Le Fou qui vend la Sagesse, farce philosophique en ligne


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        Et cependant qu'il jure comme un saint templier, Messire Engoulevent voit le vent se lever, puis souffler dans le creux de l'arbre vénérable à la façon des dieux dans les conques des sables, un doux air mélodieux qui lui est un régal, comme s'il s'agissait des grottes de Fingal. La mélopée céleste remplit les lieux agrestes : pour qui sont ces arpèges, ce rythme-sortilège ? C'est alors qu'il entend un son adamantin qui lui rappelle un peu celui du lamantin :

        " --Aummm !... Mange du champignonnn... Puis vas à Barentonnn... "

        Comprenant qu'un verset jamais ne se discute, le Chevalier-Lion, à ces mots, s'exécute : il prend l'ascomycète dont on taira le nom, juste au pied de l'ascète qui en sait bien plus long. Et ce fruit défendu tant redouté des mouches, sans l'ombre d'une crainte il le porte à sa bouche : le fameux saprophyte aussitôt lui profite, l'expédie à la fons du lieu dit "Barenton".

        Gauvain n'en croyait pas ses yeux. La fontaine ressemblait à s'y méprendre à la Roche-aux-Fées dont il avait rêvé. Tout d'abord lui était apparu l'Ogre, puis la Dame du Lac de la Vierge à la Licorne qui lui avait confié l'épée Excalibur et le dragon ; puis il avait rencontré ce chat en tout point détestable, et maintenant la source. Que lui arrivait-il ? Était-il possible que le monde palpable dont il foulait le sol connût mieux que lui-même sa propre intimité? Tout serait transparent ? Tout serait donc écrit ?

        Et soudain : " --Grelin, grelin ! Petit lutin ! " Juste à côté de Barenton parut le frère d'Obéron : Ornuphle, pardi ; vous savez bien, le nain. Puis il parla d'un autre ton, malgré ses vers de mirliton: "

        --Salut; grand daim ! Recueille l'eau de tes deux mains, et jette-la sur le parpaing.

        Notre héros malgré lui (se disant que décidément il n'était pas à une incohérence près et que de toute façon cela ne lui coutait rien de se prêter à ce jeu qu'il jugeait anodin) fit ce que luî dit le nain.

    " Brrraômm ! " Par Thor, Odinn, et Taranis, voici qu'éclatent le tonnerre, la tourmente, et le feu. Orage au désespoir, déluge incontinent mais bientôt dissipé. Car un certain vieillard dont la barbe est fleurie est sorti du brouillard pour calmer l'euphorie, de sa canne vrillée, dans sa cape drapé. Il porte un torque magnétique car c'est un druide initiatique. Il porte sur l'intrus un regard souverain. Évidemment, voici Merlin. Gauvain ne se sent pas malin. 

MERLIN : " --Tu aurais pu nous éviter ça, tout de même, jeune homme ! Je ne suis pas sourd, il suffit d'appeler. Je t'attendais, du reste : quand le disciple est prêt le maître se présente. Aussi devions-nous nous rencontrer. C'était écrit. Mais quand ? Or, si tu ne viens pas à moi, je n'irai pas non plus vers toi. Je ne sors jamais des bois, rapport à l'ordalie : on est au Moyen-Âge, là-bas.

        "Tu es ici dans un sanctuaire dont les temps sont exclus. Tu dois le respecter. Ne joue plus, s'il te plaît, avec les éléments. Comme tu ne le savais pas, on te pardonne cette fois. Mais désormais; évite : changer l'Ordre Cosmique est toujours dangereux. Il faut avoir des raisons excellentes ; non pas égoïstes j'entends, mais d'universelles raisons pour perturber l'Alliance de la Terre et du Ciel. Politiques et Lois, là aussi, cela existe. Partout la Hiérarchie préserve l'Édifice --même si c'est parfois au prix d'un Sacrifice. Mais au rebours des mortels, le pouvoir effectif n'est confié qu'au Sage, c'est-à-dire à celui qui perçoit l'Harmonie.

        "Et lorsqu'il la connaît, qu'il en est pénétré, toujours il en conclut qu'on n'en doit rien toucher. Il est plus Musicien, Artiste, que Docteur ; non pas théoricien, on préfère son Coeur : Om , namo, baghavaté, vasou dévaya !

        " La Nature a laissé à l'aspirant sincère, assez de signatures pour tout son Magistère.

        La Pomme, pour ne citer qu'elle, si tu la fends à l'Équateur, vois son dessin évocateur : Pentagramme sacré des Éléments secrets, et la Terre, et l'Eau, le Feu, l'Air, et l'Éther, s'y montrent en entier sans que nul ne s'étonne. Il suffisait pour voir, d'observer autrement que le commun des hommes. Et témoins m'en seront : Adam qui connut Ève, Hercule le géant, le père des Sept Nains, et Sir Isaac Newton.

        "Mais arrêtons ce beau sermon : je n'ai pas prétendu montrer quoi que ce soit. Que chacun pense ce qu'il veut : car ce que la raison n'a jamais pu construire, il la laisse impuissante à pouvoir le détruire. Tu peux également ignorer la Question, croyant du même coup duper le Questionneur. Jeune homme, attention, car comme je l'ai dit souvent : tout te trahit, ô toi qui me trahis. Et crois-tu vraiment que Cerbère appréciera les cachets de saccharine que tu lui offriras ?

        "Supposons maintenant que tu n'aies rien compris : ne t'en inquiète point, car tout viendra à point. Je te propose une autre Voie, même accessible aux sourds-muets, donnant la Force aux affligés. Je vais t'enseigner le Yoga : le vrai, le pur, celui des Rois.

        Or donc, écoute ce qui suit :

De tout objet dépouille-toi,
Sur un tapis allonge-toi,
Puis formant la Chandelle, doucement; dresse-toi : Oui, Sarvangasana , la Reine des postures ;
La Mère --bien nommée-- qui guérit des blessures. Et chaque jour passant allonge la durée,
Un petit peu.
Fais-la une heure si tu peux ;
Et puis deux, et puis trois : selon ta vraie capacité 
--À condition d'assiduité.
Très grande joie tu trouveras,
Bien davantage que tu crois
(Pourquoi chercher au loin ce qui se trouve en toi ?) 
Secrets du Verbe tu sauras ;
À vraie Jouvence tu boiras,
Et l'Énergie de ton Dragon
S'épurera dans ton Chaudron,
Car Mélusine en sifflant s'élèvera des profondeurs, 
Te contera mille splendeurs,
Te lavera de tes erreurs.
Je puis en témoigner:

C'est Elle qui m'a fait.
Tout le reste, je crois, n'est que littérature, 
Répète en d'autres mots les Saintes Ecritures ; 
Retiens fidèlement ce que te dit Merlin :
" Bois ton Eau et tais-toi ! "

        Maintenant, j'en appelle au Soleil tout puissant afin qu'il te dispense force, courage et protection dans

l'accomplissement de ton destin et de ta quête :

OM BHOUR BHOUVAH SVAHA 
OM BHOUR BHOUVAH SVAHA 
OM BHOUR BHOUVAH SVAHA

TAT SAVITOU-OUR VARENYAM 
BHARGO DEVASYA DHIMAHI 
DHIYO YO NAH PRATCHODAYAT

        Om, j'invoque la Terre, l'Atmosphère, le Ciel ; contemplons le merveilleux Esprit Solaire du Divin Créateur :

 qu'il dirige nos esprits.



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