteindre que si cette dernière l'octroyait au voyageur patient qui devait lui soumettre par trois fois sa requête. Alors, une nef pilotée par quelque passeur moins corruptible que le nocher des enfers Charon tout juste bon à faire de l'anthracite pour le diable, s'en irait le chercher pour le conduire à bon port, au terme d'une périlleuse traversée qui n'avait rien à envier au redoutable Achéron.


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